Blankets : ce que la neige recouvre...
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S'il est un comic qui peut convaincre les plus réticents que la BD américaine peut proposer des œuvres magnifiques, bien éloignées des affrontements de super-slips, c'est assurément Blankets...

Craig habite une petite ferme du Wisconsin, avec son frère Phil et ses parents. Issu d'une famille pauvre et très pieuse, il est rejeté à l'école et subit les brimades des autres gamins. Entre un père fort sévère, des professeurs qui ne le comprennent pas et un baby-sitter pervers, Craig en vient à penser que le monde réel n'est qu'une longue suite d'horreurs. Alors il s'isole et s'évade en rêvant.
Et il attend les vacances d'hiver. La délivrance. Trois semaines sans école et, contrairement à l'été, sans travaux à effectuer aux champs. Dans cette région du Nord des États-Unis, la neige tombe tôt et recouvre tout d'une blancheur apaisante. Elle cache la boue, les ronces et la saleté. Elle modifie le paysage en profondeur et s'offre comme une feuille vierge sur laquelle projeter un monde meilleur, presque le paradis que l'on promet au camp paroissial.
Craig grandit, de gamin mal dans sa peau il devient un original, puis un artiste. Un jour, il rencontre Raina. Ce sera son premier amour. Un amour idéal, tendre, pur... mais qui ne dure qu'un temps. Comme la neige.

Craig Thompson, qui signe scénario et dessins, touche dans ce récit autobiographique à la fois au drame, à la romance légère et à la comédie de mœurs sans jamais vraiment forcer le trait ou tomber dans la facilité. L'auteur, pendant près de 580 planches, dépeint le monde de l'enfance ou les interrogations adolescentes avec une rare subtilité.
Les scènes dans lesquelles Craig partage son lit avec son petit frère sont d'une grande tendresse, à l'inverse celles qui prennent place dans leur école sont d'une cruauté impitoyable. C'est d'ailleurs l'époque la plus touchante tant Thompson parvient à atteindre ici quelque chose d'universel qui dépasse complètement les frontières de l'état nord-américain dont il est originaire. Les conséquences psychologiques d'un comportement qui pourrait paraître innocent sont notamment parfaitement dépeintes, avec par exemple une scène dans les toilettes qui se passe de mots et reflète la solitude et le désespoir de l'auteur, gamin à l'époque.


Si l'enfance est très contrastée, les moments de l'adolescence sont, eux, déjà plus doux-amers. Là encore la quête d'absolu et de sens du personnage nous renvoie à nos propres expériences. Les passages concernant la religion chrétienne - et notamment la communauté assez rigide de cette campagne un peu perdue - ont parfois été perçus comme une condamnation de la religion alors qu'ils sont plutôt prétexte à remettre en cause les dogmes, quels qu'ils soient, et à faire l'éloge de l'individualité (que l'on soit croyant ou non d'ailleurs).
Tous ces thèmes sont astucieusement mélangés et imbriqués les uns dans les autres. Thompson parle même de son art à plusieurs reprises et de nombreux éléments, comme la couverture (au sens "plaid") qui donne son titre au livre, évoquent la bande dessinée en général.
La force de Blankets ne réside toutefois pas essentiellement dans l'intelligence de son propos mais bien dans la force émotionnelle brute qui se dégage des planches. La réaction du père de Raina, lorsqu'il va jeter un œil à une photo, sans dire un mot, après l'avoir surprise dans une situation inhabituelle... ou celle des deux frangins, tout heureux d'avoir enfin des chambres séparées mais finalement pressés de se retrouver au cœur de la nuit... sont simplement magnifiques : tout est juste, délicat et parfaitement dosé. Quant au si intense premier amour, celui qui enivre et peut vous sauver comme vous perdre, rarement un artiste en aura donné une description plus exacte.

Surtout, l'immense Craig parvient à nous faire croire qu'il nous raconte sa vie alors qu'en fait, il nous parle de LA vie. Sans prétention et avec un véritable talent de conteur, il farfouille au fond de nos esprits et parvient à nous attendrir ou, peut-être même, nous rendre meilleurs pour un temps.
Reste à aborder le dessin. Bien que maîtrisé, chaleureux, plein de détails ou de trouvailles excellentes, il n'en demeure pas moins en noir et blanc. Donc tout de même un peu austère. C'est probablement lié, à la base, à un manque de moyens, mais l'on ne peut s'empêcher de penser que de légers pastels auraient permis de faire encore plus ressortir la blancheur de la neige (et donc de la séparer des autres éléments de décor).
Mais bon, on ne va pas en chier une luge non plus, donc on fait avec.

La version française est éditée par Casterman.
Un Grand Livre, de ceux dont on peut se servir comme d'un baume sur d'anciennes blessures.

Parfois, au réveil, les souvenirs laissés par un rêve sont plus beaux que la réalité, et on n'a pas envie de les oublier.
Craig Thompson



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • D'une douce et douloureuse mélancolie.
  • Un regard juste et dur sur l'enfance et les étapes menant à l'âge adulte.
  • Des dessins expressifs et chargés en émotion.
  • Une BD qui s'écarte des sentiers battus et dont le propos touche à l'universel.

