Death Sentence : sexe, drogue, rock n' roll et super-pouvoirs
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On pourrait aisément prendre Death Sentence comme une énième variation sur le statut de super-héros, voire le pouvoir lui-même - et cela le mettrait ainsi dans la même catégorie que A god somewhere, No hero ou encore Supergod de Warren Ellis. Ce serait d'ailleurs un excellent argument pour pousser à lire ce one-shot de Montynero & Mike Dowling, deux autres Britanniques sortant volontairement des sentiers battus. On y évoque en effet des super-pouvoirs qui seraient acquis par le biais d'un virus transmis par voie sexuelle : les infectés voient leurs capacités physiques et psychiques décuplées, deviennent capables de créer des chefs-d'œuvre extraordinaires avant de mourir dans un délai de 6 mois (il n'existe aucun remède). On y suit plus particulièrement trois personnages, déjà marginaux : Weasel, ancien leader d'un rock-band, chanteur décadent ; Monty, humoriste grandiloquent et don juan patenté ; et enfin, Verity, jeune fille un peu paumée et artiste refoulée.

C'est bien entendu avec à propos que le script met en lumière trois individus plus ou moins issus du (ou y évoluant) monde artistique : le virus G+ confère non seulement certains dons exceptionnels (certains spécimens atteints vont phaser, projeter de l'acide, léviter ou manipuler esprits et objets par la pensée) mais permet aussi de sublimer les facultés créatrices de son porteur. Alors que l'un d'eux échappe à tout contrôle et recensement et développe de manière exponentielle ses pouvoirs en assouvissant ses désirs les plus pervers, les deux autres se retrouvent poursuivis puis capturés par une unité secrète visant à analyser en profondeur le potentiel du virus.


Volontairement trash et agressif (on y baise beaucoup, on s'y shoote avec tout et n'importe quoi et les décès sont innombrables - rappelant fortement dans certaines scènes le finale de Kingsman), le comic book se permet pourtant d'insérer quelques réflexions intéressantes, sans véritablement apporter de réponses, mais qui donnent une profondeur supplémentaire au destin de trois êtres décalés que le virus G+ va transcender jusqu'à un inévitable (et un peu téléphoné) affrontement fratricide. Il faut pour cela accepter l'acidité tonique des dessins de Mike Dowling qui sacrifie l'esthétique au fonctionnel : malgré quelques jolis gros plans et des points de vue déroutants, c'est souvent assez laid et les rares séquences de combat sont pratiquement inintelligibles.


On navigue un peu entre agacement, dégoût et fascination pour les excès ultra-narcissiques de Monty, la névrose et le côté junkie nihiliste de Weasel et les divagations mélancoliques de Verity sur fond de troisième guerre mondiale. Aucun respect pour la monarchie britannique et ses institutions politiques (quand l'un de ces super-camés décide de s'en prendre au gouvernement, la monarchie et le gouvernement en prennent pour leur grade), et il en va de même pour les militaires, les savants et autres intellectuels : les élites ne valent pas tripette face à des personnages capables de voir derrière la réalité des choses, de distinguer la structure quantique de l'univers, de créer des œuvres fantasmagoriques à partir d'émotions brutes et de s'en battre glorieusement les couilles... ou pas.
Une expérience à tenter.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un script osé et trash, refusant le politiquement correct.
  • Des réflexions intéressantes sur la notion de pouvoir, l'expression artistique et l'intérêt même de l'existence.
  • Les chapitres sont ponctués de brillantes citations en exergue, de quoi enrichir vos conversations de salon.
  • Un one-shot complet et cohérent pour un prix honnête, incluant quelques couvertures originales ou non publiées.

  • Un rythme parfois languissant avec des dialogues pénibles.
  • Des dessins manquant de finesse et de précision.
  • Un finale légèrement décevant.
Tops et Flops 2017
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Petite sélection subjective et personnelle des réussites et échecs (critiques !) de 2017.

