Résolution #19 : Léon
Par

— Je venais de me faire péter la gueule par des gamins plus grands, j’avais le nez en sang, j’avais mal. Mes affaires étaient dispersées par terre. Mon prof est arrivé, je lui ai demandé si la vie c’était comme ça tout le temps ou seulement quand on était petit.
— Hmm… il a dit quoi ?
— Que c’était comme ça tout le temps.
— Mais… c’est une réplique de Léon.
— Ben… ouais non mais tu sais que Besson s’est inspiré de ma vie en fait pour cette histoire.
— C’est une petite fille dans le film.
— Parce que j’étais mineur au moment des faits. Légalement, ils étaient obligés de changer des trucs. Pour pas avoir de problèmes, tu vois ?
— Bien sûr. Et niveau affabulation sinon, tout va bien ?
— Hé, traite-moi de menteur tant que tu y es ! C’est la dernière fois que je te raconte une anecdote personnelle, tu peux toujours te brosser pour savoir comment les mecs se sont inspirés d’un truc chelou qui m’est arrivé au lycée pour faire Avatar !
— Ça se passe même pas sur Terre, Avatar !
— À l’époque, je voyageais beaucoup…

Résolution #19 – ne pas bidouiller le passé : failed
les Cantos d'Hypérion
Par
Une saga de science-fiction de Dan Simmons (1989 à 1997).



Des pèlerins soigneusement sélectionnés par différentes factions politiques ou religieuses doivent se rendre sur la planète Hypérion, un astre à l’écart du centre galactique, afin de trouver dans les Tombeaux du Temps (qui évoluent chronologiquement à l'envers, artefacts expédiés depuis un lointain avenir et censés s'ouvrir prochainement) une réponse à la crise intermondiale qui se prépare, car l’Hégémonie humaine est au bord de l’implosion. Durant leur voyage frappé du sceau du désespoir, ils se (nous) racontent leur histoire : entre le père éploré narrant la souffrance de sa fille grandissant à rebours, le poète adulé et maudit qui a « perdu les mots » après avoir quitté la Terre mourante, le soldat décrivant sa rencontre avec une beauté surnaturelle apparaissant dans ses entraînements holographiques, le prêtre parlant d'une race de primitifs vénérant un cruciforme vampirique et la chasseuse de prime évoquant un cybride de poète disparu... S’y ajoutent un consul possédant son propre vaisseau privé (un luxe inouï) et un mystérieux Templier arrivé à bord d’un Vaisseau-Arbre.
Au-dessus de tout cela, l'ombre des IA qui régentent tout l'empire humain et des Extros dont personne ne sait rien plane en autant de menaces protéiformes.

Les grands créateurs d’univers aiment détruire leur œuvre.
Du moins le font-ils volontiers. Sans doute toutefois versent-ils (au moins) une larme chaque fois qu’ils entreprennent l’éradication de tout ce qu’ils avaient développé.
Pour mieux reconstruire sans doute. L’appel de la table rase.
C’est tellement vrai en SF. Moorcock qui nous dépeint les Jeunes Royaumes que son héros Elric traverse de long en large avant d’être à l’origine de son anéantissement – qui permettra la naissance d’une nouvelle réalité – la nôtre - où les hommes auront une nouvelle chance de trouver l’équilibre entre la Loi et le Chaos ; dans une saga parallèle, son monde du Tragique Millénaire est le décor d’une Europe se relevant difficilement d’un holocauste nucléaire. Robert Jordan qui évoque l’inévitable cataclysme qui frappera, une fois encore, le monde lorsque le Ténébreux se libèrera et mettra fin au règne des hommes. Philip José Farmer qui raconte les hauts faits d’une poignée d’hommes affrontant les dangers de cette mystérieuse planète au fleuve gigantesque au bord duquel ils ont ressuscité – jusqu’à ce qu’on apprenne que tout était destiné à disparaître à la fin d’une étrange expérience extraterrestre (le Fleuve de l’Eternité). Peter F. Hamilton qui se plaît, dans l’Aube de la Nuit, à nous narrer la façon dont l’Humanité essaimée dans les étoiles se trouvera confrontée au pire péril de son existence, voué à semer le chaos dans les bases même de la société humaine. Asimov qui, au travers de la série Fondation (voire de son œuvre entière), décrit un empire, celui de Trantor, qui s’effondrera avant que des descendants des premiers psychohistoriens ne tentent de le faire renaître de ses cendres.
Grandeur et décadence… La trilogie Matrix ne dit pas autre chose : Zion, dernier bastion de l’Humanité, est vouée à tomber, à moins que…