  • Une version subtilement colorisée permettrait de faire ressortir l'élément principal de cette métaphore, à savoir la neige.
Identity Crisis
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Retour sur la saga Identity Crisis, peut-être l'une des plus poignantes histoires mettant en scène la Justice League.

La question qui revient le plus souvent chez les lecteurs souhaitant aborder les comics DC (ou Marvel d'ailleurs) est bien entendu le fameux "par quoi commencer ?"
Sous-entendu, "comment faire pour que ce soit facile ?"
La réponse est simple : c'est impossible. Un univers qui comporte des milliers de personnages, dont les relations ont été tissées pendant des décennies, à travers des centaines de séries, ne peut pas s'appréhender facilement. Il faut du temps avant de se sentir en terrain connu, donc l'on peut commencer par n'importe quoi en réalité. Il existe toutefois des sagas plus faciles d'accès que d'autres, non parce qu'elles vous dévoileront tous les secrets de l'univers DC mais parce qu'elles vont vous permettre de découvrir son potentiel sans que votre méconnaissance ne soit un frein.
La saga Identity Crisis fait partie de ses pépites, rares et d'autant plus précieuses.
Voyons déjà un peu le pitch.

Elastic Man est un héros. Mais c'est aussi le plus heureux des hommes depuis que Sue est devenue sa femme. Alors qu'elle a rencontré les plus grands, côtoyé Superman, Flash ou Batman, c'est lui qu'elle a choisi. Elle est sa "lady", toujours prête à lui concocter quelques surprises qu'il fait semblant de découvrir. Mais un soir, un drame survient.
Sue est assassinée alors que son détective de mari était loin de la maison familiale.
Tuer un Masque est une chose. S'en prendre aux familles en est une autre. Toutes les équipes se mettent en chasse pour trouver le responsable.
Lors de l'enquête, un terrible secret est découvert. Par le passé, certains membres de la JLA ont lobotomisé le Dr Light, un ennemi qui avait violé Sue et menaçait les proches des héros. Il se pourrait donc que le meurtre soit une vengeance.
Alors que l'étau se resserre autour de Light, d'autres secrets seront dévoilés, menaçant de faire exploser la JLA. Les attaques, elles, continuent. L'ex-femme d'Atom est agressée, Lois Lane menacée... cette fois, la JLA se bat pour protéger les siens !


Si ce récit est aussi bigrement conseillé, c'est avant tout parce que le scénario de Brad Meltzer est un modèle du genre. Cette histoire policière remarquablement bien ficelée, avec de jolies fausses pistes, est, comme le dit Joss Whedon dans son intro, particulièrement humaine. Elastic Man - pourtant pas le plus charismatique personnage DC - s'avère touchant. L'enterrement de Sue Dibny est déchirant. Le final, à la fois simple et tragique, encore plus. Bref, beaucoup d'émotion et une grande profondeur se dégagent de scènes parfois très dures. Surtout, l'on rentre avec une grande facilité dans l'intimité de ces encapés qui subissent des pertes ou s'inquiètent pour un père, une épouse ou un fils.
Si l'ambiance générale n'est pas forcément à la grosse déconne, l'auteur se permet quelques petites touches d'humour entre les crises de larmes. Et là encore, ça fonctionne plutôt bien. Notons également que les dialogues sont souvent très bons, à la fois fluides et justes (et d'un certain niveau littéraire, Green Arrow allant jusqu'à citer Diane de Beausacq).

Graphiquement, c'est du très beau (et très bon) avec un Ralph "Rags" Morales livrant des planches efficaces, dans un style plutôt réaliste. On peut éventuellement émettre une très légère réserve sur certains visages qui se ressemblent parfois un peu, mais bon on ne va pas chipoter. Certaines scènes sont tout bonnement magnifiques, l'enterrement de Sue, notamment, est particulièrement impressionnant. La colorisation d'Alex Sinclair est, quant à elle, une réussite également.
Enfin, la gestion des personnages est particulièrement habile, Meltzer parvenant à rendre attachants et psychologiquement crédibles des seconds couteaux peu connus du grand public (tout en se servant aussi, bien entendu, des têtes d'affiche). Aucune connaissance préalable n'est nécessaire pour pleinement apprécier ce whodunit super-héroïque, tendu et captivant, qui s'offre même le luxe de poser un problème moral qui dépasse le traditionnel "faut-il ou non buter les criminels ?".
Bref, un sans-faute au niveau de l'écriture et du dessin.

L'album a tout d'abord été (mal) publié par Panini, puis réédité chez Urban Comics, avec cette fois un soin évident, des bonus intéressants et en prime l'arc Mascarade, de Gerry Conway et Dick Dillin (bien plus vieillot narrativement mais proche au niveau de la thématique).
L'album est toujours disponible, dans la collection DC Classiques, au prix de 28 euros (pour 344 pages).

Une excellente histoire, profondément humaine et permettant de rentrer dans l'univers DC avec une étonnante facilité.
Très vivement conseillé.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Accessible.
  • Extrêmement bien écrit.
  • Poignant.
  • Qualité des dessins.
  • Bonus.

  • RAS.
Young Romance
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Komics Initiative lance un nouveau projet de financement participatif concernant la série Young Romance.

