Danny et la fin du Monde
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Changement climatique et bestioles féroces sont au menu du jour avec Danny et la fin du Monde.
(spoilers inside)

Dannys Dommedag, en VO, est un film danois sorti en 2014 et qui est actuellement multi-rediffusé sur SyFy. Le pitch de départ était plutôt tentant : deux frères qui ne s'entendent pas du tout doivent faire face à une invasion de redoutables prédateurs carnivores. Les frangins vont devoir improviser et apprendre à compter l'un sur l'autre.
Et le début est d'ailleurs assez sympa, avec une ambiance très travaillée. L'action se déroule dans une banlieue résidentielle de Copenhague, sous une chaleur moite et accablante. De petits détails font monter la tension peu à peu (problèmes électriques, les chiens qui hurlent sans cesse, le comportement étrange du père...).

C'est malheureusement quand les choses sérieuses commencent que le long-métrage se transforme en pétard mouillé.
Le problème principal vient du fait que toutes les scènes, mais absolument toutes, sont ultra-prévisibles. L'écriture et si convenue, si téléphonée, que l'on parvient à deviner les dénouements de toutes les situations, les réactions de tous les personnages ou quel rôle ils vont jouer : le type à la hache et son comportement bizarre, la brute du bahut qui se dégonfle, la love story contrariée avec la jolie blonde, la scène avec la mère à la fin... rien ne surprend jamais. Pour un film SF/épouvante censé tenir en haleine, c'est franchement handicapant.

Ce n'est pas tout. Les créatures elles-mêmes sont ridicules. Pourtant, le réalisateur parvient pendant une grande partie du film à entretenir le suspense et camoufler le côté cheap des effets spéciaux en suggérant la présence des bestioles plutôt qu'en les montrant. L'on voit des ombres fugaces, une patte, une queue, et l'effet produit n'est pas si mal. Par contre, quand l'on voit le machin en entier, avec sa tête de poiscaille et sa collerette rouge, difficile de ne pas en rire.


Toujours dans les défauts, l'on peut déplorer quelques facilités (les personnages tombent toujours, par hasard, sur ce qu'ils ont besoin de trouver) et même un problème de fond assez étrange concernant cette fameuse fin du monde qui est présente dans le titre et évoquée par Danny lui-même.
En fait, il n'est pas très logique qu'il en vienne à faire un constat aussi extrême, aussi rapidement. D'accord il y a une invasion de saloperies qui bouffent les gens, mais ça vient juste d'arriver, les infrastructures ne sont pas détruites, il y a encore l'armée, la police, on ne connaît rien de la résistance des créatures... donc, non, ça n'a rien d'une fin du monde (ce qui sera confirmé par la facilité avec laquelle l'armée, justement, mettra un terme à la menace).

Les personnages sont tous caricaturaux ou ternes. La fameuse brute évoquée plus haut ne représente finalement pas une réelle menace, Rie n'est attirée par Danny que parce que c'est écrit dans le scénario, même le conflit entre les deux frères n'est finalement pas si bien exploité que ça (et se résout d'une manière bisounours là encore parfaitement prévisible et mièvre).
Rajoutons également un doublage médiocre et une traduction parfois peu pertinente ("on est fait comme des rats", dans la bouche d'adolescents actuels, c'est une expression qui passe difficilement, surtout au premier degré), et l'on se retrouve avec un joli gâchis.
Dommage, parce qu'avec une telle situation de départ, et même sans un budget énorme, il y avait moyen de bâtir une histoire plus solide et dérangeante.

À voir au moins une fois, car l'on ne peut pas dire que l'on s'ennuie, mais trop de défauts structurels empêcheront ce film de rester dans les mémoires.  



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une atmosphère étrange et tendue plutôt réussie au début.

  • Scènes parfaitement prévisibles.
  • Personnages peu développés.
  • Quelques facilités et incohérences.
  • Des créatures ridicules.
  • Un doublage ne facilitant pas du tout l'immersion.
Comics : vers un effondrement qualitatif total ?
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Depuis quelques années maintenant les comics sont de plus en plus souvent source de déception, voilà venu le temps de faire un petit point sur la situation.

Comme elle semble loin l'époque où, chaque mois, voire chaque semaine, UMAC chroniquait la sortie de nombreux comics de qualité, pour certains devenus mythiques. Un grand nombre de séries exceptionnelles sont aujourd'hui terminées depuis longtemps (Fables, Bone, Preacher, The Boys, Top10...), quant aux titres mainstream de Marvel et DC Comics, ils s'embourbent dans un surplace narratif aussi dangereux qu'ennuyeux.
Il existe, comme nous le verrons, des exceptions bien entendu, mais globalement, le réel "âge d'or" des comics, marqué par une production d'une qualité et d'une diversité ahurissantes, semble derrière nous.
Voyons cela plus en détail.

