Match Marvel/DC Comics : une étude donne l'avantage à DC
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Idealo, un comparateur de prix en ligne, a sorti ce mois un communiqué de presse révélant les tendances mesurées sur son site, sur une année, lors d'une étude portant sur les produits dérivés Marvel et DC Comics.
Nous vous en livrons les conclusions.

Tout d'abord, gardons à l'esprit qu'il s'agit d'une étude basée sur les clicks (ou "demandes") des visiteurs du site Idealo. Cela donne donc une tendance significative mais qui n'est pas forcément représentative de l'ensemble des sites commerciaux. De plus, il ne s'agit pas de ventes à proprement parler, bien qu'il y ait forcément un lien entre les clicks sur les pages des produits et leur achat éventuel.

Batman Number One
En ce qui concerne le match des franchises, c'est DC Comics qui l'emporte d'une courte tête face à Marvel (53% des demandes en faveur de la Distinguée Concurrence, contre 47% pour les produits de la Maison des Idées).
L'étude met en avant le rôle moteur de Batman dans cette victoire. Le Dark Knight comptabilise à lui seul 7200 demandes alors que le plus populaire des héros Marvel, Spider-Man, n'en engrange que 3700 sur la même période.
Batman se hisse donc facilement au rang de super-héros le plus populaire (et rentable).

Pour ce qui est de la popularité des personnages, elle est sans surprise chez DC, où l'on retrouve les grosses têtes d'affiche derrière Batman : Superman, Wonder Woman, Flash et le Joker.
Chez Marvel, si l'on a bien Captain America ou Iron Man dans le top 5, l'on constate l'absence de Thor et la présence surprenante de... Groot.



Lego rules !
En ce qui concerne les produits dérivés, ce sont les produits Lego (37,4% des demandes) qui arrivent en tête devant les jeux vidéo (28,9%), les déguisements pour enfants arrivant en troisième position (15,4%). Les figurines ne représentent, elles, que 8% des demandes.
Chez Marvel, le coffret Lego le plus prisé est La mission spatiale dans l'Avenjet. Chez DC, Il s'agit du Cambriolage de la Batcave (un produit à plus de 90 euros tout de même...).
Niveau jeux vidéo, C'est The Amazing Spider-Man 2 qui arrive en tête chez Marvel, alors que DC obtient les meilleurs résultats avec le pack démarrage de Lego Dimensions.

Bien sûr, tout cela ne nous dit rien sur l'essentiel : la vente des comics en France.
Batman semble en tout cas s'imposer comme personnage phare, toutes licences confondues, et donne l'avantage à un DC qui bénéficie aussi, depuis quelques années, de l'excellente politique éditoriale d'Urban Comics, un plus non négligeable après les années de disette Panini.


L'Équipe Z
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La sortie du deuxième tome de L'Équipe Z nous permet de faire le point sur cet excellent manga.

Les clubs de football de Bordeaux viennent d'être rachetés par un milliardaire afin de créer une seule équipe, à l'ambition affichée : le Metropolis Bordeaux Football Club. Deux philosophies s'affrontent déjà au sein de l'organisation. Alors que l'entraîneur principal ne jure que par les résultats, son assistant, le coach Adrien, prône un football "total", plus humain et fondé sur des valeurs communes et un collectif soudé.
La fille du propriétaire du club a alors une idée : laisser Adrien former sa propre sélection de u15 qui affrontera l'équipe A. Les recalés et laissés-pour-compte commencent alors un entraînement intensif. Parmi eux, Hugo, un garçon timide et extrêmement doué, Majid, adolescent turbulent et sûr de lui, Johnny, jeune SDF ayant fui la violence familiale, ou encore l'androgyne Charles-Henry.
Ensemble, ils vont tout tenter pour aller au bout de leur passion...

À la base, je n'aime pas beaucoup le foot et je déteste les livres en français imprimés dans le sens de lecture japonais (je ne reviens pas sur le hold-up intellectuel des éditeurs de manga, cf. l'article Sens interdit pour plus de détails), autant dire que je ne dois clairement pas être dans le public cible. Et pourtant, j'ai passé un bon moment, car non seulement ces deux tomes, bourrés de qualités, sont très agréables à lire mais ils donnent également une vision (certes idéalisée mais fort belle) du football qui rehausse clairement l'image (assez désastreuse) de ce sport.
Le scénario est l'œuvre d'Edmond Tourriol et Daniel Fernandes, les dessins sont signés Albert Carreres.