Si les comics sont très largement dominés par le genre super-héroïque aux États-Unis, la bande dessinée américaine couvre évidemment bien d'autres domaines, qu'il s'agisse du polar, de la SF ou, dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, de la romance.
Joe Simon et Jack Kirby, auteurs réputés ayant créé, entre autres, le personnage de Captain America en 1940, se sont essayés au registre sentimental entre 1947 et 1955 avec Young Romance. Cette série, qui connut un réel succès outre-Atlantique (certains numéros cumulant près de 2 millions d'exemplaires vendus), était relativement moderne pour l'époque et présentait notamment des personnages féminins forts et indépendants, ainsi que des récits matures et bien conçus.

Très peu d'épisodes ont été traduits en français, le titre restant plutôt confidentiel dans nos contrées. Néanmoins, un "best of" en deux volumes sortit aux États-Unis en 2009 chez Fantagraphics, après un énorme travail de restauration de Michael Gagné. Ce sont ces deux ouvrages US que Mickaël Géreaume se propose de traduire et publier, soit 38 histoires qui seront replacées dans l'ordre chronologique.

Le projet a été lancé sur Ulule, à cette adresse. Les souscriptions commencent à partir de 45 euros (l'album de 416 pages étant vendu à 50 euros par la suite). Plusieurs contreparties sont offertes aux participants : ex libris, badge, pack spécial contenant l'ouvrage Kirby & Me, version collector, etc.
Le livre bénéficiera d'une couverture cartonnée et d'un dos toilé.

Une série essentiellement inédite, écrite et dessinée par de grands noms de la BD, et qui bénéficiera d'un bel écrin, autant de raisons pour ne pas passer à côté, d'autant que les romance comics restent assez méconnus en France.


Le Sang des Héros, toujours disponible en version papier ou numérique !
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Voilà presque un an que Le Sang des Héros est sorti chez Nestiveqnen, et l’accueil que vous lui avez réservé est fantastique ! Non seulement le roman de Cyril Durr est resté en top ventes plusieurs semaines dans les centres Cultura, mais le magazine Lanfeust Mag en a dit le plus grand bien, affirmant notamment que la narration faisait penser aux meilleurs romans de… Stephen King.

Si vous n’avez pas encore plongé dans cet univers sombre et désespéré, n’hésitez pas à découvrir Kiera, Amber, Terry et Mike, maltraités par la vie aussi bien que leurs supérieurs hiérarchiques, harcelés par un télépathe psychopathe, poursuivis par un impitoyable capuchard, mais liés par une indéfectible amitié.

Découvrez ce qui se passerait si des individus dotés de pouvoirs apparaissaient massivement dans notre réalité. Le résultat pourrait bien... vous surprendre !

Depuis des années, on nous a vendu les pouvoirs comme étant un miracle de l’évolution. Une bénédiction, pour le bien de tous. La Voie des Dieux. Mais je ne vois de dieux nulle part. Juste quelques types déguisés, faisans leur show et… nous. Nous qui nous entretuons. Les pouvoirs n’ont pas généré des X-Men ou des justiciers masqués. Ils ont juste rendu le monde plus dur. 
Amber Benndis, suprahumaine de classe B.

Roman disponible également en Belgique, en Suisse et au Canada.






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Informations libraires
Diffuseur France : CED
Distributeur France, Belgique, Suisse et Canada : Belles Lettres Diffusion S.A.S





La Parenthèse de Virgul #6
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Je suis l'un des plus célèbres criminels fictifs français, je suis un spécialiste du déguisement, j'étais un super-vilain bien avant l'heure, je suis... je suis...
Fantômas bien sûr ! Mais pas forcément la version que vous connaissez...
Gratouillous les matous !

