UMAC's Digest #38
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Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture



-- INCONVENANT --

La suite de Prometheus (qui avait énormément divisé les fans de la saga Alien et la critique), Alien : Covenant, est en salles depuis le 10 mai. Davantage un Prometheus 2.0 qu'un prequel d'Alien - le huitième passager (premier film de la franchise sorti en 1979), cet opus réalisé à nouveau par Ridley Scott est clairement raté. Si Prometheus bénéficiait d'un savoir-faire technique irréprochable, dans Alien : Covenant rien n'est à sauver. Le pitch tient sur une ligne : un vaisseau dérive vers une planète a priori idéale pour y implanter une colonie, planète abritant David (Michael Fassbender), l'androïde rescapé du long-métrage précédent... et quelques aliens bien entendu. À partir de cette idée, l'on assiste au classique massacre des membres de l'équipage, à un détail près : on n'a pas le temps de s'attacher à l'un d'entre eux. Aussi bien l'héroïne, un ersatz de Valérie Lemercier sans aucun charisme (Katherine Waterston, déjà très mauvaise dans Les Animaux Fantastiques, autre film globalement raté), que les seconds couteaux à peine développés...
Reste Michael Fassbender, magnétique et mystérieux, qui sauvait presque Prometheus en 2012, mais qui, malgré un double-rôle ici, ne peut guère faire de miracles. Aucun frisson, aucune peur, aucune tension, aucun moment épique... Tout est affligeant et prévisible, sans compter les incohérences avec Prometheus et le reste de la saga. Une seule idée originale : l'explication de la création des xénomorphes. Encore une fois, c'est une volonté du metteur en scène qui divise fortement les fans. Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas le pire élément du film, au contraire c'est même très intéressant. Cela ne suffit pas à sauver ce sixième volet de la franchise. Dire que trois autres sont prévus... toujours réalisés par Scott et se déroulant avant son chef-d’œuvre de 1979 (dont s'inspire grandement Life : Origine Inconnue qui est toujours en salles et nettement plus conseillé).
#RipleyreviensSTP





-- LES GARDIENS PAS RÉUSSIS --

Après un premier volet très réussi qui avait apporté un nouveau souffle au très chargé MCU (l'univers Marvel au cinéma) en 2014, James Gunn a rempilé à la réalisation de ses Gardiens de la Galaxie (sobrement intitulé vol. 2). Sauf que cette fois rien ne fonctionne. Pas de surprises, évidemment (l'effet de la découverte est passé), tout est convenu, les héros principaux sont relégués au second plan, des personnages secondaires prennent à l'inverse davantage de place mais sont mal exploités. Seul Baby Groot arrache quelques sourires (comment ne pas succomber devant ce petit être tout mignon) mais le long-métrage repose presque uniquement sur ce levier humoristique... Le casting semble s'essouffler alors que l'alchimie entre tous les protagonistes fonctionnait à merveille dans le premier opus (très loin d'être fidèle aux comics et de leur rendre hommage tout de même). Même la bande originale, qu'on réécoutait avec plaisir dans le film précédent, ne reste pas du tout en tête ici. Un énième ennemi ridicule et des effets visuels affreux finissent d'achever cette (très) mauvaise suite, dont les affiches hideuses laissaient craindre le pire. Gunn avait prévenu que son film serait centré sur la notion de famille (et même, vaguement, de féminisme) c'est le cas mais c'est d'une naïveté confondante et d'un concept usé (en gros la "vraie" famille bah c'est les amis et les proches, pas la famille de sang, waouh). Un running gag pénible avec David Hasselhoff en guest est aussi à déplorer. 
Prochaines étapes du MCU : un Spider-Man (Homecoming) en juillet (les premières vidéos ne sont guère alléchantes) et un troisième Thor (Ragnarok) en novembre qui pourrait être une belle surprise tant ça a l'air barré !
#MêmeLesScènesPostGénériqueSontNazes