Pour en revenir à Asimov, il avait affirmé avoir trouvé dans ses premiers travaux scientifiques sur l’Histoire la source de la plupart de ses récits ultérieurs : le passé offrait tant d’exemples probants dans lesquels il suffisait de piocher en adaptant intelligemment. L’empire romain, c’est Trantor sur Terre.
Le space opera se délecte de telles situations, à moins qu’il ne s’engonce dans la planetary romance à la manière de la saga Ténébreuse (Marion Zimmer Bradley) où le but est surtout de raconter des histoires prenant l’univers créé comme objectif en soi, presque comme un personnage (voir aussi Ose de Farmer). Construire, détruire, et peut-être ce besoin pervers de faire souffrir le lecteur/spectateur qui s’était attaché aux êtres et avait admiré les décors. Comment ne pas ressentir un pincement au cœur lorsque le Riddler détruit la Batcave dans Batman forever ? Ou lorsque Shiita et Pazu déclenchent l’autodestruction de Laputa dans le Château dans le ciel ?
Moi, ça me fait mal, à chaque fois.
Et Hypérion m’a fait mal, aussi. Peut-être davantage encore tant l’univers cohérent était décrit avec passion et finesse, avec un savoir-faire étonnant, une précision époustouflante, combinant de nombreuses références puisées à la SF traditionnelle aux préoccupations du cyberpunk et des romans de fin du monde à la J.G. Ballard : 200 planètes habitées, 150 milliards d’individus. Destinés à disparaître.
Cruelle inéluctabilité.



Hypérion est pourtant l’archétype du space opera post-moderne, ayant accumulé les prix littéraires, sorte de pierre angulaire du genre au détour des années 80 - comme le soulignait John Clute, qui y voyait une œuvre définitive et absolue. Dans son anthologie assez maligne, Lorris Murail n’y percevait toutefois rien de véritablement révolutionnaire, mais saluait son souffle, sa maîtrise, sa torrentueuse inspiration. Simmons y a en effet tout compris car il a mêlé les préoccupations les plus actuelles en matière d'environnement et de préservation des espèces au souffle épique des récits de l’Age d’or de la SF (le spectre des Futurians est présent dans ces batailles cosmiques, ces races extraterrestres, ces mondes étrangers) à une structure éclatée doublée d'un vrai sens de la narration. Le premier volume est un tour de force puisqu'il est conté par quelques-uns des protagonistes, souvent à la première personne, parfois en un rapport circonstancié, quand ce n’est pas la lecture d’un journal intime relatant une expérience hors du commun, et, chaque fois, avec un souci de véracité en s’appliquant à modifier le style d’écriture. Les fans de John Brunner ou de William Gibson apprécieront l’histoire de Brawne Lamia, cette détective tombée amoureuse d’un androïde reprenant les schémas mentaux d’un poète de l’Ancienne Terre – et allant jusqu’à se perdre dans les méandres de l’infosphère, véritable univers virtuel interne multi-strates dans cette galaxie riche de possibilités. On pleurera devant le drame insoutenable de Sol Weintraub, ce père éploré, professeur d’Histoire et écrivain spécialisé dans l’Ethique, cherchant des réponses à la maladie de sa fille qui, chaque jour, se rapproche de celui de sa naissance – il ira, tel Abraham, jusqu’à interpeller Dieu lui-même pour trouver un sens à sa douleur. On vibrera aux aventures épiques du colonel Fedmahn Kassad, vétéran d’origine palestinienne respecté pour ses faits d’arme et haï pour le caractère expéditif de ses solutions martiales, soldat dans l’âme à la poursuite d’une chimère qu’il n’a connue qu’au cours d’étreintes aussi improbables que torrides après avoir passé sa vie à réprimer des velléités de révoltes nationalistes. A moins qu’on ne soit secoué par ce prêtre qui est allé jusqu’à se crucifier afin d’échapper à des souffrances insoupçonnables et infinies dues à sa quête éperdue des origines de la chrétienté.

