Collector #3 : Figurines Pop Funko
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Après la Batmobile et les produits Portal, notre rubrique Collector s'intéresse cette fois aux fameuses figurines Pop, de la marque Funko.

Pour ceux qui seraient passés complètement au travers, il s'agit à l'origine de séries de figurines développées autour des univers de Marvel, DC Comics et Star Wars, avant que la marque n'enrichisse considérablement sa gamme en s'intéressant à bien d'autres domaines, que ce soit les séries TV, les films, les jeux vidéo, les dessins animés ou même le jeu de cartes Magic.
Autant dire qu'il y en a pour tous les goûts.

Chaque personnage fait partie d'une gamme (Pop Television, Pop Animation...), d'une série (par exemple Disney) et est identifié par un numéro (par exemple, Winter Soldier porte le numéro 129 et est rattaché à la série Civil War). Bien entendu, certains personnages très célèbres, comme Batman, sont disponibles dans de multiples versions.
D'un point de vue pratique, les figurines sont d'une hauteur d'une dizaine de centimètres en général (il en existe certaines plus grandes) et reprennent le principe des SD (ou chubi), c'est-à-dire que la tête est disproportionnée par rapport au corps. Certaines versions sont des Bobble Head (avec la tête mobile, montée sur ressort).


Les prix varient énormément. Si la plupart sont aux alentours d'une quinzaine d'euros en boutique, on peut en trouver à moins de 10 euros sur Amazon. Certaines figurines spéciales sont parfois plus chères (la version de Daryl, de Walking Dead, sur sa moto est plus onéreuse que celle où il est à pied) et d'autres carrément hors de prix à cause des spéculateurs.
Rorschach est ainsi proposé sur le net à plus de... 460 euros.
Inutile de vous dire que c'est ridicule et qu'il faudrait être idiot pour mettre un tel prix dans un peu de plastique ou de vinyle.

Mais en fait, est-ce qu'elles valent le coup ces fameuses figurines ?
Ben, en réalité, comme pour beaucoup de conneries, tout dépend de l'affect que vous allez y mettre.
Honnêtement, certaines sont à peine reconnaissables. Quand les personnages n'ont pas de signes distinctifs forts (masque, costume, accessoire...), il est pratiquement impossible de les distinguer (c'est le cas par exemple des personnages issus de Friends ou de The Big Bang Theory).


Pour ce qui est du côté positif, l'avantage principal vient du très grand nombre de domaines couverts.
Rien que dans les photos illustrant cet article, l'on peut reconnaître Batman (DC Comics), Neo (Matrix), Jaime Lannister (Game of Thrones), Garruk Wildspeaker (Magic), Daryl Dixon (The Walking Dead), Fox Mulder (X-Files), Cell (Dragon Ball), le Duc (The Big Lebowski), Ragnar Lothbrok (Vikings), Iron Man (Marvel) et Daniel Larusso (Karate Kid).
Si les séries ou films récents sont bien représentés (Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Sons of Anarchy...), l'on trouve aussi des personnages de certains films cultes des années 80 (Jack Burton, Ace Ventura, Beetlejuice, Freddy Krueger...). Et l'on peut encore citer, en vrac, Vincent Vega (Pulp Fiction), Leonidas (300), Edward (Edward aux mains d'argent) et bien d'autres protagonistes issus des univers de Retour vers le Futur, Predator, Le Cinquième ÉlémentAlien, Scarface, Ghostbusters ou Hellraiser. Et pour vraiment ratisser large, l'on peut même dégoter Dracula ou les Monty Python's.
Un cauchemar pour un "complétiste".

Tout cela est si vaste qu'il est difficile de ne pas dénicher un personnage pour lequel craquer (je m'étais d'ailleurs moqué de mes propres achats compulsifs dans la première des Bad Fucking Resolves). Et de fil en aiguille, ou plutôt de l'envie au portefeuille, l'on en vient à agrandir sa collection sans toutefois se départir de la désagréable impression d'être vraiment le dindon de la farce. Ou le pigeon que l'on plume.