En 2005, quand Marvel lance la mode des events [1] avec House of M, l'éditeur réussit un coup de maître. L'histoire est parfaitement écrite, elle impacte le marvelverse sur le long terme et donne lieu à des séries dérivées à la profondeur et au potentiel dramatique enthousiasmants (Generation M par exemple, magnifiquement écrit par Jenkins). Peu de temps après, avec Civil War (cf. cet article pour la version DVD), la Maison des Idées atteint des sommets. Le concept de départ est d'une grande richesse, absolument pas manichéen, il génère d'ailleurs une véritable réflexion et de furieux débats (cf. cette chronique). Là encore, les séries dérivées sont parfois magistrales, que ce soit les FrontLine de Jenkins, encore lui, les Thunderbolts, très ambigus, ou même l'émouvant tie-in consacré à Ms. Marvel (avec une Julia Carpenter déchirante, cf. ce Monster).
Difficile alors de ne pas se passionner pour un univers moderne, innovant, et des personnages intelligemment mis en scène.

La suite, malheureusement, sera beaucoup moins bonne. Utilisant la même recette à l'infini (le culte de l'évènement, survendu à grands coups de superlatifs) mais n'ayant plus la même exigence au niveau de l'écriture, Marvel s'enferme peu à peu dans une logique désastreuse. Si dès World War Hulk ou Secret Invasion, l'on peut déjà voir les signes alarmants d'un certain manque d'ambition se multiplier, la politique éditoriale, de plus en plus superficielle, va aboutir aux sagas actuelles, comme Spider-Verse, faisant office d'happenings vides de sens.
Mais surtout, tout comme DC Comics d'ailleurs, Marvel ne peut s'extraire d'un surplace narratif qui désamorce totalement la moindre tentative de dramatisation.
Les morts ne le restent jamais très longtemps et les évènements les plus définitifs en apparence ne sont que provisoires. Sans conséquences réelles, les histoires sont vidées de leur intérêt.

La solution semble pourtant évidente. Pas besoin d'enfermer les vingt meilleurs scénaristes six mois dans un chalet isolé pour une violente séance de brainstorming. C'est d'ailleurs si évident que la plupart des lecteurs en viennent tous à la même conclusion : séparer le personnage super-héroïque de son incarnation civile.
Ce que l'éditeur ne peut se permettre de perdre, c'est l'image iconique du héros. Batman, Spider-Man, etc, sont trop connus (même par ceux qui ne lisent pas de comics) et générateurs de rentrées d'argent pour se permettre le luxe de s'en débarrasser. Par contre, rien n'oblige à conserver, indéfiniment, Bruce Wayne ou Peter Parker dans ces rôles. L'on peut fort bien imaginer que tous les 10, 15, 20 ans, un nouveau venu reprendrait le flambeau et endosserait le costume.
Cela réglerait TOUS les problèmes inhérents à la pratique stupide actuelle et n'en créerait pas de nouveaux :
- les récits pourraient de nouveau avoir un réel impact, un poids dramatique,
- les personnages "civils" pourraient entrer dans la légende, avec un beau final, au lieu d'être essorés et malmenés (cf. ce pauvre Parker, dont Quesada voulait restaurer les "fondamentaux" et qui se retrouve maintenant à être une sorte de chef d'entreprise à la Tony Stark),
- chaque génération de lecteurs pourrait avoir son "incarnation" du personnage, sans devoir au préalable se taper des décennies d'on-goings multiples pour en connaître les origines et le parcours,
- cela règlerait les problèmes de continuité et supprimerait les incohérences (comme un Stark dont les origines remontent tantôt à la guerre du Vietnam, tantôt à celle d'Irak),
- il serait même possible, dans le pire des cas, de conserver des séries parallèles se centrant sur l'incarnation ancienne d'un héros (Parker par exemple) pour les nostalgiques.

DC Comics avait un temps un peu suivi cette piste (avec plusieurs Green Lantern, différents Flash, etc), mais la tendance est plutôt maintenant à les faire tous coexister en même temps. Ce qui du coup ne règle rien.
Pour continuer sur DC, là encore l'on peut être légitimement décontenancé devant les reboots, annulations et autres bidouillages. La grosse remise à zéro de 2011 (l'époque Renaissance en VF chez Urban) n'allait déjà pas au bout de son concept en mélangeant nouveaux personnages, anciens, mais tous avec leur précédente identité civile. Le "nouveau" départ actuel, Rebirth, bien que basé sur une idée excitante, ne propose pas grand-chose de neuf ni même de bien écrit (cf. cet article), pire, on remplace l'ancien-nouveau Superman par le "vrai" Superman, issu d'une autre réalité mais qui attendait dans l'ombre dans l'univers actuel, bref, une usine à gaz.  


Du côté des séries mainstream, ce n'est donc pas folichon. L'on se contente de reboots, censés attirer les nouveaux lecteurs et "simplifier" la continuité (en la complexifiant en réalité), de changements de costume anecdotiques et de vilains recyclés. Même les séries secondaires, dont les auteurs bénéficient souvent de plus de liberté d'action (comme Vaughan ou Tony Moore sur les Runaways par exemple, ou Peter David [2] sur Madrox/X-Factor), sont devenues mièvres et inintéressantes (cf. les récents Web Warriors).
Du coup, l'on se dit qu'heureusement il reste les comics indépendants. En tout cas, n'obéissant pas aux règles suicidaires des deux gros caïds super-héroïques que sont Marvel et DC.
Eh bien... même de ce côté-là, la qualité s'écroule.