Commençons par l'aspect graphique. L'ensemble est de grande qualité, les personnages sont tous facilement identifiables, les scènes d'action sont dynamiques et inventives et le découpage clair et efficace. Bien que les auteurs soient européens, les habitués des manga ne se sentiront pas dépaysés et retrouveront notamment les expressions nippones si particulières et exagérées dans certaines scènes. Les bordelais devraient, eux, reconnaître quelques décors.

Si la partie visuelle est impeccable, l'écriture est, elle aussi, très habile. Les personnages ont tous un parcours qui leur est propre et que l'on découvre peu à peu. D'une manière très ludique, les auteurs abordent le traitement de la différence dans la difficile période adolescente. Sans jamais en faire trop, ils évoquent le handicap, la misère sociale ou encore l'ambivalence sexuelle, ainsi que la mise à l'écart qu'ils peuvent engendrer.
Même si l'on a bien entendu droit à des phases de jeu, le football fait plus office de liant et sert à faire passer un message universel résolument optimiste sur l'entraide et le dépassement de soi et de ses conditions.

La lecture est rythmée par des révélations (parfois vraiment surprenantes, notamment dans le tome #2), des confrontations (pas uniquement sur le terrain), des histoires de cœur naissantes et des... éliminations. Car l'intrigue tourne pour le moment autour de la formation de l'équipe. Petit à petit, le groupe se soude alors qu'il se réduit et l'on finit par s'attacher à la petite bande qui gagne en cohésion et en empathie.
Ajoutons à cela un texte d'une qualité exemplaire (pas une seule coquille en vue !) et l'on se retrouve avec une bonne BD, fun et intelligente, qui s'adresse à un lectorat qui va bien au-delà des seuls fans du ballon rond.

Une très bonne série qui, si l'on en juge par sa qualité, devrait compter à l'avenir de nombreux autres opus.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un scénario futé et prenant.
  • Des personnages variés, au background intéressant.
  • Graphisme léché et dynamique.
  • Tout public.
  • De belles valeurs véhiculées, sans pour autant tomber dans le moralisme rigide.

  • Sens de lecture absurde.
UMAC's Digest #36
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Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture



-- I, CYBORG --

Le deuxième et dernier tome de La Vision est sorti chez Panini Comics il y a quelques jours. À peine mieux qu'une bête est brillamment écrit par Tom King (la série Grayson chez DC) et poursuit la volonté de La Vision de s'intégrer dans la société avec sa famille (une femme, un fils et une fille — tous trois conçus par lui-même). Après les problématiques liés au voisinage, au communautarisme et à la peur de l'autre dans le premier volume, King poursuit son interrogation psychologique sur l'humain et la machine. Avec un ensemble porté sur l'échange et le dialogue plutôt que l'action, sans oublier quelques retournements de situation et des dessins de toute beauté (par Michael Walsh et Gabriel Hernandez Walta) sublimés par une colorisation élégante et jouant efficacement sur l'ambivalence de lumière. Le récit jongle entre des souvenirs, le présent et des illusions ; à la fois touchant et mature, une mini-série à ne pas louper !
#bonnesurprise





-- MS ROBOT --

Dans la même thématique, classique et éternelle du rapport de l'homme à la machine, l'adaptation de Ghost in the Shell s'avère assez réussie malgré des écarts monstres (dans la seconde partie notamment) liés à l'obligation d'un long-métrage (côté Hollywoodien oblige). Des interrogations psychologiques parfois bavardes, parfois complexes, du manga originel et des deux films de Mamoru Oshii, il ne reste qu'un enchaînement (prévisible) d'un récit très (trop ?) simplifié. Mais en piochant dans ces sources ainsi que les différentes séries et nombreux OAV, Rupert Sanders s'en sort plutôt bien et Scarlett Johansson est très convaincante. Reste un cast secondaire nettement moins charismatique mais la photographie extrêmement soignée de l'ensemble du film et ses effets spéciaux permettent de passer un agréable moment, n'en déplaisent aux haters puristes. Le public convaincu ne pourra qu'avoir envie de découvrir les animes et les livres, c'est toujours ça de pris.
#LaVeuveNoireModeCoquillage