Mais bon, comment pourrions-nous vivre sans tous ces trucs inutiles et tellement indispensables ?


le Messager, un roman d'Eliette Abécassis
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Ce livre est un cadeau.
Les circonstances dans lesquelles je l’ai trouvé, discrètement posé dans mon casier à l’école, accompagné d’un mot tout aussi discret mais sincère, suffiraient à expliquer pourquoi j’y attache plus d’importance qu’il ne devrait en avoir. Mais, après tout, c’en est ainsi de tous les livres. De toutes les œuvres d’art, d'ailleurs. Elles font écho au sentiment, aux émotions que l’on ressentait au moment d’entrer en contact avec eux. Le livre, de par sa forme parfaite, s’inscrit précisément dans un processus de communication entre les personnes qui ont été mêlées à son existence, de l’auteur (et ici le dessinateur) à son dernier récipiendaire, en passant par les éditeurs, vendeurs et acheteurs précédents.
On me l’a offert. Pour me consoler, partager un peu de ma douleur et aider le temps à la déliter.
Geste profondément touchant, et juste. De la part d’une « simple » collègue. Qui ne travaille même plus à l’école.
On ne saurait en être plus reconnaissant.

Non pas que ce don efface tous les autres, les témoignages d’affection et les sollicitudes de ces derniers temps. C’est juste que, par son côté décalé, différent, il se détache et prend une valeur considérable.

L’ai-je aimé pour autant ? Difficile à dire. L’objet en lui-même est fort beau : les éditions Baker Street ont fabriqué un bel écrin au texte d'Eliette Abécassis avec des pages de bonne qualité, agréables au toucher, une disposition claire, aux grandes marges et aux caractères larges, une couverture à volets légèrement glacée sans atours inutiles, dont la première s’orne d’une des splendides aquarelles de Marc Crick, présenté comme photographe, dessinateur et auteur, signant ici, pour la première fois, des illustrations pour un autre écrivain.

Cependant, au départ, il m’a un peu agacé et j’en ai appréhendé la lecture : sa présentation laissait augurer d’une sorte de quête personnelle chargée de symboles obscurs, mais surtout s'appuyait sur la description d’un personnage singulier, qui existe réellement, sorte de gourou mondain conseiller de dirigeants et globe-trotter de surcroît. De fait, c’est à peu près ce qu’il se passe : la narratrice (l’auteur) se fait aborder par un homme qui la harcèlera gentiment en lui révélant des fragments d’une vision la concernant, concluant sa diatribe par la question : Peux-tu traduire cette vision comme tu la ressens ?
La narratrice, elle-même philosophe, cartésienne et attachée à la vérité, se refuse d’abord à entrer dans son jeu. Mais, progressivement, tout en écoutant la manière dont cet Anaël se décrit et raconte son passé, elle se met à comprendre les tenants et aboutissants des visions et finit par déterminer qu’elles impliquent non seulement son avenir, mais également son passé, et la manière dont le voyant et elle s’avèrent inextricablement liés.
Par ce dialogue, Anaël expose sa propre philosophie, d’une manière presque comique tant elle est convenue, mais qui force le respect par sa sincérité. Certes, on pourrait dire à l’instar de Coluche Il a des idées sur tout ; il a surtout des idées. Je vous ai sélectionné quelques-unes de ses pensées ci-dessous.
La poésie nous emmène vers nous-mêmes. La religion fait descendre le ciel sur terre.
Le rire […] nous permet de dire l’indicible. Il nous fait parler du tragique, évoquer ce que personne n’ose dire. Le rire est une force subversive qui surgit en plein quotidien. 
Au final, ce n’est pas tant le portrait de ce singulier voyant qui retient l’attention, mais la manière dont le glissement s’opère entre la réalité un peu floue du départ (la narratrice monte sur un bateau dont elle ne connaît pas la destination) et les escales qui sont autant d’interstices entre le passé légendaire et des bribes d’un avenir indistinct, où s’inscrivent en filigrane les sagesses héritées de traditions ancestrales (africaines) dont Anaël se pénétrera au cours de ses voyages d’enfance. A la suite du dévoilement de ce passé, Eliette insère les briques qui fonderont son avenir, un avenir où elle devra servir de vecteur au message que lui ont inspiré les visions.