L'exemple le plus parlant est évidemment Walking Dead, un chef-d'œuvre pendant les dix premiers TPB (correspondant donc aux 60 premiers épisodes), devenu aujourd'hui une série quelconque, quand elle ne sombre pas dans le ridicule (cf. ce bilan catastrophique). La seule série mythique qui n'est pas encore terminée ne vaut plus le coup d'être lue... argh.
C'est loin d'être le seul exemple.
Les Before Watchmen, que l'on attendait avec une certaine fébrilité, se sont révélés, pour la plupart, ratés (notamment celui sur Rorschach), et ce malgré un casting d'auteurs compétents, ayant largement fait leurs preuves.
La suite de Crossed, par Alan Moore, était handicapée par un concept d'écriture pénible, au point que l'on s'est demandé si c'était le pire comic de l'année 2015, qui comptait pourtant son lot de bouses.
L'autre poids lourd qu'est Frank Miller passe complètement à côté de son sujet, lui aussi, avec son Holy Terror.
Et le récent Dark Night, qui se veut profond et introspectif, ne fait pas le poids face au plus ancien C'est un oiseau par exemple.

Alors, bien évidemment, tous les comics relativement récents ne se gaufrent pas. Il y a heureusement des exceptions à la règle, que ce soit Low et Descender, chez Urban, dans le genre science-fiction, ou le Providence lovecraftien d'Alan Moore, mais aussi The Wicked + The Divine, Sunstone, le Trees de Warren Ellis ou même The Infinite Loop. Il reste de bonnes choses à lire, des auteurs compétents et des comics qui parviennent encore à surprendre. Mais... si peu au regard de l'immense production actuelle.

Mais du coup, est-ce un simple concours de circonstances, une période un peu moins inspirée, ou peut-on trouver un début d'explication à cet effondrement qualitatif qui touche tout aussi bien le mainstream que l'indy ?
Attention à l'ordre des mots.
Bonne actrice et actrice bonne sont deux choses différentes.
Difficile à dire car, forcément, un grand nombre d'éléments nous échappent. Mais l'on peut tout de même mettre en lumière quelques faits. Tout d'abord, la perception même des comics a évolué radicalement. D'un marché de niche destiné à quelques fans acharnés (soupçonnés parfois de "déviance" selon les médias), les comics sont passés à quelque chose de plus grand public, plus hype. Alors qu'auparavant Panini possédait une sorte de monopole de fait (à peine contrebalancé par Delcourt et Milady à l'époque), Dargaud, avec sa filiale Urban Comics, est entré dans la danse et a été suivi par d'autres éditeurs, dont Glénat.
Avec l'arrivée de nouveaux acteurs de poids, non seulement l'univers DC Comics (laissé en friche par Panini quand il en avait la charge) s'est développé de belle manière, mais de nombreuses séries indépendantes, qui n'auraient peut-être pas forcément vu le jour auparavant, aboutissent aujourd'hui dans les rayons des librairies. Or, tout n'est pas forcément toujours bon, ni même rentable, mais avec une lutte plus acharnée, il faut produire, quitte à tenter de noyer la concurrence sous des flots de revues (c'est par exemple la politique actuelle de Panini concernant le kiosque).

D'autres causes sont parfois moins évidentes mais tout aussi réelles, comme l'effet Boomerang que nous avions défini dès 2011 et dont l'effet désastreux et prévisible est parfaitement décelable (et démultiplié) actuellement.
En gros, les adaptations cinéma, très calibrées et respectant un cahier des charges empêchant toute tentative de s'écarter d'un sentier mille fois battu, ont un impact en retour sur le contenu des comics. Essentiellement parce que, dans la hiérarchie inconsciente des éditeurs, le cinéma est le medium roi (ou plutôt prince, derrière la télé) sur lequel il faut s'aligner. Notamment en tenant compte des sorties ciné pour mettre en avant certains comics et même modifier leur contenu, tout cela pour profiter de la manne supposée des spectateurs se ruant sur les BD. Or, ça ne fonctionne pas comme ça.
C'est impossible de le prouver en France parce que les éditeurs considèrent leurs chiffres de vente comme des données stratégiques qu'il ne faut pas divulguer, mais l'on peut le constater aux États-Unis, où l'on se rend compte que, si les lecteurs de comics vont largement (et étonnamment vu la qualité médiocre des films) voir les adaptations au cinéma, à l'inverse, les spectateurs ne se ruent pas pour autant sur les comics. On le voit très clairement, dès que les chiffres de vente des comics US grimpent, ce n'est pas lié à la sortie d'un film mais à un évènement interne aux comics (Blackest Night, Civil War, la "mort" de Captain America, etc.).
Malgré cela, et comme nous l'avions prophétisé, les éditeurs de comics calibrent maintenant leur production par rapport aux goûts supposés d'un public qui... ne les lit pas. Et par rapport à de mauvais films, bien moins riches que les comics dont ils s'inspiraient au départ.

Oh mon Dieu !! J'ai des doigts !! 