-- NOSTALGIE FACILE --

La « vraie » suite de Dragon Ball est enfin disponible en manga papier. Dragon Ball Super se déroule juste après la fin du quarante-deuxième tome publié il y a des années. Rappelons que Dragon Ball en livre, c'est « juste » 42 volumes. L'adaptation en dessin animé les a transformés en Dragon Ball (Goku enfant) puis Dragon Ball Z (Goku adulte) avant d'enchaîner sur du gros n'importe quoi (Dragon Ball GT et tout plein d'OAV divers) et rien de finalement vraiment canonique ou adoubé par Akira Toriyama, le créateur du titre. 
Dragon Ball Super - Les Guerriers de l'Univers 6 sent bon la nostalgie, reprend les ingrédients qui ont fait le sel de la série : les personnages emblématiques, l'humour léger (et la naïveté de Goku), un tournoi pour savoir qui est le plus fort, etc. Même schéma transposé avec cette fois des Dieux de la Destruction et du multivers (piochant dans l'anime éponyme, qui en est déjà à 86 épisodes). Rien de très original, aucune prise de risque (un peu comme pour l'épisode VII de Star Wars) mais un moment divertissant et agréable. Notons que Toriyama est au scénario et que Toyotaro reprend fidèlement les traits de son mentor. Le dessinateur est le digne héritier du mangaka mais il gagnerait à ajouter un peu plus de détails ou de fonds dans ses cases.
#semi-deception/semi-réussite





-- BATTLE ROYALE SAUCE MARVEL --

Boss de fin, le second et dernier tome de la mini-série Avengers Arena (cf. cet article) achève le concept de Sa Majesté des Mouches pour jeunes super-héros. Au programme : des élèves enlevés dans des écoles pour surdoués, mutants, avengers et tout le tralala sont piégés sur une île et doivent s'entretuer pour survivre. Ce Battle Royale séduit par ses surprises d'écriture mais déçoit d'un simple constat : les super-héros ne sont pas très connus (certains créés exprès pour l'évènement) et génèrent peu d'empathie, à l'exception d'X-23, trônant fièrement en couverture, et de Nico Minoru (cf. Runaways). 
Le scénario de Dennis Hopeless est divertissant et non-prévisible à défaut d'être épique et transcendant, les dessins de Kev Walker sont pas des masses réussis. L'ensemble se lit bien mais sans plus, impression mitigée donc. Difficile de comprendre la politique de Panini Comics qui avait publié le premier tome (l'excellent Alliés Mortels) en compilant douze chapitres alors que ce deuxième n'en a que six ! Moitié moins grand, moitié moins cher, mais nettement moins classe dans une bibliothèque là où deux volumes reprenant neuf chapitres auraient été plus logiques, d'autant plus que la composition générale était connue depuis trois ans…
#mieuxqueHungerGamesquandmême





-- HANNIBAL SAUCE FRANCO-BELGE --

Une jeune végétarienne intègre une école vétérinaire et mange de la viande pour la première fois. Obsédé par ce nouveau mets, elle devient peu à peu cannibale. Tel est le résumé, très sommaire, de Grave, réalisé par la française Julia Ducournau. Loin d'un long-métrage d'horreur classique, le film est un étrange mélange des genres : drame touchant sur le passage à l'âge adulte et le bizutage en milieu scolaire, avec de l'humour noir et des scènes gore particulièrement réussies. Grave a été primé et a reçu un accueil critique et public favorable, largement mérité. C'est aussi la révélation d'une actrice, Garance Marillier, lunaire et perdue dans ces multiples mondes. 
Tragique et bizarre, ce premier long prometteur inaugure un boulevard des possibles pour la réalisatrice française, qui renouvelle avec brio un genre souvent mésestimé (et raté) dans l'Hexagone.
#NePasOublierLeSacÀVomi