Pour l'occasion, me voilà avec un tas de Virgul d'or à remettre virtuellement. Dont mon préféré : le Virgul d'or des scénaristes qui sodomisent la logique et la vraisemblance. Oui, on s'est lâché un peu sur les dénominations. Mais commençons par les bonnes choses avec une série TV, un roman et un jeu de rôle.

-- Tops --

WestWorld
Dans la catégorie "adaptation d'un vieux film poussif qui se transforme en série originale et bien écrite", le Virgul d'or revient à WestWorld, un nouveau hit de HBO.
L'essentiel a été dit dans cet article, tout est excellent, que ce soit le casting, l'écriture, les décors, le concept passionnant flirtant avec la philosophie, et de vrais beaux moments d'émotion. Impossible de ne pas s'enthousiasmer pour ce parc fantastique (que l'on aimerait visiter pour de bon !) et pour les hôtes et leur destin romantique et cruel.
Une tuerie. Dans le bon sens du terme.
Si vous l'avez ratée, foncez, cette série est à découvrir absolument !




Blacksad - le JdR
Dans la catégorie "je fais un jeu de rôle à partir d'une BD anthropomorphique et j'exploite merveilleusement le concept pourtant pas évident", le Virgul d'or revient à Blacksad, édité par La Loutre Rôliste.
Bon, il existe deux écoles pour les JdR. Les joueurs qui privilégient la simulation, et ceux qui mettent plutôt en avant le roleplay et l'ambiance. Blacksad enchantera certainement les amateurs de la deuxième catégorie, tant son système de jeu est bien foutu et sert l'immersion. Le côté animal surtout, qui semblait être un peu superflu à première vue pour un JdR axé polar, permet au jeu de gagner en originalité, en "âme" et en fluidité.
En plus c'est joliment illustré et accessible. Un must.
Plus de détails ici.




La Nuit des Cannibales
Dans la catégorie "j'ai un titre qui fait penser à un truc gore mais en fait je suis un excellent roman fantastique et drôle", le Virgul d'or revient au très jouissif La Nuit des Cannibales, de Gabriel Katz.
Si l'on a l'impression au départ que l'on part dans un trip un peu dégueulasse, en réalité, l'auteur exploite très habilement le thème du changement de corps, installant rapidement une petite mythologie bien sympa et des personnages attachants (cf. la chronique complète).
C'est fluide, très bien construit et marrant.
Et on rappelle qu'être divertissant n'est pas une tare en littérature. C'est une compétence supplémentaire.





-- Flops --

Allez, on ne va pas se le cacher, si vous êtes là, c'est aussi pour la partie Flops, vous voulez du sang, des noms d'oiseaux, des grenades dans le slibard des nuisibles... eh bien, vous allez être un peu déçus, sauf pour le dernier, où vraiment, je me suis lâché. Mais gardons le meilleur pour la fin et commençons par...


Astérix et la Transitalique
Dans la catégorie "je suis une BD légendaire sous assistance respiratoire", le Virgul d'or revient à Astérix et la Transitalique. Pour être honnête, c'est un "petit" flop, parce que c'est tout de même en bonne voie et que tout n'est pas à jeter (cf. cet article), mais ça manque vraiment d'enjeux, le côté aventure est totalement absent, et la conclusion est naze. Ça fait quand même beaucoup.
Et en plus (oubli ou politiquement correct de merde ?), la page de présentation du village gaulois résistant face à l'envahisseur a été supprimée de la version papier (elle figure étrangement sur la version numérique).
Arf. Décidément, la tyrannie des "humanistes tolérants" est celle qu'il faut redouter le plus, il n'est de violence plus destructive que celle qui est exercée au nom du Bien. Ah ça dénonce grave, hein mon gaillard ?




Grave
Dans la catégorie "film de genre français qui veut tout de même jouer les films d'auteur avec des scènes inutiles et prétentieuses", le Virgul d'or revient à Grave, de Julia Ducournau.
Là encore, un "petit" flop, parce que ce long-métrage possède des qualités évidentes, avec une ambiance malsaine assez rare dans le cinéma français et des actrices livrant de belles prestations, mais que de défauts également !
Cadre mal employé, conclusion bâclée, scénario bien trop creux, trop d'éléments sont (largement) perfectibles pour que l'on ne soit pas déçu, d'autant que le côté scabreux et transgressif paraît parfois bien artificiel.
Topo complet ici.