-- GUERRES NAPOLÉONIENNES --

La campagne kickstarter de Napoléon Saga, le dernier jeu en date de Frédéric Romero, édité par L'Oeuf Cube, commence fort puisque l'objectif de base est déjà atteint alors qu'il reste encore près de quatre semaines avant la date butoir. 
Il s'agit d'un jeu de plateau tactique où des cartes vont représenter les différentes unités (infanterie, cavalerie, artillerie) de l'Empereur ou du Duc de Wellington. Le système de jeu semble plutôt logique et efficace et le matériel bénéficie des superbes illustrations de Giuseppe Rava. La boîte de jeu contient tout le matériel nécessaire, plateaux, cartes d'unités et cartes stratégiques, dé, jetons, livre de règle, aides de jeu...
Bref, tout cela sent bon la poudre et donne envie d'en découdre !
#morneplaine





-- FINE ÉQUIPE --

Les CaptainZ, BD parodique portant sur des super-héros très spéciaux, est sortie hier aux éditions Le Lombard. Scénario déjanté de Texier et dessins cartoony fort sympathiques de Yoann. 
Parmi les personnages peuplant ce premier album, citons une télépathe, Captain Déprime, ayant le pouvoir de déprimer les gens (ah ben comme Angot et Cali ! c'est un pouvoir en fait qu'ils ont, je les croyais juste chiants), un chien, Captain Wawa, possédant un exosquelette cybernétique ou encore un séducteur, Captain Bisou, qui se transforme en une sorte de gros balèze quand on... l'embrasse. Et bien entendu, l'avenir du monde dépend de ces bras cassés. 
Un concept bien barré à base de gros monstres à tentacules et de second degré. 
#OnChoisitPasSesPouvoirs





-- ENFER SUR TERRE --

Le nouveau comic de Jason Aaron, auteur des excellents Scalped et Southern Bastards, vient de sortir, hier, chez Urban. The Goddamned s'inspire de l'Ancien Testament et conte les aventures de Caïn dans un monde dévasté et ultra-violent.
Après les mafieux amérindiens et les rednecks, Aaron s'attaque maintenant à la Genèse, dans une version revisitée, badass et peuplée de maraudeurs sanguinaires et de monstres, le tout sur fond de quête très particulière puisque Caïn, premier meurtrier de l'histoire de l'humanité, tente tout simplement de trouver un moyen de mettre fin à ses jours. 
Violent et très bien écrit. Pas impossible que l'on vous en reparle bientôt plus en détail. 
144 pages, 10 euros, + de 16 ans.
#EtLaBastonFut 





-- BOISSON CHAUDE --

Amateurs de comics et de whisky, réjouissez-vous, vous pouvez maintenant réunir vos deux passions avec Hellwater, un whisky estampillé Hellboy, produit en collaboration avec Dark Horse.
Apparemment, le breuvage aurait un léger goût de cannelle. La bouteille est vendue aux alentours des 20 dollars (sur ce site par exemple) et affiche un 66,6 proof (qui correspond à environ 33 %) pour des raisons évidentes et infernales.
En tout cas, grâce aux bières Iron Maiden et maintenant au whisky Hellboy, vous ne passerez plus pour un alcoolo mais pour un collectionneur passionné de pop culture. C'est quand même plus classe en société.
#ilestdesnôôôtreuuu





Amber Blake
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Sortie hier du premier tome de la série Amber Blake qui fait un énorme carton.
Mais... est-ce mérité ?

La Fille de Merton Castle, premier opus d'un nouveau comic contant les aventures d'Amber Blake, s'est classé hier, jour de sa sortie, numéro #1 des ventes sur Amazon dans la catégorie BD policier/suspense. Étonnant lorsque l'on sait qu'il s'agit de la première œuvre de la scénariste, moins étonnant si l'on précise que cette sortie a bénéficié d'une campagne promotionnelle télévisée totalement inhabituelle.
Il faut dire que Jade Lagardère, qui signe donc ici le scénario, est plutôt télégénique (ancienne mannequin, elle est particulièrement jolie) et bénéficie d'un nom (et des réseaux qui vont avec) prestigieux qui permet d'ouvrir bien des portes. Du coup, ce succès annoncé et fulgurant est-il justifié ou repose-t-il sur du flan ? C'est ce que nous allons tenter de voir.