Dans Hypérion, on se déplace par des portails distrans (les plus riches ont des maisons ouvrant sur plusieurs planètes !) car entretenir un vaisseau coûte cher et n’est à la portée que des gouvernements planétaires : on peut ainsi « sauter » presque instantanément d’un monde à l’autre, bronzer sur une des îles mobiles d’Alliance-Maui (planète naguère sécessionniste), dîner dans un des restaurants de Tsingtao-Hsishuang Panna, suivre des cours dans l’une des universités de Barnard, fréquenter un casino sur Fuji, faire ses courses sur Renaissance Minor ou Tau Ceti Central ou encore se baigner dans Mare Infinitus. La majorité des gens sont connectés à l’infosphère et les IA régentent tout, permettant aux hommes de se consacrer davantage aux loisirs et d'oublier un passé trouble où, à la suite d’une expérimentation fatale, la Terre a été avalée par un trou noir, forçant les hommes à migrer vers d’autres cieux. Il y a pourtant des révoltes, des guerres vite réprimées par les armées de l’Hégémonie. Et que dire de ces Extros, une race humanoïde qui refuse la technologie offerte par les ordinateurs pensants du Retz et se déplace en colonies au sein de comètes errantes ?

Alors que les signes néfastes se multiplient, que les prélats de l’Eglise gritchèque y voient une fin des temps imminente et que la Présidente Meina Gladstone fourbit ses plans de contre-offensive aussi impopulaire que désespérée, sur Hypérion, le Gritche a commencé à refaire son apparition : entité semant la peine et la douleur, étrangement liée aux Tombeaux du Temps, il est aussi invulnérable qu'implacable, autant mythe que réalité ; il tue, découpe, décapite et transperce avant de disparaître et de réapparaître ailleurs, modelant le temps et l’espace à sa convenance et empalant ses victimes sur le monumental Arbre de la Douleur où elles gémiront une éternité entière. Révéré tel un dieu de souffrance par quelques illuminés (ou initiés ?), il est le vrai Croquemitaine de cette époque troublée où 7 personnes étrangères l’une à l’autre se demandent en quoi elles peuvent constituer la dernière chance de l’Humanité. A moins qu’on leur aurait menti ? En ce cas, qui détiendrait des secrets ? Et si celui qui précipitera la fin de l’Hégémonie humaine était parmi ces pèlerins de l'impossible ?
Lorsque l’un d'eux disparaît, les autres comprennent qu’il est temps de se serrer les coudes en partageant leurs informations. Le crépuscule de l’Hégémonie s’annonce insensiblement : des mondes, des civilisations entières sont en passe de disparaître – et l’ennemi n’est ni clairement identifié, ni vraiment identifiable.