Nintendo
Ah, on rentre déjà plus dans le dur là, avec, dans la catégorie "je suis une marque qui a fait rêver des générations de players du coup je crois que j'ai le droit de les enculer sans vaseline", la Mini SNES de Nintendo.
Seulement 21 jeux, avec des RPG en anglais, pas de possibilité d'en rajouter, des câbles trop courts, un système de retour au menu à la con, franchement, la liste des couilles est bien trop longue pour du Nintendo.
À savoir que la version crackée permet de résoudre les principaux problèmes. Mais c'est illégal. Mais en même temps, comme on l'a vu dans cet article, c'est un peu comme si le géant nippon avait collé un "crackez-moi !" sur le capot de son émulateur, bien trop radin en contenu pour pleinement profiter de l'effet nostalgie procuré par le retrogaming.




The Walking Dead - saison 8
Aah... on en arrive à la petite sucrerie de l'article, à sa raison d'être presque. Dans la catégorie "je sodomise la logique et la vraisemblance", le Virgul d'or revient au début de saison 8 de The Walking Dead.
Et là... on va la faire un peu longue. Parce que ça mérite qu'on s'y attarde. Sisi.

The Walking Dead en comics, ce fut le grand écart (cf. cet article), Kirkman réalisant l’exploit de passer du niveau chef-d’œuvre (les 60 premiers épisodes) à étron. Entre les invraisemblances, les idées gâchées, les répétitions et les inepties, la série était devenue l’ombre d’elle-même.
Par contre, la série TV se laissait regarder. Avec des hauts et des bas, bien sûr, tout n’étant pas parfait (cf. cet article sur les véritables et fausses incohérences, ce qui montre bien qu'il n'est pas question d'ergoter sur des détails), mais aussi avec de vrais bons moments, comme le début d’histoire d’amour (tragique) entre Daryl et Beth. Et puis la saison 8 est arrivée…

Je ne vais rien spoiler, je ne vais qu’évoquer rapidement deux ou trois scènes.
La plus merveilleuse est celle de l’épisode 1. 
Rick et ses troupes déboulent devant le repaire de Negan. Ils sont nombreux, bien armés, "protégés" (on y reviendra) derrière des boucliers, bref, quelle va être la réaction de Negan ? Il ouvre la porte et se pavane devant eux, à découvert, avec tous ses lieutenants. C’est déjà bien absurde. Quand des mecs arrivent pour te lyncher, tu ne sors pas le sourire aux lèvres et les mains dans les poches.
Mais le meilleur est pour la suite. Quand enfin, après des palabres interminables, Rick et sa petite armée décident d’ouvrir le feu, ils ratent tout le monde !
Ils sont une centaine, avec des fusils d’assaut, ils tirent sur des mecs à dix mètres, et ils n’en touchent pas un ?? On passe d’un extrême à l’autre entre les ahurissants tirs de précision à la Lucky Luke du comic (je déconne pas, regardez ça) et le feu d’artifice (qui ferait passer la scène dans Predator, où l’équipe de Dutch "déboise" la forêt, pour quelques déflagrations de pétards inoffensifs) qui épargne tous les méchants dans la série TV.


Negan et l'un de ses gentils lieutenants.

— Tiens, Negan, tu vas où ?
— Oh, il y a tout un régiment de types surarmés qui veulent me trouer la panse, je vais aller me pavaner devant eux la bite à l’air.
— Heu… t’es sûr que c’est vraiment une bonne idée ça ?
— Oh oui, j’éviterai les balles avec mon super-pouvoir : les scénaristes. 