Penchons-nous tout d'abord sur l'intrigue. Amber Blake est une enfant abandonnée qui a grandi dans un orphelinat. Un beau jour, un certain Kavotz lui propose d'intégrer la branche londonienne de Cleverland, un programme éducatif spécial, financé par un riche philanthrope et venant en aide aux plus défavorisés. Amber bénéficie ainsi de la meilleure éducation possible mais souffre cependant des agissements de Kavotz, ce dernier abusant sexuellement de ses élèves.
Après un drame, une fugue et quelques péripéties, Amber est cette fois contactée par Argon, un groupe privé luttant contre le trafic humain sous toutes ses formes (prostitution, esclavage, pédophilie, trafic d'organes...). Là, on lui enseigne les arts martiaux, le tir, l'intrusion informatique et d'autres petites compétences bien utiles pour jouer les justiciers.
La jeune fille est bientôt obsédée par une seule chose : retrouver Kavotz. Et le faire payer.


Bon, commençons par la partie graphique. Le dessin est signé Butch Guice, autant dire un type qui a du métier. S'il n'est pas aussi impressionnant ici que dans l'excellent Ruse par exemple, il réalise tout de même de sublimes planches, avec des décors toujours aussi beaux et fouillés. Les scènes d'action semblent par contre un peu figées, l'artiste peinant à rendre compte de l'effet de mouvement. Rien de bien méchant cependant. Le tout est parfaitement mis en couleurs par Dan Brown.
C'est bien entendu le travail de Jade Lagardère qui attire le plus la curiosité. Lorsque l'on a la chance de démarrer une carrière aux côtés d'un Guice, l'on a plutôt intérêt à ne pas être à la ramasse question scénario.

L'intrigue ne brille pas forcément par son originalité. Sorte de mixte entre Nikita et Largo Winch, l'histoire tient tout de même la route et ne souffre pas de défauts importants. Même si Amber apparaît comme étant un peu trop lisse et très cliché (la jeune fille est très jolie, intelligente, débrouillarde et pleine de bonnes intentions), la scène d'introduction suffit à la rendre sympathique et à toucher le lecteur.
Quelques éléments inattendus renforcent un peu l'ensemble, notamment un gadget, pour le moins excitant et bien utilisé, permettant de lire les pensées d'autrui. De plus, ce premier tome se termine sur un gros twist qui assure parfaitement sa fonction (donner envie de lire la suite). Quelques menus défauts empêchent toutefois de réaliser un sans-faute.


Notons que, tout comme pour Amber, les protagonistes sont pour le moment assez monolithiques et peu fouillés. Par exemple, la fin d'un personnage proche d'Amber est assez maladroitement amenée. Alors que c'est un évènement censé marquer profondément l'héroïne, le manque de développement de ce même personnage avant son trépas empêche de provoquer un réel choc émotionnel. Même lorsque certains se confient sur les abus dont ils ont été victimes, cela reste très fade et attendu. C'est d'autant plus dommage qu'il n'aurait pas fallu grand-chose pour gagner en intensité dramatique.
D'un point de vue narratif, certaines scènes sont parfois vite expédiées et marquées par une ellipse un peu brutale là où l'on s'attendait à une réplique par exemple.
Reste aussi quelques (rares) maladresses au niveau des dialogues. Une ou deux lourdeurs (sans que cela soit une forme fautive au sens strict) et une expression assez étrange : des cours de "conduite de vitesse" (au lieu de conduite sportive ou simplement pilotage).
Tout cela constitue autant de petites aspérités qui empêchent le regard de glisser sans encombre sur ces pages pourtant prometteuses.