Un livre univers, racontant la grandeur et la décadence d'une civilisation trop ambitieuse mais inconsciente de ses excès et de la façon dont elle renaît de ses cendres en cherchant à se départir de ses anciens alliés trop encombrants. Un drame poignant autant qu’une vraie tragédie grecque à multiples facettes : les hommes se mêlent aux demi-dieux et divinités issues de la technologie et accomplissent leur destin, écrit de toute antiquité. Une réflexion sur la condition humaine teintée de philosophie (les références à Nietzsche, Kant et Kierkegaard sont manifestes, pour peu qu’on les connaisse) et mâtinée de références bibliques et littéraires (Shakespeare et Dante s’ajoutent aisément à l’incontournable John Keats). En creusant un peu, on est surpris de trouver de nombreux parallèles avec la métaphysique abordée dans Matrix : le dilemme persistant entre le choix d’une vie balisée sur les rails des probabilités, programmée par des entités insaisissables et pragmatiques et d’une autre axée sur le libre-arbitre, le risque et l'aléatoire, c’est celui de Neo devant l’Architecte.

Le thème est celui de la mort des dieux et de leur difficulté à accepter leur exil. Celui de la souffrance, de la transformation et de l'injustice. Celui du poète, également. Il pensait que c'était le poète qui souffrait le plus de toutes ces injustices. 
Dan Simmons (parlant de Keats et de son oeuvre Hypérion

Hypérion, vous l’aurez compris, est prenant, haletant, émouvant, grand, déroutant, époustouflant. C’est à la fois novateur dans son approche et respectueux des thèmes abordés. Et c’est fort bien écrit, même si on peut ne pas adhérer à cette manière de présenter l’intrigue qui empêche (du moins au départ) de s’identifier totalement à l’un des protagonistes et fait semblant de noyer l’intrigue principale sous des ressorts dramatiques perturbants. Neault dit très bien pourquoi il n’est pas allé au bout de l’aventure dans son article argumenté. J’en profite pour attirer l’attention des habitués des formats poche sur le découpage (comme souvent) peu judicieux des volumes publiés.

Seules ont été évoquées ici les bases de l’univers dépeint dans le premier des 4 romans qui ont décroché de très nombreux prix internationaux, dont le prix Hugo et plusieurs fois le prix Locus. Les Cantos d’Hypérion sont ainsi divisés en quatre parties :
·         Hypérion
·         La Chute d’Hypérion
·         Endymion
·         L’Eveil d’Endymion



Quatre romans plutôt touffus. Les deux premiers se suivent et se complètent, bien qu'ils sont censés pouvoir être lus indépendamment (je n'en vois pas l'intérêt puisque le premier pose les enjeux qui ne seront résolus que par la suite). Les deux suivants se situent quelques décennies après les événements décrits dans la Chute d'Hypérion : une nouvelle humanité dans une ère nouvelle où tout pourrait être à reconstruire, de nouvelles croyances et religions - dont certaines renaissant spectaculairement de leurs cendres, de nouveaux héros ignorants leur propre destinée, de nouveaux drames où les protagonistes seront chaque fois dans l'expectative, hésitant entre des principes de vie et une foi vacillante, constamment sur le fil entre leur hubris et leur nemesis, mais toujours les mêmes menaces, plus retorses, plus perverses et plus résolues que jamais à précipiter la chute de l’Homme, annoncée comme nécessaire par certaines factions. La religion y est vue à la fois comme problème et solution et l’état quantique du célèbre chat de Shrödinger devient une torture des plus raffinées.


Indispensable.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une richesse de thèmes assez étourdissante.
  • Un space-opera moderne coordonnant de nombreux sous-genres (hard science, fin du monde et post-apocalypse, arches spatiales, planetary romance, cyberpunk, intelligences artificielles) avec une dynamique implacable.
  • Un univers étendu aux mondes pittoresques mais volontairement limité à l'expansion humaine, donc plus aisé à appréhender.
  • Des personnages fascinants, rongés par un destin qui les dépasse mais s'accrochant à un espoir de plus en plus minime.
  • Des moments de grandeur, des actes de pur héroïsme, des paysages époustouflants et des passages très riches en émotion.
  • Des références régulières à des oeuvres poétiques et/ou philosophiques.
  • Un talent indiscutable pour le sense of wonder et une réelle aptitude à changer de style de narration pour s'adapter aux récits des pèlerins.

