Un film, plusieurs versions
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Final cut, extended cut, director’s cut… Plusieurs appellations peuvent définir la nouvelle version d’un long-métrage lors de sa sortie en vidéo. Si l’idée de base était de proposer la vision initiale du metteur en scène, la pratique est vite devenue un outil marketing. Très efficace ! Retour sur ces nouveaux montages concernant les films de super-héros.

Une scène inédite de la version longue de Batman Vs Superman : l'Aube de la Justice,
développant considérablement le personnage de Clark Kent (Henry Cavill).


Un film connaît une seconde vie au moment de la location, du téléchargement et des ventes de DVD et de Blu-Ray. Au cinéma, les producteurs ont souvent le dernier mot sur le montage final qui sera en salles. Depuis les années 70, pour la sortie de leurs films en vidéo, quelques réalisateurs réussissent à imposer leur propre version. C'est ce qu'on appelle le director’s cut. Leur vision, souvent meilleure, est celle qu’ils souhaitaient proposer au public à la base. On vous renvoie au très bon article de Slate.fr pour découvrir un historique plus détaillé de la pratique et des productions majeures concernées (le culte Blade Runner en tête, les mythiques versions longues de la trilogie Le Seigneur des Anneaux, etc.).

Les films de super-héros ne font pas l’impasse sur cette méthode pour éviter la censure, améliorer le long-métrage lorsque celui-ci a essuyé des critiques ou, de façon très basique, vendre un second montage en plus de celui proposé au cinéma.
En décembre 2016, Suicide Squad a bénéficié d’un extended cut qui ajoutait une douzaine de minutes au film de David Ayer, dont des scènes du Joker, joué par Jared Leto. Cette version ne change pas vraiment la qualité du long-métrage, très moyenne. Quelques mois plus tôt, c’était Batman Vs Superman : l’Aube de la justice qui était sorti dans une ultimate edition, proposant un montage allongé d’une trentaine de minutes et… modifiant considérablement l’ensemble du film. Plus fluide, moins compliqué, tout simplement plus réussi (cf. cette critique sur Comics Batman), ce Bat Vs Sup n°2 de Zack Snyder, coutumier du genre (voir encadré en fin d'article), a connu une autre vie, avec un nouveau souffle apporté par cette version unanimement acclamée par les fans. Problème : ça arrivait trop tard et ça ne sauve pas le désastre critique qui a suivi la sortie cinéma…

Le DCEU (DC Extended Universe) ne proposera pas une nouvelle version de Wonder Woman (succès critique et public depuis sa sortie en juin dernier) pour sa sortie en vidéo en octobre prochain. Pour Justice League (au cinéma en novembre 2017), c'est une autre histoire : le nouveau long-métrage de Zack Snyder a subi d'intenses reshoots (des scènes supplémentaires actuellement en tournage) réalisées par Joss Whedon, qui a repris la direction du film depuis un terrible drame survenu dans la famille Snyder. De quoi alimenter les rumeurs (voire les fantasmes malsains) des fans avides de montages différents.


La Fox tire les (bonnes) conclusions

Autre cas de figure possible : l’envie de vendre encore plus de versions d'un film qui a marché. Succès critique et public, le Spider-Man 2 de Sam Raimi (2004) proposait huit minutes de scènes ajoutées à la va-vite, sans réel changement, dans une optique purement mercantile. Ce Spider-Man 2.1 n’avait qu’un but : vendre plus de DVD. X-Men Days of Future Past a également eu droit au Rogue Cut, une version avec plus de scènes de Malicia (Rogue en anglais). Seulement, celle-ci a été disponible plusieurs mois après la première sortie en DVD/Blu-Ray du film (comme pour Spider-Man 2). Les fans, contraints de repasser à la caisse, ont le sentiment (à raison) d'être pris pour des pigeons.

On notera également quelques minutes en plus pour le premier Hellboy de Guillermo Del Toro, qui avait eu droit à quelques diffusions en salles, et bien sûr le remontage de Superman II de Richard Donner, viré durant le tournage, qui a ainsi le « cut final » près de trente ans après la sortie initiale au cinéma de son film (repris par Richard Lester, crédité au générique de l'époque en 1980 — ce dernier réalisera aussi Superman III trois ans plus tard).


Pour éviter l’interdiction qui frappe les enfants en salles, les distributeurs sortent aussi une version non-censurée en vidéo. C’est le cas de Daredevil (2003), qui propose des ajouts conséquents (violence et nouvelles scènes) mais qui n’ont pas permis de redorer le blason du film et de son interprète, Ben Affleck, qui a eu beaucoup de mal à s'en remettre. Wolverine - Le Combat de l’Immortel (2013) a également proposé une version longue en vidéo, avec plus de sang à l’écran. Mais, une fois encore, le même constat s'impose : ça ne change pas énormément la qualité du long-métrage…

La Fox semble avoir retenu la leçon en interdisant carrément Deadpool et Logan aux moins de 17 ans aux États-Unis dès la sortie cinéma (aux moins de 12 ans en France), avec le succès que l’on connaît ! Il se murmure que Warner Bros aille (enfin) dans la même direction pour un ou plusieurs de ses futurs films. Vu la complexité du DCEU à se mettre en place, cela peut être n'importe quel film encore à l'état de projet. Ils sont tellement nombreux, près d'une quinzaine annoncée (!), qu'on imagine plutôt une violence accrue pour un de ceux-là : Suicide Squad 2, Deadshot, Nightwing, Gotham City Sirens, Justice League Dark


WATCHMEN : plus c'est long, plus c'est bon !

Snyder a monté deux autres versions de Watchmen : Les Gardiens (2009), malheureusement inédites en France (mais disponibles en import). Un director’s cut (sa favorite) contenant d’autres scènes très violentes et accentuant la fidélisation au comic book originel ; et un ultimate cut incluant un dessin animé (là aussi pour faire honneur à l’œuvre papier) qui dure… 3h35 !

Chez nous, on a pu voir la partie animée, Les Contes du Vaisseau Noir, dans un DVD à part dans l'ultimate edition (qui n'a rien à voir avec l'ultimate cut). [Note de Neault : pour mieux s'y retrouver, nous vous invitons à découvrir Before Watchmen, l'un des sites de Thomas où il aborde notamment l'adaptation au cinéma de Watchmen et ses différentes versions.] Le metteur en scène a également proposé une version longue de Sucker Punch, portant ainsi à quatre sur sept le nombre de ses réalisations bénéficiant de montages différents (avec L'Armée des Morts et les autres films évoqués dans cet article).


Cet article a été publié dans Ciné Saga #18, en avril 2017.