L'Homme aux Cent Visages
La plupart du temps, à l'évocation du nom de Fantômas, ce sont les films avec Louis de Funès, Jean Marais et la jolie Mylène Demongeot qui vous viendront à l'esprit. Malheureusement, et bien que les gesticulations au cinéma de l'inspecteur Juve parviennent à divertir encore aujourd'hui, elles ont eu comme conséquence néfaste de faire oublier l'œuvre originelle, à savoir les romans de Pierre Souvestre et Marcel Allain.
Le véritable Fantômas, bien plus sombre que celui incarné sur grand écran, fait ses débuts à la Belle Époque, dans des récits feuilletonnants au rythme ahurissant. En effet, l'éditeur, Arthème Fayard (Arthème, ça c'est pas mal perdu comme prénom, non ?), leur impose la sortie d'un roman par... mois. Résultat, les deux compères vont tenir les délais et produire pas moins de 32 volumes en 32 mois, soit environ 15 000 pages (même si le terme "page" ne veut rien dire et ne donne aucune indication sur la longueur réelle des écrits).
Le succès est au rendez-vous, Guillaume Apollinaire lui-même dira de ces histoires le plus grand bien en les saluant comme "un extraordinaire roman-fleuve, plein de vie et d'imagination". Fantômas fascine d'autant plus que ses auteurs vont puiser dans les faits divers, parfois sordides, pour alimenter ses frasques (le naufrage du Titanic, la bande à Bonnot et ses bains de sang...). Le slogan publicitaire de l'époque fait d'ailleurs dans la surenchère, Fantômas étant censé être "plus inquiétant que Cartouche, plus subtil que Vidocq, plus fort que Rocambole !"
Le trente-deuxième tome semble se terminer sur une fin aussi stupéfiante qu'idéale : Fantômas avoue à Juve, inspecteur de la Sûreté qui a juré sa perte, qu'il est son frère. Les deux hommes périssant dans le naufrage du paquebot Gigantic sur cette fracassante révélation... qui sera malheureusement reléguée aux oubliettes par Allain lui-même lorsqu'il reprendra, seul, l'écriture de la série après la disparition de son collègue.
La notoriété de Fantômas aidant, les romans des années 1911, 1912 et 1913 seront réédités, dans des versions abrégées (heurk !), au début des années 30, avec des titres plus "vendeurs", mettant le criminel en valeur. Le Mort qui tue devient ainsi Fantômas se venge, Le Pendu de Londres se transforme en Aux Mains de Fantômas, etc. Il faudra attendre 2013 pour que les originaux soient enfin de nouveau publiés, dans une intégrale en huit volumes, chez Robert Laffont.
Depuis leur création, Fantômas, Juve et le journaliste Jérôme Fandor ont été adaptés de multiples façons, que ce soit en feuilleton radiophonique, en BD ou en série de téléfilms. Cette dernière, datant de 1980 et produite par Antenne 2, bien que revenant à un ton plus dramatique, ne parviendra cependant jamais à éclipser, dans l'imaginaire populaire, les éclats de De Funès et l'interprétation surannée de Marais. Ces épisodes furent néanmoins réalisés par des noms plutôt connus, à savoir Claude Chabrol et Juan Luis Buñuel, les rôles principaux étant interprétés par Helmut Berger (Fantômas) et Jacques Dufilho (Juve).
Des problèmes de droits n'ont pas permis l'aboutissement de remakes récents. Notons que les films des années 60 ne furent pas les premiers. En effet, c'est Louis Feuillade qui, en 1913, adapte pour la première fois l'univers de Fantômas au cinéma. Par la suite, accusé par des benêts (déjà, oui) de faire la promotion de la criminalité, il réalisera un autre film, avec pour personnage principal un héros positif cette fois : Judex, qui est considéré par certains comme l'une des sources d'inspiration de The Shadow, voire de... Batman.
Vertigineux, non ? En tout cas, c'est un fait, parfois, la rapine et le crime paient.
Miaw !

Extrait de l'affiche du film de Louis Feuillade, Fantômas, le mort qui tue (1913).

Quelques couvertures des romans originaux. 

Les Seigneurs de Bagdad
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Retour sur Pride of Baghdad, ou la guerre et le monde des hommes vus par les plus majestueux des félins.

Guerre du Golfe. Bagdad. Un bombardement américain touche le zoo de la capitale. Quatre lions vont être ainsi libérés. Zill, le mâle du groupe, Safa, une chasseuse expérimentée, Noor, la belle rêvant des grands espaces, et Ali, le lionceau, se retrouvent livrés à eux-mêmes.
Ils vont devoir réapprendre à trouver leur nourriture seuls, à se défendre contre un monstrueux prédateur et à reconquérir leur habitat naturel.
Naguère, ils régnaient en seigneurs.
Aujourd'hui, ils sont en danger. A la merci du feu du ciel et d'un monde qu'ils ne comprennent plus.
La liberté a un coût. Ils vont l'apprendre, ensemble, de la plus amère des façons.

Ce magnifique récit avait déjà été publié par Panini, avec un résultat plus que douteux (les planches étant tronquées). Il a ensuite été réédité par Urban Comics, cette fois avec un retour au format originel et une nouvelle traduction, bref, une édition digne de ce nom pour le lectorat français.
Le scénario, se basant sur une histoire vraie, est de Brian K. Vaughan (Runaways, Buffy contre les Vampires, The Hood), les dessins sont de Niko Henrichon. Le travail graphique est purement exceptionnel, les dessins sont magnifiques et une grande puissance émane des planches. Quant à l'histoire, elle fait partie de ces contes, intelligents et poignants, qui permettent de transformer un simple divertissement en art fondamental.

Zill, noble guerrier félin, et un ennemi terrifiant, sous la plume de Brian K. Vaughan


— Alors tu es le mâle de ces catins ? Avant, on me jetait dans la fosse contre ceux de ton espèce. Vos crinières épongent bien le sang.
— Va-t’en… et personne ne sera blessé.
— Quelle générosité ! Mais je passe, chasseur.
— Je ne chasse pas... Je me bats !


Si les auteurs font bien parler les animaux, il ne s'agit pas ici d'un comic anthropomorphique, à la Grandville, mais d'un univers bien plus réaliste, dans lequel les dialogues "humains" viennent retranscrire un comportement animal que l'on imagine volontiers exact ou, tout du moins, vraisemblable. L'allégorie portant sur les victimes civiles des guerres est certes évidente mais l'on peut également voir dans cette œuvre une réflexion plus profonde sur le "mirage" de la liberté et les parfois protecteurs barreaux qui la limitent.
Les réactions des félins, découvrant une terre dévastée par l'Homme, sont aussi désarmantes que tragiques (le lionceau croyant voir par exemple, dans les mortelles stries des balles traçantes, de simples lucioles). Quant à la métaphore animale, elle n'amoindrit aucunement la violence de certains actes ignobles, notamment un viol collectif mis en scène avec une efficacité certaine.