Enfin, il y a bien entendu cette notion de publication à flux tendu (pour les on-goings mainstream), qui oblige les éditeurs à maintenir un débit constant, sans parfois beaucoup de considérations pour la qualité des planches. Les scénaristes sont touchés également. Ainsi, même un Bendis, pourtant très bon à la base, a fini par produire des récits insipides lorsque son succès lui a "imposé" de multiplier les titres Marvel qu'il prenait en main (le relaunch de USM, Spider-Woman, ou encore de nombreux épisodes concernant les Avengers).

Le creux de la vague a souvent ceci de réjouissant qu'il annonce une remontée future aussi mécanique qu'assurée. Mais peut-on appliquer la logique du mouvement des fluides à l'édition ? Il est permis d'en douter.
Les rayons comics des librairies, autrefois pleins de merveilles attirantes aussi coûteuses que chronophages, semblent à l'heure actuelle inoffensifs, croulant sous le poids des livres mais vidés d'un contenu essentiel, privés de cette magie prometteuse qui tient éveillé tard, la nuit, lorsque l'on est piégé par les sortilèges d'un habile Conteur.
Que les raisons de cet effondrement, bien réel et impactant tous les éditeurs, soient structurelles, conjoncturelles, ou plus probablement un mélange des deux, il reste néanmoins une bonne raison d'espérer. Une raison aussi tragique que libératrice parfois : dans ce monde, rien n'est éternel.
Même pas le pire. Et sans doute pas les égarements d'éditeurs ayant oublié que ce qui fait la base de l'engouement (et donc de leurs sources de revenu), ce n'est pas une recette idéale, déjà servie un million de fois, ou un nom célèbre, mais bien la qualité de ce que l'on sert.
Le travail a sans doute mauvaise presse, il répugne dans une société où le culte fanatique du "tout, tout de suite" a pris le dessus, mais il reste néanmoins l'unique et indispensable ingrédient qui différencie la merde du nectar.




[1] Un event est constitué d'une série mère principale (et indépendante) à laquelle se rapportent divers tie-ins publiés dans les titres habituels de l'éditeur. C'est techniquement différent du crossover classique qui, lui, conte une histoire unique par le biais d'une publication "transversale", se suivant dans diverses séries. Notons que cette publication "transversale" a toujours été moins marquée en France grâce aux regroupement de diverses séries au sein d'une même revue kiosque.
[2] Auteur génial du plus incroyable et badassif retournement de situation de tous les temps, cf. cet article si vous voulez juste savoir de quoi il est question, mais je ne puis que conseiller de vraiment lire les Madrox et X-Factor de David, qui sont d'une qualité exceptionnelle. Ce serait dommage d'aller directement au spoiler, parce que le truc est énorme lorsque l'on est plongé dans le récit.

Spider-Man Universe : Web Warriors
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Zoom sur le Spider-Man Universe #1 de ce mois, contenant un arc de la série Web Warriors.

Il y a quelque temps, Spider-Verse avait permis à la Maison des Idées (recyclées) de mettre en scène un très grand nombre de Spider-Men alternatifs, sans pour autant parvenir à bâtir un récit transcendant. À part un gros catalogue de costumes, la saga ne proposait pas grand-chose.
Par contre, le concept en soi étant loin d'être mauvais (et Marvel ayant pris l'habitude de surexploiter la moindre idée), une série centrée sur ces Tisseurs venus d'univers parallèles a été mise en chantier. Ainsi naissait Web Warriors.

En gros, le scénariste, Mike Costa, reprend le schéma des Exilés, mais en utilisant des éléments de la Spider Family au lieu des mutants, la Toile universelle au lieu du Panoptichron, et Spider-Cochon en élément humoristique à la place de Morph. Le mec ne s'est pas franchement foulé.
C'est Anya Corazon (ex Araña) qui est à la tête de l'équipe. Un choix sympathique a priori, tant le personnage a du potentiel et un passé intéressant, mais que l'auteur n'exploite nullement. Cela pourrait être n'importe qui d'autre, ça ne changerait rien. Or, lorsque l'on peut intervertir les personnages sans influer sur l'histoire, ce n'est évidemment pas bon signe, puisque cela signifie tout simplement qu'ils sont transparents.


Avant de continuer la présentation des protagonistes, revenons sur ce Spider-Man Universe #1 qui annonce fièrement une "saga complète" sur sa cover, ainsi qu'un "nouveau", histoire d'allécher le chaland. Pour ce qui est du "1", c'est simplement un relaunch qui ne correspond à rien au niveau des séries Marvel. De plus, la revue ne contient pas une saga complète mais un arc (et en réalité la fin de la série, sans son début) très fortement lié aux évènements précédents, et tout cela n'est donc absolument pas "nouveau". J'ignore si cette pratique mensongère fonctionne toujours au niveau des ventes, faut croire que oui, mais c'est quand même assez irritant de voir à quel point la malhonnêteté intellectuelle est enracinée dans l'ADN même de Panini.
Donc, nouveau lecteur, si tu es tenté, pourquoi pas, mais sache que tu n'auras pas le début de ce récit dans ce numéro qui te plongera, au contraire, en plein milieu d'une action assez complexe et déjà bien entamée.