Pareil ensuite lors d’une escarmouche entre le groupe d’Ezekiel et des Sauveurs. Ce putain de combat dure des plombes, alors que les mecs sont à cinq saloperies de mètres les uns des autres. Et alors que du 5.56 (la munition standard des fusils d’assaut occidentaux) ou du 7.62 (utilisée dans les Kalachnikov) transpercent facilement plusieurs millimètres d’acier, les mecs se protègent derrière… de la tôle ondulée et des tables !!
Mais… meeeeeeerde !!!!!
Et putain, pour l’éventuel abruti fini à la pisse qui est en train de se dire derrière son écran « meuuuh, mais c’est pas grave, il y a bien des morts-vivants, c’est pas réaliste de toute façon… », qu’il aille s’acheter un costume de cochon et se faire sodomiser par des péquenots consanguins dans les Appalaches !! Non ce n’est pas une insulte, c’est un conseil amical doublé d’une référence cinématographique.

C’est exactement comme pour le problème de téléportation idiote dans Game of Thrones, ce n’est pas parce que l’on est dans un univers fantastique, avec des éléments surnaturels, qu’on peut chier sur toutes les règles et vomir sur la logique. Si je suis à pied, à cheval ou en vélo, j’ai beau être dans un univers de fiction, je ne peux pas faire Brest-Strasbourg en cinq minutes (sauf si j’établis une règle permettant de le faire). Et je ne peux pas non plus me protéger des tirs nourris de dizaines de trous du cul armés de M-16, d’AK-47 ou de HK-53 en me planquant derrière un ours en peluche ou une glace à la pistache !! 
Merde et merde !!
Ces scènes sont tellement à chier qu’elles cassent toute l’intrigue. On ne peut pas s’intéresser à l’histoire ou ressentir une quelconque empathie si, à la place des personnages crédibles, on a l’impression de regarder les gesticulations pathétiques des auteurs qui se torchent le fion avec le scénario et pensent plus à ce qu’ils vont bouffer le soir en rentrant à la maison qu’à bâtir une intrigue qui tient debout !
Le pire c'est que ce qui ne va pas ne demande aucune compétence spéciale pour être corrigé, ni budget, ni talent, juste un peu de rigueur et de logique. Si tu tombes d'une falaise de 300 mètres, tu ne te relèves pas en faisant "aïe". Et si 150 mecs te tirent dessus avec des armes de guerre alors que tu es à 10 mètres en train de faire ton numéro avec ta batte, ben c'est pareil, tu as le bon goût de te faire transpercer la couenne et tu ne slalomes pas entre les balles comme si tu étais dans la Matrice ou dans un épisode de Walker, Texas Ranger ! Rhaa, putain !

Ah... ça fait du bien.



Virgul à travers le Temps (Bonne Année !)
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Vous le savez si vous nous suivez depuis quelque temps, UMAC a la chance de disposer d'une mascotte. Virgul, ce chat extraordinaire, ne se contente pas de donner un conseil d'achat en fin de chronique en brandissant une pancarte, il fait partie intégrante du lieu et même parfois des œuvres chroniquées...
Il méritait bien qu'on lui consacre un article.

Virgul, comme tout personnage, a une histoire. Lorsque UMAC, encore "Univers Marvel et autres Comics" fait sa métamorphose en "Univers Multiples, Axiomes et Calembredaines", en migrant notamment vers une autre url, en changeant de ligne éditoriale et en accueillant plus de plumes, le site va se doter d'une mascotte qui peu à peu va évoluer. L'on abandonne alors les petits personnages que Carali (cf. Hebdogiciel) nous avait autorisé à utiliser et l'on crée un chat espiègle à forte tendance anthropomorphique.
Au départ, Virgul est censé se cantonner à un rôle secondaire : il résume l'avis du chroniqueur dans les articles, en conseillant ou déconseillant un achat, et présente quelques rubriques, comme les UMAC's Digest.
Pourtant, très vite, notre ami poilu va prendre une importance exponentielle.

Non content de devenir le sujet du slogan/hashtag du site ("We own the Cat !"), Virgul va faire des apparitions régulières dans les Bad Fucking Resolves, la série de dialogues humoristiques illustrés produite par UMAC. Peu à peu, grâce à ses créateurs, en premier lieu Sergio Yolfa (cf. The Gutter ainsi que la rubrique Staff), Virgul va dépasser son rôle et se fondre dans l'univers des œuvres abordées, voyageant à travers les époques et les genres. On a ainsi pu le voir en cowboy dans l'article sur L'Homme qui tua Lucky Lucke, en soldat romain dans cette chronique polémique sur un album d'Astérix, en détective dans ce "first look" sur Jérôme K. Jérôme Bloche et prochainement en aviateur dans cet article consacré à Buck Danny.