-- LA MUSIQUE NE PREND PAS --

Glénat Comics propose le premier tome (sur trois) de Phonogram, première œuvre commune de Kieron Gillen et Jamie McKelvie, duo à l'origine de The Wicked + The Divine, qu'on avait beaucoup aimé. Usant des mêmes thématiques (récit mi-urbain, mi-fantastique, où des divinités côtoient le monde musical), l'alchimie n'opère hélas pas du tout ici. On n'a même rien compris à l'histoire, ce qui est assez embêtant. Certains diront que le propos est moins accessible, sauf que bien des récits complexes stimulent et donnent envie de relire l'ouvrage une fois terminé pour bien tout comprendre, mais ce n'est pas le cas pour Phonogram. Les tribulations de David Kohl n'émeuvent pas, cet anti-héros est antipathique au possible, un protagoniste le qualifie même de personne la plus agaçante qu'il connaisse, ce qui est bien vrai. C'est le problème principal :  on ne s'intéresse pas du tout à cette espèce de sorcier qui navigue maladroitement entre le passé et le présent, sur les cendres de la déesse de la pop Britannia, morte dix ans plus tôt. On ne saisit pas les relations entre les protagonistes et les différents enjeux. L'auteur cite constamment des tonnes de références musicales (période Britpop) mais l'ensemble sonne creux : parsemer un texte de références n'a aucun intérêt si elles ne servent pas le récit. Les leviers narratifs sont artificiels à cause de cela et quelques autres aspects (aucune empathie pour qui que ce soit, incompréhension totale du sujet, zéro fluidité, etc.). Les dessins minimalistes et les tons pastels, ainsi que le bon travail de Glénat niveau bonus, ne sauvent pas cette bande dessinée, qu'on déconseille fortement.
#remboursez





-- DE LA VIE SUR ENCELADE ? --

L'une des lunes de Saturne, Encelade, pourrait bien abriter la vie. C'est ce que la NASA a annoncé il y a peu, rendant ainsi publiques les dernières données issues de la sonde Cassini. Nous savions déjà que le sixième satellite de Saturne (qui en compte... 67) possédait de l'eau à l'état liquide (sous une couche de glace de surface), ce qui a été détecté ici est en fait un panache de vapeur - sorte de geyser provenant d'une fissure dans la couche de glace évoquée plus haut - contenant hydrogène et dioxyde de carbone. La présence de ces éléments est capitale car il s'agit d'une source d'énergie essentielle pour que la vie microbienne puisse se développer dans les profondeurs d'un océan dépourvu d'énergie solaire. Il ne s'agit donc pas encore d'une preuve d'une vie extraterrestre (la sonde n'est pas équipée pour aller farfouiller dans les eaux d'Encelade), mais de la découverte d'une source d'alimentation de la vie. Pour caricaturer et simplifier un peu, après avoir découvert un bon gros fauteuil moelleux (présence d'eau liquide), la NASA vient de mettre la main sur un joli paquet de cacahuètes juste à côté. Reste à savoir si de proches voisins (des organismes probablement très simples tout de même) utilisent ou non l'ensemble.
Si le sujet vous intéresse, voici un lien vous permettant de voir, sous forme graphique, les différents mondes océaniques de notre système solaire, et donc les potentiels candidats à la vie extraterrestre.   
#bestioleslunaires




Résolution #20 : Mise au Vert
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— Si tu avais un anneau de Green Lantern, tu ferais apparaître quoi ?
— Un Big Mac.
— Quoi ??
— Ben… j’ai faim.
— Mais, tu réalises l’énormité de l’ânerie que tu viens de proférer ? Je te propose d’utiliser l’un des artefacts les plus puissants de l’univers, et toi, tu t’en sers pour matérialiser un sandwich ? Que l’on ne pourra même pas manger en plus !
— Bah, c’est bon, j’ai pas réfléchi… tu matérialiserais quoi toi ?
— Samantha Fox.
— En quoi c’est mieux que mon sandwich ?  Elle n’est pas réelle non plus.
— Réfléchis.
— Ben je vois pas…
— Réfléchis mieux.
— Les machins que l’on fait apparaitre ne sont pas réels, consistants, OK, mais pas réels, donc on ne peut pas les manger ni les… ah putain…
— Voilà, tu les bouffes pas, mais c’est consistant quand même. Tu peux les…
— Oui, oui, j’ai compris. Alors je choisis Heidi Klum. Et un Boxmaster, parce que je te jure, j’ai la dalle…

Résolution #20 – concilier créativité et poésie : failed
Mendeleïev vs la Police de l'Écriture
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Parfois, le politiquement correct menace l'imaginaire. Voyons pourquoi.