  • Un lexique trop riche qui vire parfois au technobabble même si on finit souvent par deviner de quoi il en retourne.
  • Des suites (Endymion) moins passionnantes malgré la quête d'autres personnages fascinants et des préoccupations existentielles intéressantes.
  • Des passages parfois obscurs (les "plongées" dans la métasphère et l'exploration du monde des I.A.) où l'on perd facilement pied.
Letter 44 - Tome 4 : Le Temps des Sauveurs
Par
Rappel des précédents tomes de Letter 44, une série de science-fiction publiée chez Glénat Comics. Le 44ème Président des États-Unis, Stephen Blades, a appris peu de temps avant d'entamer son nouveau mandat, que son prédécesseur Francis Caroll avait lancé une mission spatiale secrète. Ce dernier lui a expliqué les enjeux dans une lettre numérotée 44 : tout le travail géopolitique sur Terre n'était guère important face à une menace extraterrestre décelée des années plus tôt. Neuf personnes, scientifiques et militaires, se trouvent à bord du Clarke, vaisseau se rapprochant des entités extraterrestres. L'équipage (qui a accueilli un nouveau-né durant leur périple) découvre des organismes à moitié métalliques, d'étranges mélanges de cônes et de tentacules. Les spationautes et ces créatures cohabitent bon gré mal gré tout en ignorant ce qu'il se passe sur leur planète natale. L'heure est à la troisième Guerre Mondiale entre les États-Unis et l'Allemagne (chacun allié à d'autres pays), le tout discrètement orchestré par Francis Caroll (l'ancien Président). Une autre menace pèse : un astéroïde menace de s'écraser sur Terre. Après avoir essayé plusieurs options pour le détruire, aussi bien depuis le Clarke que depuis Washington ou le reste du monde, l'astre gigantesque se pose finalement tout doucement devant la Maison Blanche ! Un membre de l'équipage de Clarke (présumé mort depuis longtemps) en sort, souhaitant parler de toute urgence à Stephen Blades. C'est ainsi que s'achève le troisième tome et que le  nouveau, chroniqué ici, débute.


Le Major Gabriel Drum est de retour sur Terre, à Washington. Il vient de la part des « Constructeurs » (nom donné aux extraterrestres) qui ne sont pas là pour exterminer la race humaine mais au contraire la sauver. Excepté que ce sauvetage n'inclut que 666 personnes. En effet, la Terre va être détruite, les aliens peuvent sauver 666 êtres, chargés de repeupler ultérieurement leur lignée et assurer un héritage. C'est le Président des États-Unis, Stephen Blades, qui doit sélectionner les humains qui resteront en vie.
Dans le Nevada, l'ancien Président Caroll est dans son abri antiatomique avec plusieurs centaines de citoyens qu'il avait personnellement choisi pour son ascension. Caroll pensait que l'astéroïde détruirait en grande partie la Terre et a donc enfermé une poignée d'élus qui croient en lui. Sauf que l'astre n'a absolument pas causé la mort de qui que ce soit. Ce n'est pas un problème pour Caroll, il continue de faire croire à son public qu'ils sont sains et saufs et que le reste du monde n'est plus...
Dans l'espace, les spationautes sont virés du Terrarium des Constructeurs et rejoignent le Clarke avec la dépouille de Gomez. Mais la petite Astra, capable de communiquer avec ces extraterrestres, a été gardée par les trois plus importantes (vOL, kIN et hILLA). Parallèlement, Drum se confie à un révérend, dévoile les premiers jours de l'aventure et confesse un lourd pêché.

Pas facile de s'y retrouver entre les nombreux protagonistes de Letter 44 et les multiples histoires qui se déroulent à plusieurs endroits simultanément ! Pourtant, le scénariste Charles Soule continue de livrer avec une fluidité étonnante son histoire passionnante. Capable du meilleur (Le Règne de Swamp Thing, Superman/Wonder Woman) comme du pire (La mort de Wolverine), l'auteur s'en sort aisément sur sa création. La narration est extrêmement bien rythmée, et cela depuis le premier tome. Alternant les scènes sur Terre et dans l'espace, Soule maintient le suspense avec brio. C'est clairement l'un des points forts de la série.