Mieux encore, Virgul, sous sa forme de Captain UMAC, a fini par faire partie de la bannière du site. Et, loin d'en rester là, notre chat bien-aimé vous prépare des surprises pour l'année à venir. Virgul a en effet l'intention de continuer à se promener dans les méandres de la pop culture pour découvrir romans, jeux vidéos, BD, jeux de rôles, séries TV, films et autres produits dérivés.
Ce chat est bien décidé à fouiner pour dénicher de nouvelles pépites mais parfois aussi ronchonner contre certains éditeurs indélicats !

Et en attendant ces nouvelles aventures, nous vous souhaitons une bonne et heureuse année 2018, pleine de bonnes choses et de saines lectures. ;o)





   WE OWN THE CAT !
Civil War II en Marvel Deluxe
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Il y a un mois à peine sortait en Marvel Deluxe la saga Civil War II. Tout de suite, le point sur l'ouvrage et un petit bilan de l'event.

Nous avions évoqué Civil War II en début d'année (cf. cet article), sans cacher que la thématique, très largement inspirée de la nouvelle de Philip K. Dick, The Minority Report, possédait un énorme potentiel. En effet, l'intrigue est basée sur la possibilité pour Ulysse, jeune Inhumain, de prédire l'avenir. Un don que Carol Danvers, alias Captain Marvel, s'empresse d'exploiter pour contrer diverses menaces.
Malheureusement, une intervention se passe mal et James Rhodes reste sur le carreau alors que Jennifer Walters (She-Hulk) est, elle, dans un état critique. Bientôt, Tony Stark s'oppose ouvertement à Danvers. Celui-ci a en effet des doutes sur le bien-fondé des prévisions d'Ulysse. La tension monte alors que les visions de l'Inhumain sont de plus en plus terrifiantes...

Voilà donc le sujet central du récit, posant un épineux dilemme moral : peut-on changer le futur en arrêtant un criminel avant qu'il ne commette un crime ou doit-on au contraire préserver ce même futur en considérant que nul ne peut être accusé de ce qu'il n'a pas encore fait, au risque de condamner des innocents ?
Tout comme pour la première saga Civil War, il y a déjà dix ans, il n'y a donc pas a priori de "mauvais" camp, chacun étant persuadé d'agir pour le mieux. Cela renvoie d'ailleurs au problème bien réel du profilage de terroristes qui, pour être efficace et permettre d'épargner des vies, demande d'agir avant que les faits ne se produisent.


Brian Michael Bendis, aux commandes du scénario de la série principale, livre un récit certes intéressant mais n'exploitant finalement que peu les énormes possibilités que la thématique offrait. Tout comme pour Millar lors du premier opus de Civil War, l'on a un peu l'impression que l'auteur prend trop parti, qu'il fait agir ses personnages (surtout en l'occurrence Carol Danvers) avec trop peu de discernement pour donner une chance égale à chaque camp dans l'esprit du lecteur. Dommage car c'est pourtant ce qui permettrait de donner toute sa dimension dramatique à l'affrontement : dresser un portrait positif de chaque clan en montrant leur logique. L'accent n'est pas assez mis sur les possibles vies sauvées et, tout comme Stark il y a dix ans, qui était parti dans un trip répressif assez extrême [1], Danvers semble perdre toute mesure et a la menace bien trop facile.
Finalement, l'aspect philosophique finit par se perdre un peu au fil des épisodes pour laisser la place à des affrontements plus ou moins spectaculaires et à un jeu d'alliances qui vacillent ou se forment.