Je crois que les âneries et pratiques douteuses surgissent à un tel rythme que je n’aurai bientôt plus le temps de faire un billet pour chacune d’entre elles. Celle d’aujourd’hui me paraît quand même si dangereuse que je ne pouvais guère la laisser passer en faisant semblant de ne pas la voir.
Par contre, je sens que je pourrais dire beaucoup de gros mots tellement le sujet m’irrite. Du coup, pour ne pas verser dans le vulgaire et rester dans le Très Saint Politiquement Correct, je vais remplacer chaque invective par un élément du tableau périodique (de manière invariable). 
Enfin, s’il y a assez d’éléments. Sinon, on improvisera.
Je m’excuse auparavant envers tous les membres de la communauté scientifique qui se sentiront insultés par l’utilisation que je fais des travaux de Mendeleïev. Je présente également mes excuses à la famille et aux descendants du célèbre chimiste. Ainsi qu’au peuple russe. Et aux argon qui ne comprendront rien à ce qui va suivre.  

Tout provient d’un article de Slate.fr sur les détecteurs de « faux pas » littéraires aux États-Unis. Je vous invite à lire l’ensemble du texte, assez nuancé tout de même, mais en gros, il s’agit de lecteurs spécialisés dans un domaine (enfin, un « domaine »… ça peut être un handicap, une religion, une nationalité, une orientation sexuelle… le domaine d’expertise peut même être la pauvreté), qui vont lire les manuscrits avant publication pour indiquer ce qui les choque afin que l’auteur puisse « corriger » son tir lorsqu’il écrit « hors de son champ d’expérience ».
Wow… mais tungstène de baryum ! Qu’est-ce que c’est que cette manganèse ?!

En gros, cela veut dire que si vous êtes hétérosexuel, vous n’êtes pas capable en tant qu’auteur de décrire correctement un personnage gay. Ou si vous êtes athée, ou catholique, vous ne pouvez pas décrire un personnage juif ou musulman. Ou scientologue.   
Prenons un exemple cité dans l’article.
Becky Albertalli a fait relire son premier jet par 12 experts ! (avec parmi eux, entre autres, des experts LGBTQ [1], Noirs, coréens-américains, juifs, ainsi que des experts de l’anxiété et de l’obésité). Et effectivement, cette cadmium a réécrit ses personnages en conséquence. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’énormité et de la gravité de cette pratique (qui débarquera en France tôt ou tard, surtout vu l’ampleur que le culte du politiquement correct a pris chez nous [2]).
Cela veut dire qu’il n’est plus possible, si l’on en croit ces experts et les éditeurs qui les encouragent, d’écrire hors de son « champ d’expérimentation direct ». Ou alors, ce sera une écriture sous tutelle. Donc si vous êtes Blanc, athée, électricien et boulimique, vous pouvez manipuler sans problème des personnages Blancs, athées, électriciens et boulimiques. Pour le reste, ça passe par le comité de censure. Enfin, les « experts ».

Je n’ai jamais rien entendu d’aussi flérovium de toute ma vie. Et d’aussi désespérant. Car cela nie le savoir-faire de l’auteur, réduit sa liberté et condamne les livres à l’uniformisation.
Et tout cela part de deux idées totalement molybdène, qui supposent que :
1. le lecteur ne doit pas être blessé/choqué par ce qu’il lit,
2. l’auteur doit refléter non pas la réalité ou ce qu’il pense, mais uniquement la réalité vue par le prisme des représentants de certaines communautés, voire de certains marginaux pensant être les porte-paroles d’une particularité qu’ils confisquent.
Oui, on se rend bien compte que c’est complètement bismuth.

Tout d’abord, pourquoi diable le lecteur devrait-il être artificiellement protégé ou conforté dans sa propre perception ? D’où sort une idée pareille ? On ne lit pas pour se faire passer de la pommade mais pour expérimenter justement. Pour ressentir. Être bousculé.
Mais surtout, depuis quand est-on blessé par une fiction ?
Sommes-nous devenus fragiles à ce point qu’il faille nous protéger des agressions imaginaires ? Oh, les mecs, c’est du lanthane d’imaginaire ! Pas un strontium de documentaire !

Ensuite, dans les libertés de l’auteur, figurent aussi celles de manipuler des clichés, de se tromper, d’écrire contre le sens des vents dominants, de créer comme il l’entend, cobalt ! Ce diktat des minorités (si tant est que les obèses, les pauvres ou les victimes de mauvais traitements se sentent proches au point de former une « communauté ») ne peut être que contre-productif et aboutir à l’inverse de l’effet désiré. Si un auteur Blanc ne peut plus faire d’un personnage Noir un personnage négatif sous prétexte qu’il est Blanc (l’auteur), il s’agit donc de… racisme. Et d’apartheid littéraire. Concept complètement technétium imposé par ceux qui pensent lutter contre la ségrégation. À force de manipuler des haches trop aiguisées pour élaguer des mots bien innocents, l'on finit souvent par se blesser soi-même. 