Bref, un comic pas totalement abouti (ce qui est compréhensible pour un coup d'essai) mais plutôt intéressant tout de même et bénéficiant d'un habile routard aux crayons. Même si ces ventes anormalement élevées ne sont pas forcément dues à la qualité de l'ensemble, l'on ne peut décemment pas pour autant en déconseiller l'achat.
D'autant que les scénaristes féminines sont tout de même relativement rares et que celle-ci semble plutôt douée et sur la bonne voie.
À suivre.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un style graphique élégant.
  • Un final inattendu.
  • Quelques idées intéressantes.
  • Un texte "propre" (sans coquilles).

  • Des personnages à la psychologie trop peu fouillée.
  • Quelques formules et expressions maladroites.
  • Des dessins un peu figés lors des scènes d'action.
First Look : XIII
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L'album Le Jour du Soleil Noir nous permet de jeter un premier regard sur une série devenue culte : XIII.

C'est en 1984 que sort le premier tome de la saga XIII, après une pré-publication dans le journal Spirou. Le premier duo d'auteurs à officier sur la série se compose de Jean van Hamme (Thorgal, Largo Winch...) au scénario et William Vance (Bob Morane, Marshal Blueberry...) au dessin.
La série phare se compose actuellement de 24 tomes, divisés en deux cycles. Tout le premier cycle (jusqu'au tome #19, paru en 2007) sera l'œuvre du tandem précité, à l'exception d'un volume dessiné par Moebius.
Depuis, un spin-off, XIII Mystery, a également vu le jour, ces albums se penchant sur le passé des nombreux personnages de la saga. Une intégrale en cinq volumes (couvrant le premier cycle) est également disponible, chaque tome étant accompagné d'un dossier spécial sur la création de la série et de différents documents inédits.
C'est cependant aux débuts de XIII que nous allons nous intéresser aujourd'hui, avec l'album Le Jour du Soleil Noir.

Tout commence lorsqu'un pêcheur découvre un corps échoué sur un rocher. L'homme a l'air mal en point et est blessé à la tête. Abe ramène alors l'inconnu chez lui et, sous l'impulsion de son épouse, Sally, il prévient une amie médecin qui parvient à le sauver. Pourtant, si le mystérieux blessé s'en tire, il souffre d'une amnésie totale. Impossible de se rappeler de son passé ou simplement de son nom. Seul signe distinctif : un XIII tatoué au-dessus de la clavicule.
Le couple décide de recueillir l'inconnu et de l'appeler Alan en souvenir de leur fils disparu.
Mais peu de temps après, des hommes armés débarquent et liquident tout le monde. Alan parvient à s'en sortir grâce à des réflexes et un instinct de survie qui lui font comprendre qu'il a derrière lui un passé plutôt trouble. Passé qu'il va chercher à élucider grâce à une simple photo retrouvée sur l'un des assaillants.
Très vite cependant, la situation devient de plus en plus complexe. Et dangereuse.


Ceux qui connaissent le roman La Mémoire dans la Peau, de Robert Ludlum (ou qui ont vu son adaptation au cinéma) pourront sans peine retrouver des points communs avec la trame de ce récit. Les sources d'inspiration ne s'arrêtent sans doute pas là puisqu'une scène, dans ce premier album, ressemble très fortement à deux passages de I comme Icare, l'excellent film d'Henri Verneuil.
Les bases de l'intrigue sont très rapidement installées dans ce tome, à la narration rythmée et limpide. L'on apprend que XIII est mêlé à un complot visant le président des États-Unis. L'attentat a d'ailleurs plutôt bien fonctionné puisque le président a été abattu par un tireur isolé alors qu'il saluait la foule dans son véhicule. Là encore, pas besoin d'être supérieurement futé pour faire le lien avec l'Histoire réelle.