La démonstration tient à la fois du drame, de l'essai philosophique et de la grande aventure. Et une lecture plus premier degré fera probablement frémir ceux qui sont déjà sensibles à la cause animale, certaines scènes étant d'une tristesse infinie. Car bien entendu, même si les cages sont parfois rassurantes, même si la liberté a un prix, rien ne remplace, pour l'Homme et, il faut s'en persuader, pour l'animal également, la sensation unique et délectable de pouvoir vivre sans entraves.

Un livre riche en émotions et aussi brillant sur le fond que la forme.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une histoire poignante, intelligente et d'une sombre poésie.
  • Des planches magnifiques.
  • Une ode à la liberté qui évite les niaiseries habituelles.
  • La beauté naturelle des félins. 
  • Une très jolie colorisation. 

  • RAS.
Powers
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Retour sur l'excellente série Powers, mélangeant enquêtes, drames, humour et... sperme magique.

Powers fait partie de ces comics "réalistes" qui tentent régulièrement de montrer l'impact social, économique ou culturel qu'auraient des surhumains sur notre monde. Dans cette optique, Brian Michael Bendis (cf. Sur les traces de Bendis), au scénario, mélange donc ici deux genres qui lui sont chers : polar et super-héros. À ses côtés, Michael Avon Oeming réalise, dans un style cartoony, des planches exemplaires d'inventivité et d'expressivité. Les différents plans, jeux de lumière ou idées narratives servent parfaitement le propos et plongent le lecteur dans un récit âpre, tendu, parfois drôle, souvent violent.

Sur le fond, il s'agit d'enquêtes policières concernant des crimes liés au monde des super-héros, le tout saupoudré d'un humour incisif (à base de pubs parodiées par exemple). Mais en fait, Powers va bien plus loin et fourmille de références et de scènes magnifiquement dialoguées.
Dans l'un des épisodes, c'est par exemple Warren Ellis en personne qui se retrouve au centre de l'histoire, accompagnant les flics afin de se documenter et de trouver l'inspiration. Le point de vue narratif est toujours celui des policiers, jamais celui des Masques. Ne vous laissez pas abuser par l'aspect doux voire enfantin du graphisme, le texte est souvent franchement pour adultes. Un petit exemple ? Alors qu'Olympia, un super-héros ultra populaire, est retrouvé raide mort dans une sordide chambre d'hôtel, une fille, avec qui il a eu une aventure, est interrogée par les deux inspecteurs. C'est une groupie qui est excitée par les "pouvoirs". Elle raconte assez librement qu'elle voyait Olympia pour "baiser" mais que, en dehors de ça, pour ce qu'elle en savait, "c'était un enculé".  Plutôt gratiné déjà, mais l'échange suivant est encore plus... particulier (cf. encadré ci-dessous).

Une groupie interrogée par Deena et Walker, sous la plume de Brian Michael Bendis



— On ne sait jamais ce qui peut arriver dans des aventures de ce genre. Une des filles que je connais, Kate, elle courait après Ringray. Et quand elle a fini par lui mettre la main dessus, elle... c'est drôle... elle lui a fait une... elle l'a sucé.
— Hum.
 Et elle est allé jusqu'au bout et... euh... elle... elle n'en a pas perdu une goutte.
 D'accord...
 Et après ça... elle a été capable de voler pendant quelques heures. Pas très haut ni très vite mais... six heures...

Il fallait y penser. La fellation donnant des pouvoirs pendant un temps limité, voilà une sacrée façon d'appréhender les supermen qui peuplent les comics !
Évidemment, il ne s'agit pas ici de super-héros confrontés à de terribles menaces, ni même d'une parodie à proprement parler, mais plutôt d'une sorte de constat ironique rassemblant tout ce que l'on ne peut pas dire dans les séries mainstream.
C'est inventif, jubilatoire et résolument outrancier, Bendis se délectant à jouer avec les codes habituels du genre.

Certains épisodes vont assez loin dans le scabreux, flirtant ainsi avec le côté transgressif d'un The Boys par exemple. Ainsi, l'une des enquêtes portera sur une vidéo de Red Hawk, super-héros reconnu et adulé, qui a été rendue public et montre le brave homme en pleine séance d'ondinisme avec une mineure. Niveau image, on a déjà fait mieux. Pourtant, le héros - qui n'est autre dans le civil que le sénateur Broderick - n'aura guère le temps de s'inquiéter de sa popularité puisqu'il est retrouvé mort peu après.
Christian Walker et Deena Pilgrim devront alors enquêter sur le passé du sénateur masqué et sur les relations conflictuelles qu'il entretenait avec les anciens membres de Unity, une équipe divisée aujourd'hui par la rancune, l'amertume et les copyrights. Après une explosion nucléaire sur le sol américain et l'assassinat du Pape, l'affaire paraît pourtant reléguée au second plan. A moins que tout soit lié et que les deux enquêteurs soient devant le cas le plus grave de leur carrière...


Dans cet arc, comme souvent, Bendis s'en prend aux media et dresse une sévère critique de leur traitement voyeuriste de l'information. Autre grand moment : un vrai-faux épisode de Unity, façon old school pour les graphismes, mais avec des dialogues très... épicés. Les auteurs vont même jusqu'à se moquer gentiment des conventions ou du merchandising généré par les séries à succès. Savoureux.
N'allez pas croire pour autant qu'il ne s'agit que d'un prétexte pour balancer du vitriol et des sentences acides sur les planches. L'histoire prend, après quelques épisodes, une ampleur inattendue et se permet même de virer tout doucement au drame, d'autant que le "méchant" de l'histoire est loin d'être un salaud monolithique et que les héros ne sont pas vraiment des saints.