Si les débuts s'avéraient un poil convenus, malgré le registre science-fiction qui laisse une carte blanche en terme d'inspiration, Letter 44 a rapidement su trouver son chemin en terme d'originalité. Ici, les aliens sont ambigus, à la fois sauveurs mais aussi menace. Malgré tout, ils ne sont clairement pas au cœur du récit, ce sont les personnages humains qui ne cessent d'évoluer qui le sont. Cela rappelle modestement The Walking Dead, où le développement psychologique de Rick et sa bande l'emporte sur les zombies. On n'est pas encore à un stade d'évolution majeure chez les protagonistes de cette série (et c'est bien dommage), mais force est de constater que quelques-uns sortent du lot. Ce qui est paradoxalement un défaut récurrent car beaucoup de personnages mériteraient d'être approfondis, à commencer par les membres du Clarke. Ces derniers bénéficient par à coup de petites présentations mais manquent cruellement de consistance pour la majorité d'entre eux. À ce titre, il serait très appréciable que l'éditeur, Glénat Comics, propose en ouverture de chaque tome un petit récapitulatif de l'histoire et un trombinoscope. Qui est qui ? Qui fait quoi ? Qui est où ? Cela éviterait de perdre un peu le fil entre chaque livre. On aurait aussi aimé la conservation des couvertures originelles (cf. images ci-dessus). Quitte à prendre une d'un chapitre pour illustrer tout un tome, celles des volumes trois et quatre en France semblent à la fois peu esthétiques et pas forcément représentatives du contenu (idem pour ce dernier point concernant le tome 2).


L'autre point faible de la série sont ses graphismes qui ne restent pas vraiment en tête. Les traits d'Alberto Jiménez Alburquerque (à ne pas confondre avec Rafael Albuquerque) ne sont pas mauvais (au contraire, les bonus en fin de tome montrant ses crayonnés sont superbes) mais l'encrage et la colorisation (confiés respectivement à Crank! et Dan Jackson, Sarah Sterne pour le dernier chapitre) desservent peut-être l'ensemble. Le gros point noir restant les visages, même s'ils sont reconnaissables ils ont un côté parfois trop "cartoon". Le style d'Alburquerque est particulier, pas forcément déplaisant, mais pas non plus des plus élégants, au contraire.

Côté personnages, le couple présidentiel, Stephen Blades et son épouse Isobel, continue d'être apprécié, même si le rival politique Francis Caroll a quasiment pris leur place tant cet ennemi est plus intéressant et manipulateur. On notera qu'Isobel, qui ne cessait de surprendre dès le premier volume, est ici très en retrait, gageons que ce soit éphémère, c'est l'un des personnages secondaires les plus attrayants de Letter 44. Drum est mis en avant dans ce quatrième tome, sans que l'on sache concrètement ce qu'il a fait lors de sa « disparition » (dans le premier volume de la série). On découvre une facette d'un homme moins « gentil » qu'il n'y paraît à bord du vaisseau. Ce qui débouchera sur une intrigue plus ou moins amoureuse et sexuelle, avec son lot de crédibilité. Un passage assez faible dans le récit, mais heureusement plutôt court ; en gros les relations (amoureuses et sexuelles) étaient déconseillées à bord du vaisseau, certaines ont eu lieu secrètement donc toutes furent interdites avant que chaque membre se voit faire partie « d'un ensemble » où chacun est libre de copuler avec un autre, voire deux, trois... Soit.