L'histoire mélange donc habilement action, enquête, suspense, le tout sur fond de complot tentaculaire. XIII doit non seulement se battre contre une organisation puissante, mais le principal ressort dramatique provient du fait qu'il est également en quête de son identité. Tout pour lui est nouveau, potentiellement dangereux, il ignore qui sont ses alliés, ce que veulent ses ennemis, et même les premiers indices qu'il récolte soulèvent plus de questions qu'ils n'apportent de réponses.
Le graphisme, réaliste, clair et élégant, renforce l'atmosphère tendue des scènes, au découpage très cinématographique. Les décors sont détaillés et souvent magnifiés, dans les cases panoramiques, par la colorisation de Petra, épouse du dessinateur. Que ce soit une simple rue bordée d'arbres, deux personnes enlacées sous la pluie ou un train au milieu de nulle part, le style de Vance parvient à représenter parfaitement la réalité tout en la magnifiant. Bref, c'est joli et très efficace.

Si l'on apprécie le franco-belge (ou plutôt en l'occurrence le belgo-belge) moderne en ce qui concerne le style, et le thriller musclé complotiste en termes de genre, XIII s'avère être une lecture passionnante et visuellement très réussie, qui est loin d'ailleurs d'avoir déjà livré tous ses secrets...



Les autres BD de la série First Look : 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Percutant et prenant.
  • De fort belles planches.
  • Des personnages crédibles et parfaitement ciselés.
  • Dialogues soignés.
  • Une petite touche d'émotion de temps en temps qui apporte ce qu'il faut de dramatisation. 

  • Une colorisation manquant parfois de nuances en ce qui concerne les personnages et les décors intérieurs.
DC Universe Rebirth : Opération Manhattan
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Le lancement en France, ce mois, des premiers titres estampillés DC Universe Rebirth nous permet de revenir sur un concept qui, aussi surprenant que cela puisse paraître, a l'air pour une fois véritablement intéressant.

On le sait bien, les habituels reboots qui touchent régulièrement les univers partagés des grands éditeurs américains ont un intérêt plus que discutable à long terme puisqu'ils amoindrissent considérablement la portée dramatique des récits et aboutissent à un détestable surplace narratif. Pourtant, la mode perdure et régulièrement, Marvel et DC Comics chamboulent leur continuité et font table rase du passé, pour des raisons plus que douteuses.
Le statu quo actuel du DC Universe n'est pas très ancien puisqu'il date de 2011. C'est la période appelée Renaissance [1] dans les collections Urban Comics. Le nouveau gros changement (qui est plutôt de l'ordre d'un relaunch cette fois [2]) a eu lieu il y a un an aux États-Unis et débarque seulement maintenant par chez nous.
Nous allons nous pencher sur le DC Univers Rebirth HS #1 - Justice League, disponible en kiosque, et qui contient une sorte de prologue à cette nouvelle étape.

Il est peut-être utile de préciser que ce qui suit contient des spoilers [3], encore que... les révélations sur lesquelles nous allons nous pencher sont déjà sorties depuis un an sur le net, donc "spoiler", faut le dire vite. Enfin, les plus susceptibles sur le sujet sont prévenus.

La revue contient quatre chapitres et un épilogue, l'ensemble étant essentiellement centré sur Wally West, ancien Kid Flash, dont l'existence a été totalement oubliée de tous. Alors qu'il risque d'être dissout dans la Force Véloce, il tente de trouver un point d'ancrage dans la réalité en contactant diverses connaissances, dont Batman, Linda Park (son ex-femme) ou l'actuel Flash (Barry Allen).
Seulement voilà, le brave Wally ne craint pas seulement d'être transformé en carburant pour Bolides, il a des révélations à faire. En effet, quelque chose a manipulé la réalité, plongeant des tonnes de vies, de relations et de secrets dans l'oubli. Une force noire, puissante, au-delà de tout ce que les héros ont pu connaître jusqu'ici est à l'œuvre.


Avant de voir en détail ce qui se cache derrière cette fameuse force qui trifouille l'univers connu, sachez que c'est Geoff Johns (Green Lantern, Superman, Justice League, Batman...) qui est bien entendu le chef d'orchestre de cet évènement.
Côté rédactionnel, Urban fait preuve du sérieux qu'on lui connaît. Outre un long point sur la continuité, l'on trouve un topo sur les personnages principaux, ainsi qu'un récapitulatif, à la fin, des éléments importants du récit et de ce à quoi ils sont reliés. Un sans faute donc de ce côté-là, le lecteur néophyte peut s'embarquer dans le récit en sachant grosso-modo qui est qui et qui fait quoi.
La traduction, d'Edmond Tourriol, est également parfaite.