Un autre récit permettra de creuser un peu le passé de Walker, le personnage prenant alors une nouvelle épaisseur. Sa relation avec la très piquante Deena s'avérera plus tendue (il faut dire que les circonstances ne se prêtent pas vraiment à la rigolade), mettant l'humour en retrait pour un temps. Les auteurs dénoncent à cette occasion un système médiatico-commercial qui s'emballe et finit par devenir dangereux. Flics, avocats, attachés de presse, super-héros, journalistes, tous agissent avec un certain cynisme, n'hésitant pas à se servir les uns des autres pour arriver à leurs fins.

Après le héros à problèmes, imposé par Stan Lee dans les années 60, l'on se dirige tout doucement vers le héros désabusé, produit marketing dépouillé de ses nobles intentions et utilisé par l'état, la presse ou les multinationales. Les costumes et les noms ronflants demeurent pour amuser ou fasciner le grand public mais l'homme sous le masque s'est fait une raison en admettant qu'il ne pouvait combattre, malgré ses pouvoirs, ni les dollars ni la télévision. La scène finale, où Walker se recueille près d'une statue, déjà taguée, sous un ciel noir et menaçant, est révélatrice. Les grands idéaux sont morts. Le réalisme a rattrapé les Capes. Les super-héros se suicident ou se font arracher des membres qui ne repoussent pas. Il faut maintenant s'en arranger, même si l'avenir paraît bien sombre...


Enfin, le huitième tome, intitulé Légendes (le dernier paru en VF), est particulier puisqu'il s'agit d'une nouvelle époque pour la série, la précédente s'étant clôturée, d'une manière magistrale, par l'arc Éternels (Forever en VO), qui présentait les origines de Walker, voire même celles de tout surhumain. Alors que jusqu'ici, Bendis n'avait donné que peu d'éléments sur le passé de Walker (le tome #4 de la série n'en laissait entrevoir que quelques bribes), cet arc brillant et original se penchait sur le passé, remontant jusqu'aux origines de l'humanité et donnant à Walker une dimension tragique supplémentaire.
Cet opus, aussi brutal que subtil, s'attachera à développer encore plus la relation Walker/Pilgrim, par petites touches, parfois par des non-dits, un simple regard ou une petite vanne, partagée entre deux êtres qui savent qu'ils sont revenus de si loin que même les mots, parfois, ne suffisent pas à tout exprimer.

Les deux flics sont constamment malmenés, et guère aidés en plus par le gouvernement ou leur patron direct. Dans un monde devenu dingue, où des tarés s'imposent parmi les malfrats en bouffant - au sens propre - un concurrent, ils font leur job. Ils traquent, questionnent, tabassent, s'en prennent plein la tronche, et se relèvent, encore et encore, comptant l'un sur l'autre, mais ne pouvant entièrement se livrer, de peur de peut-être totalement s'effondrer.

Car c'est un peu le thème général de cette histoire : la distance, la séparation. Que ce soit la mince frontière de la loi, régulièrement franchie (et pas seulement par les criminels), la distance pudique qui existe entre Walker et Pilgrim (transformée par la suite en distance physique pour un temps), l'abandon déchirant de Calista aux services sociaux, ce qui sépare les flics des surhumains (même Walker fera la distinction entre "eux et nous"), et même ce qui sépare Walker de lui-même, terrible Gora, dont le passé reviendra le torturer, tout semble évoquer les barrières, réelles ou psychologiques, qui isolent et cloisonnent, que ce soit la morale séparant les héros/flics des hors-la-loi (certes dans un noble but) ou la simple mais terrible conséquence de la condition humaine, qui condamne à l'individualisme et au repli.

Et tout cela, sous la plume d'un Bendis magistral, semble couler de source. C'est bien fichu, c'est même élégant car, au final, nous n'avons pas devant les yeux un récit pompeux ou prenant les lecteurs pour des idiots, mais un vrai bon polar, construit, haletant, et enrichi par des personnages très bien écrits. L'on peut rester à la surface des planches, et déjà profiter pleinement d'une bonne histoire, ou, entraîné par le style de Oeming, se perdre dans un drame qui n'a rien d'invraisemblable, car les Masques ne sont là que pour le fun, le reste, c'est de l'humain, cette matière bizarre que nous connaissons sans toujours vraiment la maîtriser dans la vie et qui, en fiction, s'ordonne si bien, si logiquement, sans heurts non désirés...

Malheureusement, la série, un temps publiée par Semic puis reprise par Panini, s'arrêtera en France avec le tome #8, plus de la moitié des épisodes restant inédits en VF. Surprenant et très regrettable vu la qualité du titre.
Une série culottée et profonde, douce par son graphisme mais très acide dans son propos.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Profond et subtil.
  • Des graphismes cartoony au style léché, contrastant avec le sérieux et le côté adulte de la série.
  • L'humour très acide.
  • Les personnages.
  • Une habile critique des dérives médiatiques et, plus largement, sociétales.