Chez les Constructeurs, s'ils sont de moins en moins mystérieux (et peu charismatiques), la curiosité l'emporte sur deux éléments gravitant autour d'eux : la petite Astre, le bébé conçu dans l'espace, qui communique déjà avec eux, et les humains qui « fusionnent » avec eux (l'un étant déjà mort), accroissant des pouvoirs. C'est dans cette direction que Charles Soule doit continuer d'alimenter son histoire, en plus du thriller géopolitique terrien et, si possible, du développement des membres de Clarke. On aurait aimé qu'il s'étende sur le questionnement moral du choix nécessaire à la survie des Terriens (Blades opte pour une majorité d'enfants de sexe féminin, ainsi que quelques guides adultes intellectuels, pour les 666 êtres à sauver, dont son fils).


Letter 44 est une série résolument originale, actuellement en cours de publication aux États-Unis (mais le scénariste a déjà la fin en tête). Elle plaira aux amateurs de science-fiction ou aux simples curieux de bandes dessinées novatrices. Sélectionnée au Festival d'Angoulême en début d'année, elle propose également une réflexion sur l'humanité et les rapports entre les citoyens, avec un œil intéressant sur le monde politique, sans renier être avant tout un divertissement populaire.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • De plus en plus original.
  • Des révélations et des rebondissements.
  • Un excellent rythme qui tient le lecteur en haleine.
  • A la fois thriller politique et épopée de science-fiction.
  • Enfin une mise en avant de certains personnages de l'équipage du Clarke...

  • ... mais toujours un manque d'empathie pour les autres, faute à un flagrant déséquilibre narratif.
  • Des dessins parfois maladroits et vite oubliés.
  • Le personnage d'Isobelle plus en retrait que d'habitude.
  • Une introduction éditoriale serait la bienvenue.
Bustes Marvel : nouvelle collection Altaya
Par

Surprise hier avec trois beaux bustes qui débarquent chez UMAC. Quoi, c'est le pôpa Nowell déjà ? Ah non, c'est Altaya. On vous présente ça tout de suite. ;o)

Les collections sur les personnages Marvel, on commence à être habitué, rappelez-vous il n'y a pas si longtemps ces figurines tirées des adaptations cinéma. Cette fois cependant, Altaya nous propose des bustes de grande taille qui ont fière allure et tranchent avec ce que l'on a l'habitude de voir en kiosque.

Les trois premiers, Spider-Man, Iron Man et Hulk, sont de fort belle facture. Poses sympa, taille franchement correcte (le Hulk a une belle envergure : 17 cm de large) et niveau de détails appréciable.
Les bustes en résine sont élégamment posés sur un support circulaire noir et possèdent tous un certificat d'édition numérotée. Vu le tirage qui semble conséquent, ça n'apporte pas une grande valeur, mais c'est plutôt bien fait, sous forme de mini-carnet contenant des infos éditoriales (première apparition, scénariste, dessinateur) et techniques (taille du buste, poids).

Niveau taille justement, on part de 87 mm avec le Tisseur, pour atteindre les 117 mm avec Tête de Fer et 134 mm en ce qui concerne le gros géant vert.
Niveau poids, on va de 205 à 445 grammes. Sans être impressionnant, ça reste raisonnable.

Les figurines sont accompagnées de fascicules. Même si ce n'est pas franchement pour eux qu'on acquiert le binz, ces derniers ne sont pas mal fichus : fiches techniques, zoom sur un sujet en particulier, alliés et ennemis, auteurs marquants, le tout abondamment illustré. Le tour d'horizon, sans être encyclopédique, est plutôt pas mal.

Pour les prochaines sorties, Wolverine, Captain America, Loki, Venom ou encore Deadpool sont prévus. La collection comprendra 60 bustes en tout. Question prix, le premier est à 4,99 €, le deuxième à 9,99 €. La collection se stabilisera ensuite à 19,99 € l'unité, avec divers petits cadeaux (numéro #3 gratuit, t-shirt, classeur, poster, plaque).
Plus d'info ici.