Allez, attaquons LE gros morceau, cette révélation aussi surprenante qu'excitante : la source de ces manipulations de la réalité n'est autre que... le Dr Manhattan !
Oui, celui de Watchmen !
Tout au long du récit, d'énormes indices sont disséminés par Johns : montres et divers symboles, scènes faisant écho au récit de Moore, lettrage, jusqu'au badge ensanglanté du Comédien, tout tend vers cette incroyable idée. Il faut préciser que jusqu'ici, même si Before Watchmen (plutôt décevant dans l'ensemble, notamment pour les parties concernant les pourtant charismatiques Rorschach et Ozymandias) avait ramené les personnages sur le devant de la scène, ils n'étaient pas intégrés à l'univers DC Comics traditionnel. Cette incorporation forcée (voilà encore un truc qui va "plaire" à Alan, déjà qu'il crache habituellement sur le genre sans raison valable, ça lui en donnera une, cf. cet article) est cependant plutôt bien vue puisque cela permet de justifier les reboots de la réalité éditoriale par un personnage émanant de la fiction. "Si on a effacé des trucs, si ça cloche, si vous vous emmêlez les pinceaux avec les versions alternatives des mêmes personnages, si on joue avec vos nerfs de vieux lecteurs, ce n'est pas de notre faute, c'est celle du Dr Manhattan."
C'est du pur génie. Ou du cynisme utilitaire. En tout cas, c'est bandant.


Enfin, ne nous emballons pas trop. On a trop vu d'excellentes idées vite chiées par la suite pour verser immédiatement dans l'euphorie. Mais, avouons que le principe, sur le papier, est énorme.
D'une part cela permet de ramener des personnages mythiques au sein des productions actuelles. Même si certains jugeront qu'il s'agit d'un sacrilège, rappelons que cela n'enlève rien à la force de l'œuvre originelle.
Les particularités du Dr Manhattan évoquées
dans la parodie The Gutter
D'autre part, comme on l'a vu, cela permet - pour une fois - de justifier l'énorme bordel créé par les reboots à répétition et autres triturations de la continuité.
Enfin, cela permet de mettre sur la route de la Justice League un adversaire énorme, présenté comme plus puissant encore qu'un Darkseid, qui n'est déjà pas ce que l'on pourrait appeler un avorton. Rappelons que le Dr Manhattan est un être omniscient, omnipotent, qui peut manipuler la matière par sa simple volonté et vaporiser un type en un clin d'œil. Autrement dit, niveau adversité, on pourra difficilement faire mieux.

Est-ce pour autant une porte d'entrée idéale pour les nouveaux lecteurs ?
Ah, la question habituelle. Donc réponse habituelle : Non. Mais... oui aussi, un peu. Parce qu'en réalité, ce genre d'univers partagé, aux centaines de séries publiées depuis des décennies, restera toujours complexe, même pour les lecteurs les plus assidus. Cela fait partie du charme de ce genre de récits feuilletonnants, certains éléments peuvent nous échapper, mais cela ne nuit pas forcément au plaisir de lecture pour autant.
Dans le cas particulier de Rebirth, n'attendez pas de simplification particulière puisque, au contraire, il s'agit de raccrocher avec le passé des héros (évacué en partie par New 52). Il n'y a donc aucune raison pour que Rebirth soit le point d'entrée idéal, mais il n'est pas non plus pire qu'un autre. Ce qu'il faut véritablement se demander, c'est si l'on a envie de plonger dans ce vaste univers. Une fois dedans, l'on arrive toujours à surnager.

Reste à savoir si cette idée brillante aboutira à un flop ou une réussite historique.
Après tout, ce n'est pas parce que l'on a un Stradivarius entre les mains que l'on se transforme forcément en Paganini [4].