Bon, terminons le tour d'horizon de l'équipe après ce petit interlude. L'on retrouve Billy Braddock, du Captain Britain Corps, Mayday Parker, Gwen Stacy, alias Spider-Gwen, Pavitr Prabhakar, le Spidey indien, Lady Spider (issue d'un univers steampunk), Ottavia, version féminine et héroïque d'un univers où tout est inversé, ou encore le fameux Spider-Punk (la plupart de ces personnages figurent dans notre dossier sur les costumes de Spider-Man, n'hésitez pas à y jeter un œil pour avoir un peu plus d'infos et voir à quoi ils ressemblent).


Question intrigue, c'est plus que médiocre. L'équipe fait face, très rapidement, à une épidémie de Venom en Inde, avant que le véritable arc ne débute par... un multivers dont la stabilité est menacé. C'est pas comme si on avait déjà vu ce truc au moins mille fois...
Il y a tout de même quelques scènes sympathiques. Le flashback sur la jeunesse du Spider-Man Noir (comprendre celui des années 30), Toomes et son armée de Vulture Records débarquant au concert des Spider-Slayers, et deux ou trois vannes de Spider-Cochon. C'est quand même très peu pour six épisodes. Si peu que c'est clairement en réalité insuffisant.

Pourtant, c'était l'occasion pour l'auteur, en disposant de personnages secondaires sacrifiables, d'oser des choses, de sortir du carcan marvellien habituel (un peu comme le fit Vaughan dans les premiers Runaways), mais malheureusement, rien ne sort de tout cela, si ce n'est de l'action fadasse, sans enjeux ni originalité.
L'on comprend alors que la série se soit arrêtée au bout de 11 numéros. Christian Grasse [1] cependant, dans son billet de fin et avec sa clairvoyance de bovin syphilitique, "explique" que l'annulation de cette "bonne série" est due à l'absence de "créateurs vedettes" dans l'équipe. Mais non, andouille, c'est dû au fait que c'est très mauvais et ultra-chiant à lire ! Si on met un nom connu sur du crottin de cheval, ça ne devient pas une mousse au chocolat pour autant !
Si ça c'est une "bonne série", alors putain, on n'ose pas imaginer le niveau des séries "moyennes".


Il n'y a de toute façon pas de secrets, si l'on ne fait rien des personnages, que l'on ne leur insuffle pas un peu de vie, que l'on n'introduit pas de la tension, des éléments dramatiques, de véritables relations, alors l'on se fout totalement de l'action et de ses conséquences puisque ce qui arrive touche des êtres factices, totalement désincarnés. Apparemment, ce principe pourtant basique passe largement au-dessus de Costa et de ses responsables éditoriaux.
Les dessinateurs, David Baldeon et Jay Fosgitt, s'en sortent bien mieux et proposent des planches certes classiques mais agréables. Les spécificités de certains univers sont bien rendues (l'univers cartoony de Spider-Cochon par exemple, ou l'univers "Noir"), d'autres, comme la Terre-803, censée être steampunk, ou la Terre-138 du Spider-Punk, sont moins bien développés ou identifiables.

Niveau VF, à part une grosse faute de concordance des temps et une coquille, ça passe. Pour du Panini, c'est même d'une qualité stupéfiante. Par contre, niveau travail rédactionnel, c'est toujours le néant. À part les conneries de Grasse, il n'y a rien, même pas un petit topo sur chaque perso, ce qui aurait tout de même été logique pour un "premier" numéro que l'on veut absolument caser aux novices en les bernant sur le contenu. Mais non, ils ne vont pas commencer à bosser, faut pas déconner, ils ont une réputation à maintenir.

Totalement déconseillé car non seulement le scénariste fait preuve d'une indigence rare, mais ce n'est pas du tout une "saga complète" comme l'éditeur tente de le faire croire.


[1] Christian Grasse n'existe pas, c'est un pseudo générique utilisé par Panini dans tous les pays où l'éditeur publie du Marvel (d'ailleurs, le nom s'adapte au pays, du genre Cristiano Grassi en Italie). D'où ma "liberté de ton" apparente par rapport à ce fantôme.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un peu d'humour ici ou là.
  • Défilé de Tisseurs alternatifs.

  • Aucun réel début ici pour ce qui est pourtant présenté comme un récit complet.
  • De l'action brouillonne, fade et ennuyeuse.
  • Personnages à la psychologie inexistante.
  • Intrigue déjà vue un nombre incalculable de fois.
  • Aucune exploitation d'un concept pourtant riche en possibilités et permettant a priori une approche plus audacieuse que celle admise par Marvel sur ses titres principaux.
  • Aucun travail rédactionnel. 
Schumacher, Malraux, l'Art et la Foule
Par

Voilà que les excuses deviennent une mode chez les auteurs lorsque leur œuvre n’a pas eu l’heur de plaire au grand-public. Une pratique aussi inquiétante qu’absurde sur laquelle il convient de revenir. Encore et encore.