UMAC's Digest #30
Par
Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture



-- SUITE DE ZONE 57 --

Les aventures de Bertrand Keufterian continuent avec le deuxième numéro de Zone 57 qui sort ce mercredi. Rappelons que le récit est centré sur des candidats de télé-réalité engagés dans une chasse à l'alien dans les rues de Metz. Nombreux guests et clins d'œil à la pop culture ou au milieu de la télévision. En plus de ce nouvel épisode, un what if conclut la revue.
36 pages, 5 euros, toujours chez Phylactères.
Boutique en ligne de l'association.
#courseàl'audimat




-- HORLOGE PARLANTE --

Petit coup de projecteur sur une nouvelle chaîne youtube consacrée aux BD américaines : L'Heure du Comics.
Les vidéos sont bien réalisées, les propos sont pertinents et le tout est agrémenté de quelques vannes. Petit plus fort bien trouvé : le présentateur est accompagné de Georgette, une horloge très particulière.
La prochaine vidéo est prévue pour la mi-décembre.
À découvrir.
#chroniquesfilmées




-- AMITIÉ INTER-ESPÈCE --

Très attendu sur PS4, The Last Guardian sort en France le 7 décembre.
Ce jeu d'aventure s'écartera des sentiers battus puisqu'il s'agit d'une rencontre entre un jeune garçon et un animal fabuleux. Le jeu se concentre sur leurs relations et leur évolution, leur complicité leur permettant de surmonter les dangers auxquels ils devront faire face.
On nous promet une ambiance chargée en émotion et de la poésie tout plein. Et c'est même conseillé par notre ami Philou, donc vous pouvez vous ruer dessus sans crainte. Ou l'ajouter sur votre liste pour le pôpa Nowell si vous êtes dans le rouge côté pognon.
#grossebestiole 




-- SOLEIL LEVANT --

Tout juste sorti aux éditions Casterman, le nouvel opus des Reportages de Lefranc s'intéresse à la Guerre du Pacifique.
Il ne s'agit pas d'une BD mais d'un documentaire illustré qui revient sur le Japon des années 30 et 40, de son expansion à sa reddition. L'ouvrage, qui reste assez succinct et est plutôt destiné aux plus jeunes, se penche également sur certains personnages historiques, les forces navales et aériennes en présence ainsi que les uniformes des belligérants.
56 pages, 12,90 euros.
#WWII




-- METAL HURLANT --

Le nouvel album de Metallica, Hardwired... to self destruct, est disponible depuis le 18 novembre.
Douze titres survitaminés pour se nettoyer les tympans encrassés par la soupe tiède et collante diffusée à la radio. Pour des gamins de 50 balais, il faut avouer que James et sa bande s'en sortent franchement bien. Si la sortie d'un album de l'un des Big Four est toujours un évènement, celui-ci contient un paquet de titres mélodiques (sisi) et percutants qui accrochent dès la première écoute.
En tout cas, Neault me fait savoir que même si son cœur appartient à Maiden, il a apprécié l'album, ce qui est bon signe. Et Thomas vous refile ce lien qui vous permettra de générer vos propres logos dans la police de Metallica et, accessoirement, d'écouter le début des morceaux.
Moi, je retourne me faire un petit ManUnkind ! Miaw !
#euphorie




-- SEUL SUR MARS ? --

Une nouvelle conférence de l'excellent Roland Lehoucq (dont on vous avait longuement parlé ici) est disponible sur youtube. Toujours le même mélange entre science et pop culture puisque le scientifique se penche cette fois sur ce qui est crédible ou au contraire à côté de la plaque dans Seul sur Mars.
Rassurez-vous, pas besoin d'avoir un doctorat pour comprendre de quoi il est question. Et la prochaine fois que vous verrez le film avec des amis, ça vous permettra de frimer en leur en mettant plein la vue avec vos connaissances pointues et votre admirable sens de l'observation.
Didactique, passionnant et amusant.
#planèterouge