[1] Urban avait à l'époque choisi d'intituler "renaissance" la période New 52. Maintenant que la prochaine évolution de DC s'intitule en VO "rebirth" (donc... renaissance en français), l'éditeur se retrouve avec deux époques se suivant et ayant le même nom (Renaissance et Rebirth). Pas de bol.
[2] Un reboot est une réécriture complète de l'origine des héros, ce qui envoie la continuité et les histoires passées dans la vaste poubelle de l'Imaginaire. Un relaunch fait en général moins de dégâts puisqu'il s'agit surtout d'une renumérotation des différentes séries, qui repartent donc au numéro #1 (parfois provisoirement, comme on a pu le voir dans le passé avec Amazing Spider-Man par exemple, qui a repris sa numérotation historique pour pouvoir fêter son 500e numéro).
[3] Le terme "spoiler" (une révélation censée gâcher un film, un roman, etc.) est de nos jours complètement dénaturé tant tout le monde l'emploie à tort et à travers pour le moindre détail. Révéler le nom du criminel dans un whodunit, c'est un spoiler, puisque toute l'intrigue est basée sur ça. Et apprendre, avant de le voir, que Bruce Willis est un fantôme dans Sixième Sens, c'est un spoiler aussi. Par contre, savoir que machin est présent ou qu'un vague personnage secondaire se fait trucider, ce ne sont techniquement pas des spoilers étant donné que la révélation ne "gâche" pas le récit, basé sur bien d'autres éléments. Et encore, si l'on voulait ergoter, l'on pourrait dire que l'important dans une histoire, ce n'est pas ce qu'elle raconte (sinon on lirait tous des résumés au lieu de se taper des trilogies ou de passer des heures à lire des livres) mais la manière dont elle est racontée.
[4] Alors, ça ressemble à "Panini", mais ça n'a rien à voir. Paganini, lui, avait du talent et une véritable force de travail.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une idée énorme, inattendue et couillue.
  • Une belle manière de justifier les couacs de continuité.
  • Un prélude qui donne envie.
  • Le traitement Urban, parfait et respectueux des lecteurs.

  • Prudence tout de même, l'idée est excitante mais c'est sa mise en œuvre qui emportera ou non l'adhésion.
Ghost in the Shell, perfect edition
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Alors que se profilait la sortie (redoutée par beaucoup mais néanmoins attendue) de la version live de l'anime de Mamoru Oshii, les éditions Glénat ont choisi opportunément de présenter aux lecteurs le premier tome de l'édition perfect du manga original, The Ghost in the Shell, de Masamune Shirow, l'œuvre de base dans laquelle ont puisé les réalisateurs des films et séries d'animation qui nous ont tant régalé. En attendant le tome 2 (Man-Machine Interface) qui devrait paraître le mois prochain, intéressons-nous donc à ce texte et ces cases qui ont fasciné de si nombreux artistes et séduit ou intrigué de si nombreux lecteurs.

Masamune Shirow est un auteur assez particulier qui n'hésite jamais, dans ses œuvres, à insérer des réflexions digressives sur un élément du récit, la trame qu'il a choisie de développer, l'ambiance pour laquelle il a opté ou, surtout, sur le contexte technologique, scientifique et politique qu'il a abordé. Ses planches (davantage dans Ghost in the shell que dans Appleseed) foisonnent de petits détails graphiques ou d'interventions personnelles sous la forme de notes de bas de page (voire en marge), allant de commentaires sur ses choix scénaristiques à des propos sur l'évolution de la société, l'impact du progrès technologique et des considérations sur les croyances, la stratégie militaire ou la sociologie. Cette édition spécifique reprend d'ailleurs un avertissement de l'auteur qui encourage les lecteurs à laisser ces intermèdes de côté afin de privilégier le récit, et à y revenir une fois l'histoire achevée (chose dont j'avoue être malheureusement incapable, ce qui nuit un peu au confort de lecture en dilatant artificiellement certaines séquences - même amer constat pour ceux qui choisissent de lire les annexes du Seigneur des Anneaux à chaque renvoi). On peut également être un peu perturbé par le rythme décousu, l'alternance entre les moments graves, les séquences d'action (violente et effrénée) et ces blagues potaches décalées à l'humour typiquement nippon conférant à l'ensemble un ton kaléidoscopique propre aux publications orientales, dépassant les codes des genres établis.