On y parle amour, compassion et compréhension et on y échafaude un futur un peu plus rayonnant.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un style fluide et clair.
  • Des illustrations parfois superbes, parfois captivantes.
  • Pas de rhétorique fumeuse, une impression de sincérité chaleureuse se dégage de l'ouvrage.
  • Ça se lit vite, sans qu'on s'en rende compte.

  • Des passages vains, chaque fois que les sentences philosophiques n'atteignent pas leur but.
  • On n'arrive pas forcément à comprendre (au début) dans quoi on s'est fourré.
Les Héros : la Fantasy selon Abercrombie
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En quelques années, Joe Abercrombie s'est imposé comme une référence incontournable en matière de fantasy moderne. Le roman Les Héros va nous permettre de découvrir pourquoi.

Certains, après cette introduction quelque peu péremptoire, pourront objecter que George R. R. Martin, avec sa longue saga A Song of Ice and Fire, est certainement plus célèbre (et donc une référence plus logique et imposante), mais il convient de relativiser cette objection par trois éléments, de nature fort différente. Tout d'abord, l'aura de Martin doit beaucoup à l'adaptation TV de ses romans, Game of Thrones, or l'on va se cantonner ici au seul domaine du livre. Ensuite, Abercrombie est objectivement plus abordable pour le lectorat français tout simplement parce que ses romans sont mieux traduits. Enfin, et c'est là le principal motif qui nous pousse à voir dans Abercrombie plus qu'un pâle imitateur de Tolkien, l'auteur apporte au genre un ton et une modernité qui le revivifient grandement et dépassent même le cadre de la seule fantasy.

Voyons d'abord en gros le pitch de ce roman "indépendant" [1] mais qui se situe dans l'univers de la trilogie du même auteur, La Première Loi.
Les forces de Dow le Sombre, protecteur du Nord, s'apprêtent à affronter celles de l'Union. L'armée sudiste, pressée pour des raisons politiques, s'avance vers une colline, baptisée Les Héros en raison des monolithes imposants qui la surplombent. Des deux côtés, on s'attend à une lutte féroce.
Curnden Craw, qui dirige une faction de nordiques, se dit qu'il prendrait bien sa retraite.
Bremer dan Gorst, dans l'autre camp, brûle de combattre pour noyer ses frustrations dans le sang et la violence.
Calder, prince déchu, lâche notoire, tente de manier la ruse pour échapper aux combats et retrouver son influence passée.
D'autres rêvent de se faire un nom. Ou simplement de l'argent.
Et beaucoup aimeraient bien être ailleurs.
Sous une pluie battante, le combat commence, faisant tomber les illusions comme les hommes...
Les romans de la trilogie La Première Loi
Première constatation, Abercrombie fait partie de ces écrivains qui vous happent dès la première page et vous installent confortablement, en douceur, dans leur univers. Un putain de vrai Conteur. Et un type qui a des idées et sait les développer de manière habile. Et comme tout conteur qui sait ce qu'il fait, ces personnages sont un pur régal de maîtrise technique, chacun étant parfaitement caractérisé, à la fois vraisemblable et plein de nuances. Si le grand nombre de protagonistes peut déconcerter au début, l'on va vite retenir l'essentiel de la psychologie et des motivations de ces soldats, ballotés par les décisions, parfois absurdes, de leurs chefs.