Après le pauvre Ben Ramsey, scénariste de Dragon Ball Evolution, qui avait présenté ses excuses après avoir été menacé de mort par des « fans » ayant le QI d’une soupe à la tomate en train de refroidir, après les romanciers qui consultent des « experts » pour ne pas risquer de choquer leurs fragiles lecteurs (cf. Mendeleïv vs la Police de l'Écriture), c’est au tour de Joel Schumacher de présenter ses excuses officielles et de faire acte de repentance pour son Batman & Robin.
Précisons tout de suite un point capital : que le film soit bon ou pas (et en l’occurrence, il est vrai qu’il est plutôt naze) n’a aucune importance.

D’une part un auteur (réalisateur, romancier, scénariste, compositeur, bref, un créatif) a le droit de se tromper, de proposer des choses à contre-courant, d’expérimenter et même de faire des daubes alimentaires. Si l’on est en face d’un manque de travail flagrant ou de sérieux, la presse ou les spectateurs peuvent bien entendu exercer leur droit à la critique, c’est la règle. Mais les menaces, les insultes et le harcèlement ne font pas partie des réactions acceptables.
D’autre part, un auteur ne doit rien à personne. Il devrait s’excuser de quoi ? Auprès de qui ? Si ce qu’il fait est merdique, ça ne se vendra pas, la voilà la sanction véritable.

En prenant le risque de s’excuser, certains tombent dans un engrenage très dangereux qui laisse à penser aux plus cons déséquilibrés qu’ils sont en droit d’exiger quelque chose. On voit pourtant mal sur quels critères cette exigence pourrait se baser. L’art, bien que reposant sur des bases techniques dont on peut juger la présence et la pertinence, est également subjectif.
Cette dictature molle de la masse, encouragée par les comportements de meute issus du net et le sentiment d’impunité qu’ils procurent, n’est bien évidemment en rien légitime, mais pire, elle peut conduire à terme à une uniformisation créative, plus aucun auteur n’osant sortir des rails attendus par peur de l’ire de la plèbe.
Imaginez un monde cinématographique où chaque film serait calibré sur le cahier des charges Marvel actuel par exemple. Est-ce que l’on a vraiment envie de ne voir que des longs-métrages mièvres, prévisibles au possible, sans une once d’originalité, avec des vannes misérables qui feraient passer les pires répliques des années 80 pour le summum de l’écriture ?
Eh bien pour que ça n’arrive pas, les auteurs doivent être libres. Libres aussi de faire de la merde pour pouvoir, avec la même liberté, aller là où on ne les attend pas, innover, désarçonner, surprendre, bref, faire leur métier de Conteurs.  

Surtout, dans le cas de ce pauvre Joel Schumacher, on se demande ce qui lui a pris. Je sais bien qu’il n’est plus tout jeune, m’enfin, 20 ans après, ça sert à quoi de remettre ça sur le tapis, pour s’excuser en plus ? On assume les trucs qu’on fait, enfin !
Et, à moins d’avoir soldé ses couilles sur ebay, on ne s’excuse pas sous prétexte que des abrutis vous le demandent ! Au contraire. Tu bouscules quelqu’un dans la rue, OK, tu t’excuses. Tu fais un film qui ne plait pas, ben c’est ton droit. Tu n’as lésé personne, t’as juste fait ton job.
Je suppose que dans la meute de ceux qui ricanent le plus fort il doit y avoir des électriciens parfaits, qui n’ont jamais salopé une installation, des boulangers parfaits, qui n’ont jamais raté une baguette, des conducteurs de bus parfaits, qui n'ont jamais eu aucun accrochage avec leur véhicule, et bien entendu l'immense horde des fans parfaits qui, sous prétexte d'aimer un personnage, en viennent à vouloir le confisquer, comme si leurs attentes compulsives pouvaient faire office de copyright.

Pourquoi les réalisateurs (et les auteurs en général) devraient-ils être tenus à un résultat quelconque ? Lorsque vous allez voir un film, que vous vous rendez à un concert, que vous achetez un livre, vous faites un pari. Vous vous dites, « je pense que ce truc va me plaire ». Parfois, c’est le cas. D’autres fois, non.
Parfois, les raisons de la colère (ou de la déception) sont évidentes et scandaleuses : le chanteur est arrivé bourré sur scène, sans pouvoir articuler une parole intelligible, le réal se tapait complètement du jeu des acteurs et voulait terminer au plus vite un film de commande, Christine Angot avait encore une fois l’impression que raconter son quotidien avec vulgarité et sans aucun respect pour la langue qu’elle torture pouvait faire office de livre. Mais, tant pis, c’est leur droit. Il suffit de ne plus leur faire confiance, de ne plus aller voir leurs films, leurs concerts, de ne plus acheter leurs livres.
Aussi nul qu’il soit, un artiste n’a pas à s’excuser de tenter de faire son job.

Revenons un instant sur la suite des déclarations de Joel Schumacher (cf. cet article des Inrocks par exemple). Le réalisateur se plante de belle manière en évoquant l’évolution des films Batman. Il dit notamment que, si l’on compare les films de Nolan aux siens, l’on peut constater l’évolution des goûts du public (faux) et qu’une version « divertissante et familiale » comme la sienne n’est plus possible (faux).
Schumacher se trompe en premier lieu en croyant voir dans l’évolution des techniques narratives la simple expression du goût du public. Ce n’est pas ça du tout. Les gens ne veulent pas forcément du sombre et du réaliste, il n’y a qu’à voir le succès de certaines comédies. Simplement, on ne peut plus raconter les histoires aujourd'hui comme on le faisait dans les années 80 ou 60. Et ce n’est pas une question d’orientation ou de style (réaliste/burlesque, sombre/léger). Toutes les approches sont encore possibles, mais en tenant compte non de l’évolution du goût mais de l’évolution du monde.