  • Incomplet en VF.
La Parenthèse de Virgul #5
Par

Quoi de plus emblématique de la saga Star Wars que les fameux sabres laser ? C'est de ces armes dont il sera question dans cette parenthèse.
Gratouillous les matous !

La Voie du Sabre
Dans l'univers de Star Wars, les adaptes de la Force n'ont pas toujours combattu avec les sabres que nous connaissons maintenant. Les premiers Jedi utilisaient des katanas relativement traditionnel si l'on excepte l'aura lumineuse qui les entourait, signe extérieur de leur imprégnation par la Force de leur détenteur.
Ce n'est que bien plus tard que les premiers sabres laser sont apparus. Et mieux vaut être un Jedi ou un Sith particulièrement habile pour manipuler ce genre d'engin, car autant vous dire que c'est particulièrement... tranchant.
Il existe une dizaine de styles de combat, appelés "formes". Certaines formes privilégient la puissance ou la mobilité, d'autres l'aspect défensif (comme le fait de contrer des tirs de blaster) ou les techniques visant à affronter simultanément plusieurs adversaires.
Un chevalier Jedi construit lui-même son arme. Les premiers sabres laser nécessitaient l'emploi d'une énorme batterie, portée par l'utilisateur et reliée à la poignée par un câble. Le sabre moderne bénéficie de cellules d'énergie intégrées, bien plus pratiques. Les sabres fonctionnent grâce à différents cristaux dont va dépendre la couleur de la lame, stabilisée à la longueur voulue grâce à une lentille.
Il existe de nombreuses variantes qui s'éloignent du sabre standard à la lame droite d'environ un mètre : sabre double, doté de quillons, à lame incurvée, à lames plus petites ou plus grandes, et même des fouets ou tonfas laser.
Dans l'ordre Jedi, les lames bleues étaient celles des Gardiens, protecteurs de la République. Les lames jaunes caractérisaient les Sentinelles, des chevaliers plus polyvalents, qui étaient notamment chargés de traquer les combattants passés du Côté Obscur. Les lames vertes étaient l'apanage des Consulaires, de sages Jedi privilégiant la négociation et les solutions pacifiques. Cependant, bien que la couleur de la lame donne en général une indication sur son porteur, ce n'est pas une règle exacte. Ainsi, l'on pouvait aussi trouver des lames d'autres couleurs, rouges par exemple, dans les différentes castes. De la même manière, si le rouge est en général la couleur caractérisant les Sith, il peut également y avoir des exceptions (Dark Bane et son sabre violet par exemple). Il existe encore bien des variantes, comme la lame noire, apparue dans la série animée The Clone Wars, et qui symbolise le refus de toute autorité de son porteur, ou encore la lame blanche, apparue dans les comics Stars Wars.
Chaque sabre est ainsi unique et lié à son possesseur, les poignées présentant de nombreux détails différents. Il existe cependant une ancienne coutume, appelée concordance de féauté, qui permet à deux Jedi d'échanger leurs armes en signe d'amitié et respect.
Voilà, vous en savez un peu plus sur la question. Et si vous rêvez de pratiquer vous-même ce noble art permettant de découper votre prochain en fines rondelles, sachez que c'est possible. Allez donc faire un tour ici pour vous en convaincre. Bon, on ne découpe pas vraiment les gens, mais on ne peut pas tout avoir, pas vrai ?
Miaw !





L'intégrale de Samourai Pizza Cats en version non-censurée !
Par
Des animaux qui parlent, qui aiment la pizza et qui combattent avec des katanas... non ce ne sont pas les Tortues Ninja (aux origines américaines, cf. cette Parenthèse de Virgul) mais les Samouraï Pizza Cats (venant du Japon) ! Mis en vente fin 2017 par l'éditeur Kazé, le (superbe) coffret de Samouraï Pizza Cats est un incontournable pour les amoureux de cette série d'animation nippone, diffusée au début des années 1990. Que vaut-elle aujourd'hui pour ceux qui la découvrent presque 30 ans plus tard ?

  
C'est une boîte en forme de carton de pizza qui accueille les nombreux DVD de l'intégralité de la série : 16 disques regroupés sous forme de parts de pizza et disponibles en deux versions : une française en 52 épisodes (qui avait déjà été en vente chez un autre éditeur, il y a une quinzaine d'années) et une « non censurée », en version originale sous-titrée en 54 épisodes (ceux visionnés dans le cadre de cet article — on y reviendra plus tard). Un petit livret de 24 pages complète l'ensemble.

Diffusée au Japon pendant un peu plus d'an de février 1990 jusqu'au même mois en 1991, la série a débarqué en France en septembre 1991 sur feue la chaîne La Cinq. Dans notre pays, nous sommes alors en plein « boom » des séries d'animation japonaise, souvent adaptées de mangas (bandes dessinées du pays du Soleil-Levant), comme Dragon Ball et tant d'autres diffusées dans la mythique émission Club Dorothée (TF1).