L'auteur a opté pour une fantasy "réaliste" (un peu à la manière de Cornwell dans sa saga du roi Arthur, cf. la seconde partie de cet article) qui écarte par exemple la magie traditionnelle au profit de bricolages presque plus effrayants. Surtout, il rend compte des combats avec un rare souci de réalisme, mélangeant humour cynique (déjà présent dès la présentation des personnages) et scènes plus dramatiques.
Tout cela au service d'un "message" : la guerre, c'est moche.
Là, on va différencier deux choses. Le fond et la forme.
Le fond est idiot. Et on se doute bien qu'une activité qui consiste à découper le gars d'en face en tranches n'est pas très jolie. La guerre, la violence en général, n'est ni bonne ni mauvaise. Pas plus qu'un marteau. Tout dépend de l'utilisation que l'on en fait. Pire, l'on ne décide pas, bien souvent, de se battre. Il faut être deux pour faire la paix, mais il suffit d'une volonté ennemie pour être obligé de défourailler. Aussi, se contenter de ahaner bêtement - comme beaucoup d'auteurs politiquement corrects et littérairement secs - que l'on est contre la guerre n'empêche nullement son existence et parfois même sa nécessité. Par contre, là où Abercrombie se démarque franchement de la plupart des ignorants qui pensent révolutionner la société en enfonçant des portes déjà bien ouvertes, c'est qu'il utilise une forme particulièrement intelligente et appropriée.

Non seulement l'auteur a des arguments sous le coude, mais il les distille habilement, sans forcer, pour nous faire pencher de son côté, inexorablement. Pour cela, il va déployer une ingéniosité peu commune et jouer sur tous les tableaux.
L'on a droit, en vrac, aux émotions personnelles des officiers, qui influent (pas souvent en bien) sur leurs décisions, à la description des conditions de vie des soldats (l'ennui, la faim, la fatigue, les difficultés logistiques remplaçant avantageusement les combats épiques), aux maladresses des troufions, allant parfois jusqu'à faire des victimes dans leurs rangs, à l'absurdité des décisions politiques, transformant un lopin de terre sans intérêt en cible stratégique, ou apportant une paix inattendue là où l'on se battait à mort quelques minutes auparavant... bref, Abercrombie construit un tableau complet de la chaîne de commandement et des aléas inhérents à toute confrontation.
Tout cela sans naïveté ou idéalisme déplacé, son propos atteignant même une universalité étonnante (ce qu'il démontre s'applique - et fait songer - à bien des conflits). Et le tout est enrobé de dialogues finement ciselés et d'un sentiment doux-amer de circonstance.

670 pages sur une seule bataille, cela peut sembler beaucoup, pourtant elles se tournent rapidement et bénéficient d'un rythme haletant. Plutôt que de considérer les évènements à l'échelle d'une nation, cela permet de se concentrer sur la myriade de détails qui composent le conflit et en déterminent son issue. L'on passe d'un camp à l'autre, d'un personnage sympathique malgré ses défauts à un salopard qui possède tout de même quelques qualités, d'un carnage épouvantable à une discussion bourrue, à la profondeur parfois surprenante.
On subit les revers, les ordres, les perfidies, la cupidité, l'angoisse, on patauge dans la boue, on dévale les pentes, pour terminer convaincu qu'une bataille est bien le dernier endroit où l'on souhaite se trouver (mais tout aussi convaincu que c'est une décision qui ne nous appartient pas, et que la démonstration a donc un côté un peu vain : à quoi bon pester contre la pluie ? mieux vaut se vêtir en conséquence).

Loin d'être un roman pompeux ou lourdement démonstratif, Les Héros bénéficie d'une plume élégante qui donne vie à un panel de personnages odieux ou attachants, le tout dans un univers dont la richesse ne nuit nullement à l'accessibilité. Abercrombie associe la qualité de l'écriture, percutante, drôle, imagée, à un sens de la narration tout bonnement exceptionnel. Franchement, certains Goncourt font pâle figure à côté. Mais bon, il paraît qu'un roman de genre n'est pas vraiment de la littérature... du moins, selon certains "spécialistes".
25 euros au format papier, chez Bragelonne. 12,99 en version Kindle, ce qui reste un prix élevé pour du numérique mais c'est tellement bon que ce serait dommage de passer à côté.
En plus d'un "ordre de bataille" présentant les personnages, l'ouvrage dispose de plusieurs cartes (exemple) montrant l'évolution de l'affrontement.

Intelligent et divertissant.
Carrément recommandé.