Notons que Bendis s'en sort tout de même très bien, notamment grâce à des dialogues enlevés et bourrés d'humour et de second degré (parfois avec quelques références qui échapperont peut-être au novice). On passera sur l'étrange choix, à l'ancienne, de masquer les jurons dans la VF [2].
Outre le prologue, l'épisode du Free Comic Book Day et les huit chapitres de la saga titre, l'on trouve encore dans ce Deluxe The Fallen et The Accused, deux one-shots centrés sur l'une des victimes du récit et son assassin. Le choix de ces deux comics est judicieux (même Panini ne peut pas tout le temps taper à côté, ne serait-ce que pour des raisons statistiques) puisqu'il permet d'apporter à la fois de grands moments d'émotion (avec la réaction des proches de la victime) et une véritable réflexion, avec le procès du meurtrier (lui-même loin de tout manichéisme).



Tony Stark et Peter Parker, sous la plume de Brian Michael Bendis.

— Imaginons que ce type vienne nous voir en courant en criant : « Oh mon dieu, je viens d’avoir une vision de Hulk couchant avec Ultron… et un bébé naissait… et le bébé était la réincarnation d’Hitler. »
— Je paierais pour voir ce film.
— Tu m’étonnes. Mais est-ce qu’on arrête Hulk avant que ça n’arrive ? Est-ce qu’on l’enferme avant qu’il ne fasse quelque chose qu’on n’apprécie pas ?



Le final laisse toutefois le lecteur sur sa faim, avec un statu quo un peu fade en comparaison du drame principal qui intervenait bien plus tôt dans le récit.
Graphiquement, c'est par contre un sans faute, David Marquez livrant de belles planches, certaines étant même très impressionnantes (surtout en ce qui concerne les visions apocalyptiques) et méritant bien l'appellation de splash pages. L'on retrouve également avec plaisir d'autres artistes bien connus, comme Mark Bagley ou Olivier Coipel.
Niveau bonus, rien à part des covers, dont certaines sont franchement trop petites pour être appréciées (quatre sur une même page, avec de larges marges en plus). La traduction de Jérémy Manesse est de bonne qualité, par contre, l'on regrette, comme toujours avec les vendeurs d'autocollants, qu'il n'y ait aucune présentation des personnages pour faciliter la compréhension des nouveaux lecteurs, l'introduction de l'ouvrage étant bien trop insuffisante et généraliste pour expliquer le contexte complexe dans lequel l'histoire se déroule.

Une saga agréable à suivre mais qui n'exploite qu'imparfaitement sa thématique.
Plutôt bon tout de même dans l'ensemble.   



[1] Avec des arrestations massives et la construction d'une prison dans la zone négative, ce qui donnait à Stark et ses alliés l'apparence de fanatiques alors qu'ils étaient les seuls à respecter la loi mais aussi la volonté du peuple, voire le simple bon sens.
[2] L'on avait déjà abordé le sujet (dans cet article par exemple), mais l'on se demande toujours si Panini pense vraiment s'adresser à des enfants (il existe des gammes de comics pour les plus jeunes, celle-ci est plutôt axée ados et adultes). Et même dans ce cas, en est-on encore à protéger les "chastes" oreilles/yeux des quelques "merde" ou "putain", justifiés par les scènes ? Surtout à l'époque du net (voire d'un certain sous-rap), ces prudes @*!% sont parfaitement ridicules et bien en deçà de ce que l'on entend dans une simple cour d'école. Certains feraient mieux de faire gaffe à la concordance des temps plutôt que de nous servir un hypocrite politiquement correct qui n'a rien à faire dans l'édition.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une thématique passionnante.
  • De superbes planches.
  • L'humour et les dialogues à la Bendis.
  • Le choix des deux épisodes supplémentaires.

  • La thématique sous-exploitée en raison d'un trop grand parti pris.
  • Aucun effort rédactionnel de l'éditeur français, pour le prix (30€), ça fait clairement mal au cul.
Bonnes Fêtes !
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Toute la rédaction UMAC se joint à Virgul (sur son 31 pour l'occasion) pour vous souhaitez de bonnes et heureuses fêtes de Noël et, un peu en avance, une année 2018 pleine d'excellentes lectures et de moments magiques !