Samourai Pizza Cats propose des aventures d'une vingtaine de minutes se situant dans un Japon mi-médiéval mi-futuriste, utilisant une technologie avancée robotique, et mêlant donc œuvre « historique » (inspirée de l'architecture de l'ère Edo), science-fiction, action et bien sûr comédie.
Le narrateur introduit (à chaque épisode) le contexte de la série : « Les fabuleux animaloïdes vivent en harmonie à Edoropolis. Mais soyez sur vos gardes ! Une ombre se tapit dans les ténèbres. Certains se cachent des dieux pour ne vivre que par le crime. On ne peut pas les laisser agir de la sorte. Appelons les défenseurs de la justice ! Le clan secret de ninjas ! Les Nyankee ! » Des ninjas principalement représentés par trois personnages : Skacey, Yattarô et Prulun (Guidon, Toufou Touflamme et Polly Esther en version française — jeux de mots oblige dans la langue de Molière).

L'ensemble est évidemment « bon enfant » : les gentils gagnent contre les méchants, un humour léger parsème chaque épisode, de bonnes valeurs sont partagées, etc. Le public visé est désormais double : les plus jeunes d'aujourd'hui seront peut-être passionnés et les nostalgiques de la série seront ravis de retomber en enfance. Les autres n'y trouveront guère d'intérêt malgré l'originalité de l'ensemble (qui a tout de même bien vieilli). Il faut à ce titre souligner quelques trouvailles géniales comme ce propulseur de chats sous forme de pistolet géant s'élevant sur la pizzeria !

La structure des épisodes est assez classique : la première partie expose quelques gags et la menace qui pèse sur les protagonistes, puis vers la moitié du récit (à une bonne dizaine de minutes), le trio de livreurs de pizzas se transforme en samouraï/ninja et combat les ennemis, souvent Karamaru (Ducrochu en VF), un corbeau guerrier, et son maître, le Seigneur Kitsunezuka Korn (Dusournois), un renard fourbe — et les chats ninjas remportent la victoire, bien sûr. Les mignons personnages ont chacun une attaque propre et sont présentés plus en détails en fin d'épisodes par le narrateur. Côté dessin, l'ensemble est très correct mais on regrette l'absence d'une remastérisation plus prononcée (qui aurait pu donner lieu à une sortie en Blu-Ray — indisponibles jusqu'à présent).

Revoir (ou découvrir) la série aujourd'hui est un prisme d'analyse intéressant. Par exemple, les sushis et le wasabi sont mentionnés plusieurs fois. Hors, à l'époque (il y a presque 30 ans donc), peu de spectateurs, et encore moins les plus jeunes, savaient concrètement ce que c'était ! C'était aussi une période ou des mots parfois « complexes » (pour des enfants) étaient légion sans que cela ne donne lieu à une simplification radicale des expressions et de la conjugaison de notre langue (comme c'est le cas aujourd'hui, aussi bien dans des dessins animés que dans de la littérature).


Comme beaucoup de dessins animés de l'époque, certaines scènes sont réutilisées d'un épisode à un autre (gain de temps et d'argent) et certains dessins « fixes » sont proposés, presque sous forme de crayonnés. Si sur le papier (ou plutôt via l'écran) cela peut paraître paresseux et raté, c'est l'effet inverse qui se produit quand on regarde. Mais voir tout à la suite engendre une certaine redite un peu lassante, le binge-watching est donc plutôt déconseillé.

La version française avait fait l'objet d'une « censure » lors de sa diffusion (à nouveau, comme beaucoup d'animes de l'époque). Les épisodes perdaient ainsi plusieurs éléments : les scènes les plus violentes étaient coupées ou modifiées, les allusions à l'alcool étaient remplacées par d'autres boissons, des plans étaient recadrés pour enlever des mentions indiquant que l'action se déroule au Japon (inscription en alphabet nippon par exemple), tout était d'ailleurs fait pour que le spectateur pense que la série se déroule en France, avec des noms de lieux et personnages français. Ce qui changeait parfois drastiquement l'histoire, évidemment, et débouchait sur des situations complètement absurdes voire incompréhensibles.


L'objet en lui-même, vendu pour 54,99€ en édition limitée, bénéficie d'un très beau packaging qui ravira les collectionneurs. On regrette l'absence de bonus comme des making-of ou interviews de doubleurs par exemple. Il faudra se contenter des entretiens textuels du petit livret bonus. Celui-ci présente en détail chaque personnage et précise quelques informations et anecdotes intéressantes. On apprend que la série, très populaire au Japon, avait atteint presque 15% de l'audimat à son apogée. Suite à un concours « d'animaloïdes », un personnage né de l'imagination d'un spectateur a même vu le jour ! Le producteur de la série, Motoki Ueda, révèle aussi que l'idée d'une pizzeria comme QG des chats est venue... de la pizzeria du parc Disneyland de Tokyo (à la base il avait évoqué un restaurant de nouilles, mais pour parler davantage aux enfants ils ont préféré la pizza). Deux doubleurs japonais se prêtent aussi au jeu de l'interview et dévoilent la bonne ambiance en studio (et les soirées alcoolisées !) qui a déteint sur la série.
Si vous avez grandi devant ce show hors-norme ou souhaitez le faire découvrir à vos enfants, vous savez ce qu'il vous reste à faire !


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un superbe coffret soigné et original.
  • Une version en VOSTFR non censurée et en VF classique.
  • Un bon travail de remasterisation.
  • Des histoires sympathiques qui ont bien vieilli, idéal pour les nostalgiques de la série ou les enfants…

  • … mais guère d'intérêt pour les adultes non-connaisseurs.
  • Aucun bonus vidéo (making-of, interviews, documentaires…)