[1] Les références et allusions sont toutefois nombreuses d'un roman à l'autre. L'on retrouve ainsi certains personnages, de manière directe ou sous une forme plus subtile. Par exemple, Scale et Calder, deux protagonistes importants dans Les Héros, sont également mentionnés dans le roman suivant, Pays Rouge (tout aussi excellent), puisque ce sont les noms dont un paysan a affublé... ses bœufs.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un style efficace et fluide.
  • Des personnages parfaitement construits.
  • Dialogues incisifs et même souvent brillants.
  • Une description sans concession des conditions de combat.
  • Richesse de l'univers.

  • Un prix bien trop élevé pour la version numérique.
Résolution #11 : Badass
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— Ta bande de potes idéale ça serait ça ?
— Ben ouais.
— Mais… il n’y a que des psychopathes dans les personnages que tu as cités !
— Des psychopathes, tout de suite…
— Attends, il y en a même un qui est excité à l’idée de se taper des cadavres !
— On a tous nos défauts, ne sois pas sectaire enfin.
— Non mais là, le mec est nécrophile, ça dépasse un peu le cadre de la gourmandise ou de l’étourderie quand même ! C’est pas vraiment le défaut courant. Et c’est un tueur en plus.
— Ne te focalise pas sur lui.
— Les autres sont tous des tueurs aussi !
— Mais non.
— Mais si !
— Ah… oui, remarque, c’est possible. Mais bon, tu crois que ta liste à toi est mieux, avec tes Tobey Maguire et tes Elijah Wood ? Que des mecs avec des têtes de con !
— Les tiens sont tous violents, asociaux et taciturnes.
— Eh ben la violence, on en a parfois besoin, c’est pas un truc qu’on choisit le plus souvent. Asocial, quand on connaît bien les gens, c’est ce qu’on finit tous par devenir si on n’est pas trop stupide ou rongé par l’hypocrisie. Et taciturne, tant mieux, ça me changera des crétins qui débitent des inepties au kilomètre !
— Eh ben… si j’avais su que ça te mettrait d’aussi bonne humeur, j’aurais plutôt proposé une liste de tes pokemon préférés…

Résolution #11 - tenter de me socialiser un peu : failed 
OTOMO, Ramen, Kaiju et Pop Culture
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Tout nouveau, tout beau, c’est Otomo !! Magazine dédié à la Pop-culture nippone, par l’équipe de Rockyrama [1], Otomo se veut sélectif et joue fortement la carte de la nostalgie, à l’instar de 30 ans et demi et d’autres livres traitants des années Club Do, Récré A2, des anciens jeux vidéo… Revue épaisse, au format compact, classieuse, elle est centrée sur le Japon. Otomo propose dans son copieux sommaire cinéma, manga, jeux vidéo, cuisine, animation… le tout enrobé de reproductions de publicités d’époque. L’impression parfois baveuse, les images pixelisées à la limite du crapuleux, dénotent une volonté esthétique de faire du néo-rétro pour se démarquer de la concurrence.

Ce premier numéro à la maquette léchée ne prend pas de risque dans son contenu. Plusieurs articles traitent sans surprise de Leiji Matsumoto (interview et portrait), la succession d’Hayao Miyazaki au sein du Studio Ghibli, Takeshi Kitano (portrait, jeu vidéo et show TV), Godzilla, Kinji Fukasaku, les Tokusatsu [2] ou une collection de photographies Kaijū [3] sous forme de jouets, la mort des salles d’arcade au Japon, le laser disc du Ninja Scroll, le manga Le Vagabond de Tokyo et même d’intelligence artificielle.
Au milieu de tout ce fatras, pas de représentation féminine ! Actrices (Meiko Kaji, Reiko Ike), chanteuses (Yamaguchi Momoe…), dessinatrices (rien que le Groupe de l’an 24 composé en autre de Moto Hagio et Keiko Takemiya)…, ont pourtant aussi porté du bout des bras cette pop culture.