Si l’on prend les premiers Spider-Man de Stan Lee, avec des origines torchées en quelques cases pour laisser place à de l’action farfelue, objectivement, dans l’absolu, ce n’est pas terrible. Mais, à l’époque, ça fonctionnait.
Si l’on prend des films ayant cartonné dans les années 80, Top Gun, Die Hard, l’on voit aujourd'hui qu’ils sont bourrés de clichés énormes, typiques de l’époque.
Toutes les œuvres ne vieillissent pas « mal », certaines sont intemporelles parce qu’elles n’empruntent que peu à leur présent. Alien par exemple, de Ridley Scott, est plus moderne que Aliens, sa suite. Pourtant, James Cameron a fait un bon film et c’est un excellent réalisateur, mais Aliens possède trop de codes « marqués » (la testostérone des Marines, le lieutenant incompétent, le salaud prévisible, les répliques « humoristiques » totalement improbables) pour être vu au premier degré 30 ans après. Étant adolescent, je considérais Aliens bien supérieur au premier opus. Aujourd’hui, je constate que c’est faux. Ce n’est pas un mauvais film, et il ne s’inscrit même pas dans le même genre que le premier, mais narrativement, il n’a pas les mêmes qualités.


La technique narrative n’a rien à voir avec le genre, le fond ou l’atmosphère de ce que l’on raconte. Enfin, si, d’une certaine manière, mais la qualité de la narration n’influe pas sur ce que l’on a décidé de mettre en scène. On peut être vieillot en étant « sombre ». Et l’on peut être moderne ou intemporel en étant « léger ». Par contre, il est vrai que certaines facilités autrefois sur-employées ne passent plus de nos jours, mais il s’agit là plus de vraisemblance que de réalisme.   
C’est assez surprenant qu’un technicien comme Schumacher ne fasse pas clairement la distinction entre tous ces domaines. À moins que ses propos aient été un peu trop résumés, voire tronqués, par la presse.

Bref, pour en revenir aux excuses, c’est assez désespérant. On vit dans un monde où n’importe qui se permet n’importe quoi sous prétexte qu’il est planqué derrière un écran. Et jamais ces gens-là, trop heureux de jouer les caïds virtuels alors qu’ils rasent les murs et baissent les yeux dans le réel, ne s’excusent.
Par contre, des auteurs bradent leur dignité et oublient tout sens commun en présentant des excuses indues, pressés par une foule dont on sait pourtant qu’elle est la mère des tyrans.
Cette foule, il ne faut jamais rien lui céder. Car l’on ne crée pas pour plaire, mais, comme l’a dit Malraux, peut-être bien pour soustraire au temps quelque chose et suggérer un monde de vérités au regard duquel toute réalité humaine n’est qu’apparence. Ah, c’est un poil lyrique et grandiloquent, j’admets, mais c’est du Malraux, niveau intérêt du fond et élégance de la forme, ça en jette quand même plus que du Matt Pokora bordel !

Ceux qui recueillent les faveurs de la foule sont comme des esclaves qui auraient des millions de maîtres.
Christian Bodin

First Look : Michel Vaillant (nouvelle saison)
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Nouvel article First Look consacré non pas à la série originelle de Michel Vaillant, mais à la seconde époque, commencée en 2012.

La première série Michel Vaillant, débutée en 1959, s'est arrêtée en 2007 en affichant pas moins de 70 albums au compteur (sans compter les hors-séries et spin-offs). Jean Graton, créateur du titre et des célèbres Vaillante, a inscrit ses personnages et cet univers automobile, très réaliste, au panthéon des légendes de la BD. C'est son fils, Philippe Graton, qui donne une nouvelle impulsion à la série il y a cinq ans, en faisant appel au scénariste belge Denis Lapière et aux dessinateurs français Marc Bourgne et Benjamin Bénéteau.
Alors que le sixième tome de cette seconde saison (intitulé Rébellion) vient de sortir en début de mois, nous vous proposons de découvrir les particularités de cette évolution pour le moins réussie.

Au Nom du Fils est un album donnant clairement le ton en s'inscrivant dans la grande saga familiale des Vaillant et non dans le seul sport automobile. Bien sûr, cet aspect a toujours été plus ou moins présent, mais il est ici central.
L'on commence d'ailleurs par une réunion de famille qui permet de faire le point sur la situation. Les Vaillante ne sont plus en F1, la marque a subi la crise économique et doit s'adapter aux évolutions de la société, notamment en allant lorgner du côté des moteurs électriques, une hérésie pour Henri, le patriarche.
En attendant son retour sur le devant de la scène F1, Michel participe au championnat des voitures de tourisme grâce à un nouveau sponsor. Mais le pilote n'a pas vraiment la tête à la compétition, obnubilé qu'il est par les problèmes de son fils...