Cela mis à part, Ghost in the shell s'avère être une série d'anticipation particulièrement pointue, d'une effarante modernité alors même qu'elle a été rédigée en un temps (premiers chapitres parus à l'aube des années 1990) où l'informatique en était encore à ses balbutiements. On y suit les enquêtes (souvent à la limite de la légalité) dans un futur pas très lointain des membres de la Section 9 anticriminalité qui a maille à partir avec des terroristes informatiques, des gangs mafieux mais aussi de sérieux accrochages avec les autres Sections au service de l'état. De considérables pressions politiques ou diplomatiques viennent régulièrement perturber la bonne marche de leur équipe dirigée par Aramaki, un vieux de la vieille qui en a vu bien d'autres et ne s'en laisse guère compter (il sait qu'il a l'attention des dirigeants mais refuse d'abuser de ses passe-droits). Mais le leader opérationnel est incontestablement Motoko Kusanagi, promue Major, une femme au corps cybernétique à l'apparence jeune mais doté des dernières innovations technologiques, dont le fameux camouflage thermo-optique. Elle mène son équipe d'une main de fer mais tous la respectent, à commencer par son coéquipier fidèle, Batou, grand gaillard prêt à tout pour elle. Dans cet univers cyberpunk méticuleusement développé, l'extrême curiosité de Shirow permet au récit de demeurer pertinent lorsqu'il évoque les nanomachines ou les vastes réseaux de données, cette infosphère encore conceptuelle que de grands noms de la SF ont développé ultérieurement (voir ainsi Hypérion de Dan Simmons ou l'Aube de la nuit de Peter F. Hamilton).
L'ensemble interpelle par son savoir-faire et sa densité narrative et l'on s'aperçoit avec le recul de l'extrême richesse du manga : les deux magnifiques animes de Mamoru Oshii n'ont en effet exploité que deux de ses nombreuses trames (dont celle du "Puppet Master") en en accentuant la gravité tout en ralentissant le tempo. La série Stand Alone Complex est du coup plus proche de l'esprit du manga en réinjectant également les impayables tachikomas, ces robots ultra-agiles et multi-tâches dotés d'une intelligence artificielle particulièrement développée.

Les personnages ont également un traitement parfois différent de celui visible sur les écrans : Batou est ici le comique de service, solide mais filou, Kusanagi voit sa vie privée et sa personnalité davantage dévoilées (elle a de nombreuses copines et un petit ami également membre d'une organisation gouvernementale) : le major, nettement plus érotisé (et notamment dans la vingtaine de pages colorisées), marque les esprits par son caractère très dur, ses prises de position souvent contestables et ses réparties cinglantes qui détonnent pour ceux qui sont habitués à son spleen et à sa farouche détermination dans les deux films d'Oshii. Togusa (l'ex-flic désormais incorporé à la Section 9)  ne présente en revanche que très peu de différences avec sa version animée, peut-être aussi parce qu'il est le seul de la section 9,  avec le chef Aramaki, doté d'un corps humain, quoique partiellement "boosté" - les autres étant tous des cyborgs.

Un manga incontestablement visionnaire et brillant.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un incontournable du genre cyberpunk.
  • Un univers maintes fois adapté qui a servi de source d'inspiration à de nombreux cinéastes ou créateurs de jeux vidéo.
  • Une édition très riche, plus respectueuse des interventions de l'auteur.
  • Un personnage totalement charismatique et doté d'un charme incontestable.

  • Une densité narrative qui nuit parfois à l'intelligibilité du récit.
  • Certaines cases débordent de détails et font parfois "fouillis".
  • Il faut se plier au fameux "sens de lecture respecté" mais la lisibilité est moins évidente que pour d'autres mangas.