Foisonnant, pour un premier numéro, les articles oscillent entre une écriture intéressante et des réflexions pertinentes et du survolé (Muscleman aurait mérité beaucoup plus de pages !) et un oubli des citations des références, des sources chiffrées, de quelques crédits iconographiques, et hélas, des coquilles dans les textes (répétitions et fautes diverses). La reproduction de planches en anglais du manga Domu alors que celui-ci a été moult fois sorti en français ajoute au manque de sérieux. La mention de Rockyrama, qui pourtant se concentre sur l’Entertainment US, au lieu d’Otomo dans l’article sur les Tokusatsu, fait penser à de l'autopromotion un peu trop appuyée.
L’équipe rassemble des plumes connues et quelques nouvelles têtes. Ainsi, on retrouve les noms de Cédric Littardi à la publication, qui n’en est pas à sa première incursion dans le monde de la presse [4], celui de Pa Ming Chiu (Animeland, J-One, entre autres), Clément Arbrun (Rockyrama, les inrocks…). Il ne manque qu’un encart rendant hommage à tous ceux qui ont déblayé le terrain depuis les années 60-70 puis 80-90 permettant la reconnaissance et le développement de la pop culture nippone en Francophonie (et même s’il s’agit en grande majorité de la rédaction originelle d’AnimeLand [5]). Car c’est bien grâce à eux si ce magazine est là.
Otomo se démarque de la plupart des revues grâce son esthétique : des titres et le sommaire écrits à la verticale, des textes sur des fonds colorés (pas toujours lisibles), le choix des polices de caractères, un rendu photocopie pour certains articles… Le papier intérieur absorbant dégage une bonne odeur d’encre, mais celui de la couverture à tendance à vite s’abîmer. Les 166 pages sont retenues par un dos collé. Les sujets sont plus ou moins classés par thème (manga, yakuza, cinéma…) et l’on se surprend à picorer au gré de ses envies. Car son petit format, rappelant Manga player [6] tient bien en main. La qualité de l’ensemble montre une réelle volonté de partager une passion commune tout en apportant un minimum de contenu.

Otomo n’est donc pas dédié à l’auteur du célèbre manga Akira, mais il rassemble un condensé de la pop culture nippone en omettant aussi de parler de musique et, pourquoi pas, d’art au sens large (Araki par exemple) ! Des articles moins convenus, plus surprenants et allant au fond des choses auraient été les bienvenus dans ce premier numéro. Mais sa maquette soignée, ses partis pris esthétiques et sa thématique forte autour des productions de l’imaginaire nippon font d’Otomo un nouveau magazine prometteur. Les néophytes découvriront quelques artistes, des objets cultes, les plus calés resteront sur leur faim et attendront patiemment le second opus.

Otomo, Ramen, Kaiju et Pop Culture
Éditions Ynnis 12,50€
Disponible depuis le 6 juillet

[1] Rockyrama s’occupe de l’Entertainment américain depuis environ 3 ans.
[2] Les tokusatsu, contraction de tokushu satsuei « effets spéciaux », regroupent des séries télévisées d’acteurs en chair et en os, parfois un peu kitsch selon le point de vue occidental, riches en effets spéciaux. On y trouve beaucoup de monstres et autres super-héros transformables. Excellent article à ce sujet ici.
[3] Kaijū : bête étrange, terme japonais employé pour désigner principalement des monstres géants tel Godzilla, symbolisant souvent la puissance destructrice de la Nature.
[4] Cedric Littardi est une personne très prolifique. Il a entre autres cofondé AnimeLand, fondé le label Kazé, Déclic Images… Entre 1998 et 2001, il lance plusieurs magazines (Séries TV, CinéFilm (s) et Manga Kids…). En 2012, Il monte le Dernier Bar avant la Fin du Monde, un centre dédié aux cultures de l’Imaginaire, en plein cœur de Paris et crée sa société de holding, Ynnis, qui s’occupe de publier Rockyrama et Otomo.
[5] Pour plus d’infos sur cette période, je vous renvoie sur le livre Big Bang Anime, d'Yvan West Laurence. Une chronique par ici.
[6] Manga player est un feu magazine de prépublication de manga dans les années 90 qui proposait quelques pages couleurs d’articles en plus de divers chapitres de BD.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Pagination fournie
  • Maquette léchée
  • le nombre d’articles
  • les domaines présentés

  • Sujets trop convenus et survolés
  • un léger manque de rigueur dans les textes et les sources et crédits
  • Le prix