Les seules limites qui devraient retenir les plumes des auteurs ne sont pas les minorités, les frontières, les sujets supposés tabous ou les couleurs, mais le contexte. Et le contexte se mesure à l’aune de deux éléments : le public visé et la manière de délivrer un message négatif ou violent.
Prenons un exemple récent avec le film (une belle hydrogène !) Gangsterdam. Il y a (au moins) deux éléments qui ont choqué et engendré une polémique. D’une part la mention de « viol cool », d’autre part le final, où les personnages s’en sortent en provoquant une relation sexuelle forcée qui sera filmée.
En aucun cas ces éléments, pris isolément, ne sont choquants. Un personnage bien vanadium peut très bien parler de « viol cool » dans une fiction. Le problème vient ici du contexte. Non seulement le public visé est très jeune (les fans de Kev Adams, sans avoir fait de sondage au préalable, je suppose que c’est quand même plus des 10-12 ans que des adolescents ou adultes) mais en plus, les éléments négatifs sont portés, sans recul, par des personnages positifs. Là, il est important de faire intervenir la notion de vecteur.

Nous allons prendre un exemple pour bien comprendre l’importance du vecteur du message (son « support » disons). Si dans un récit se déroulant pendant la guerre civile américaine, un auteur fait tenir des propos violents à un négrier, il n’y a rien de choquant. Car le vecteur (l'esclavagiste) est compris comme un élément non seulement historique (l’on rend compte d’une situation réelle) mais aussi négatif. Les éventuels propos insultants sont donc désamorcés par le contexte.
Si par contre un jeune acteur un peu yttrium oblige un mafieux à sucer un type, filme le tout et se marre à cette idée, le vecteur ne désamorce rien puisque c’est le héros positif du récit. Le spectateur (ici en plus des enfants) se prend donc un paquet de praséodyme dans la tronche.

Est-ce que pour autant un « expert » serait capable de juger le contexte des propos tenus ? Pas sûr. Et même si ces fameux « experts » (qui ne sont, rappelons-le, que des gens avec des étiquettes, rendus « experts » par la grâce de leur situation et non par leur étude de cette même situation) étaient capables de faire un tel tri sans se tromper (en jugeant à la fois le passé et la psychologie du personnage, l’époque du récit, la progression narrative, le public visé, etc.), serait-il seulement souhaitable de jeter les pires films ou romans à la poubelle ? Car nous ne mettons pas tous le curseur au même endroit. Si nous devons expurger la littérature et l’imaginaire en général de tout ce qui est ou paraît sexiste, raciste, homophobe, osé, incomplet, hasardeux, clivant, approximatif ou choquant, l’on peut d’ores et déjà faire le deuil de 99% des romans.
Plus de licences poétiques, de caricatures, d’ironie, de prises de position, d’analogies, de métaphores scabreuses, de styles rugueux, d’expérimentations, de risques, de tâtonnements, de diversité dans les pages, juste une fadeur adoubée par les plus pointilleux et sectaires des pré-lecteurs. Tantale de dubnium, est-ce cela que l’édition souhaite faire naître en son sein ?

Combien d’œuvres essentielles, ou seulement agréables, ne verraient pas le jour avec de telles pratiques ?
Le Club serait recalé par un expert lesbien pour son traitement de Claude.
Quelques experts amérindiens ou africains feraient sauter deux ou trois albums de Tintin.
Madame Bovary serait certainement revu par les experts féministes.
The Sopranos refusé par les experts italo-américains.
Le Dracula de Bram Stoker serait envoyé au bûcher par les experts souffrant de porphyrie.
Les experts juifs et chauves récuseront les personnages de Seinfeld.
Quant à un Koontz, vu les clichés qu'il trimballe d'un roman à l'autre, il peut déjà chercher une reconversion. 
Et il y aura bien quelqu’un pour interdire Lovecraft, King ou Shakespeare. Après tout, certains reprochent déjà à Tolkien son traitement des… orques (une race imaginaire… une carbone de race imaginaire !).

Il faut bien également se rendre compte qu’outre la liberté essentielle de faire ce qu’il souhaite de ses personnages, un auteur construit aussi son style sur ses aspérités, ses faux-pas, ses tics qui, à un certain niveau de maîtrise, deviennent aussi une signature. Si l’on cherche à enlever « ce qui ne va pas » dans un texte, on enlève aussi ce qui fait sa force.
Attention, bien des choses « qui ne vont pas » objectivement sont à corriger absolument (la syntaxe, les lourdeurs, les répétitions, le flou non voulu, les invraisemblances, les sous-intrigues non élucidées, etc.), il faut comprendre ici le « ce qui ne va pas » au sens de « ce qui choque ». Lisser un texte (une fiction), ce n’est pas le rendre accessible à tous, c’est le rendre trop commun pour mériter d’être lu. Lorsque vous lâchez un roman en cours de route, c'est rarement parce qu'il vous retourne l'estomac, mais bien parce qu'il vous ennuit profondément.    

Il est impossible d’imposer aux auteurs les idées, obsessions ou revanches du moment. Parce que la fiction ne sert pas à modeler la société ou compenser ses tares. 
Interdire qu'un élément négatif (ou supposément faux ou imprécis) soit associé à un personnage à cause de la sexualité, les origines, les croyances de ce personnage, ce n’est pas lutter contre les stéréotypes, c’est les renforcer. Une société qui a peur de la fiction admet implicitement qu'elle est trop fragile pour supporter une simple bulle d’imaginaire. Régir l’imaginaire, c’est admettre une forme d’échec dans la réalité. Puisque l'on ne peut changer le réel, alors sa représentation fictionnelle est mise en cause, quitte à prendre les auteurs pour des roentgenium.

Tant pis si cela peine les lecteurs, mais les auteurs n’écrivent pas « pour » eux. Ils écrivent « malgré » eux, malgré le fait qu’ils seront lus. C’est la seule bonne manière de procéder. Cela peut (doit même) engendrer des déceptions, des grincements de dents, des scandales car c’est la seule manière d’engendrer également du sens, des orgasmes, des pleurs, des rires et des réflexions.

Ces « détecteurs de faux pas » peuvent aller se faire néodyme.
En passer par exemple par des nains pour décrire des nains, ou des obèses pour décrire des obèses, ça suppose des choses atroces. Ça suppose que « nain » ou « obèse » soient des états absolus qui en impliquent des autres, ce qui est faux. Ça suppose aussi qu’un auteur ne peut pas mettre en scène un inuit s’il n’a pas un… conseiller inuit ? Ridicule.
Dans le travail de base de l’auteur, il y a une étape peut-être méconnue qui s’appelle la documentation. Cela permet de mettre en scène un pilote de ligne sans être soi-même pilote (mais en sachant tout de même comment se comporte un avion si une partie de l’intrigue est basée sur ça). Et dans le travail essentiel de l’auteur, il y a la sublimation. Partir du commun et en faire non forcément de l’or mais quelque chose sur laquelle le lecteur peut s’attarder, réfléchir, se projeter. En manipulant des idées, en tordant des stéréotypes ou même en les renforçant pour les besoins d'une scène, d'une intrigue. On ne construit pas un récit en le nettoyant des "faux pas" de l'auteur, encore moins en tremblant à l'idée de ce que pourrait bien en penser le lectorat.  
C’est à l’auteur de secouer le lecteur, pas aux lecteurs craintifs de lui restreindre son horizon.


Avec deux lignes de l'écriture d'un homme, on peut faire le procès du plus innocent.
Cardinal de Richelieu

L'écriture est le seul espace de liberté absolue.
Nicolas Fargues

— Heu… Batou, je pense que tu as une attitude qui sort de ton champ d’expérimentation direct. Je vais chercher un expert SM pour… mais qu’est-ce que tu… lâche-moi !
— Justement, on va bien expérimenter tous les deux ! Et ne t'inquiète pas, ce qui se passe dans la batcave reste dans la batcave…


[1] LGBTQ : lesbien, gay, bisexuel, transgenre, queer.
[2] En réalité, cette pratique a déjà commencé, même si elle se passe pour l'instant d'experts autoproclamés, cf. cet album d'Astérix et la polémique qu'il a engendrée.