L'aspect course pure, bien que présent, est ici réduit au strict minimum. Le lecteur rêvant d'affrontements dantesques, du genre L'honneur du Samouraï ou Steve Warson contre Michel Vaillant, en sera pour ses frais. De plus, il ne s'agit pas d'une aventure isolée, avec un début et une fin, mais bien de la mise en place d'une longue intrigue (dont les répercussions, énormes, se font encore sentir dans le dernier tome en date).
Le ton est résolument plus sombre (il deviendra même dramatique par la suite), le réalisme, qui a toujours été la marque de fabrique de la série, est encore accentué par divers aspects économiques et techniques, et trois générations de Vaillant cohabitent maintenant : Henri et son caractère bien trempé, les deux frères, Michel et Jean-Pierre, et leurs fils, dont Patrick, maintenant adolescent et tenant un rôle important dans ce tome.

L'écriture est fluide et efficace, les dessins de très bonne facture, et le nouveau "méchant", Ethan Dasz, est un digne successeur du célèbre Leader. Dans les rares réserves, l'on peut noter les courses, très esthétiques mais manquant de suspense au regard de ce que l'on a pu connaître (même si clairement le but de cette seconde saison est différent à ce niveau) mais aussi l'absence de notes de bas de page concernant certaines termes techniques (je suis loin d'être persuadé qu'un non-amateur de courses automobiles sache ce qu'est le WTCC par exemple).
Mais on ne va pas ergoter non plus, cette nouvelle saison est passionnante et a su négocier un virage serré et crucial.

Très conseillé. Et pas seulement aux lecteurs intéressés par les bagnoles.



Les autres BD de la rubrique First Look : 

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le clan Vaillant !!
  • Superbes planches.
  • Très bien documenté.
  • L'approche sombre et réaliste.
  • Le côté feuilletonnant.

  • Courses un peu bâclées.
  • Manque quelques notes explicatives pour faciliter la compréhension des non-spécialistes.
Fire Punch
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Le premier tome de la série Fire Punch sort dans deux jours, voilà qui nous donne l'occasion de vous faire découvrir cet univers (très violent !) un peu en avance.

Le manga de Tatsuki Fujimoto a été à la base publié sur internet, sur la version numérique du magazine Jump. C'est maintenant la version papier qui débarque en France, le 21 juin, chez Kazé. Deux avertissements figurent sur les premières pages de ce premier opus. Le premier indique qu'il s'agit d'une fiction n'ayant aucun rapport avec des personnages ayant existé, ce dont on se serait douté vu le récit. Le second précise qu'il s'agit d'une histoire réservée aux personnes âgées de plus de 16 ans et que le contenu peut heurter la sensibilité de certains lecteurs. Ce qui est assez vrai puisque l'auteur ne fait pas vraiment dans la dentelle.

Fire Punch se déroule dans un monde post-apocalyptique où règnent froid et famine. Nous suivons deux adolescents, Agni et sa sœur Luna, qui tentent de maintenir en vie la population de leur petit village. En effet, Agni fait partie des élus, des humains ayant développé des pouvoirs exceptionnels. Comme il peut se régénérer, sa sœur lui coupe régulièrement le bras d'un bon coup de hache afin de... nourrir les villageois.
Comme vous le voyez, ça commence fort.


Quand des hommes armés, au service du roi de Behemdorg, débarquent dans le village pour le piller, Agni s'interpose. Mais la situation dégénère rapidement lorsque les troupes du roi découvrent des traces de cannibalisme.
Le village est alors rasé par un élu générant des flammes ayant la particularité de consumer leur cible jusqu'à ce que mort s'ensuive. Agni, en plus d'assister à la mort des siens, est ainsi condamné, à cause de son propre pouvoir, à brûler pour l'éternité...

Ce premier tome installe les personnages, plante le décor et familiarise le lecteur avec ces fameux élus, aux pouvoirs particuliers (un autre peut par exemple produire de l'acier à partir de rien). L'on apprend notamment que cet hiver perpétuel est dû à une élue appelée la Sorcière de Glace.
Les scènes sont parfois très dures, que ce soit au niveau des images (corps calcinés) ou de l'aspect psychologique (un enfant forcé à boire de l'urine). Les thématiques sont toutes très borderline, outre le cannibalisme déjà évoqué, il est également question d'inceste. Tout cela génère une atmosphère lourde et éprouvante qui destine forcément la série à un public adulte.

Graphiquement, le style de Fujimoto fait des merveilles. Les visages sont expressifs, les scènes très lisibles, les décors minimalistes mais plutôt réussis. Le tout dégage une réelle émotion et ne verse pas dans le voyeurisme malgré les sujets pour le moins scabreux.
Un titre fort, bien réalisé, mélangeant survie, vengeance et fantastique.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Thématiques osées et scènes choc.
  • Dessins clairs et expressifs.
  • Des personnages attachants mais aussi de vrais salauds délicieusement haïssables. 
  • Qualité de la VF.

  • Sens de lecture inepte (cf. cet article).
UMAC's Digest #39
Par
Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture



-- INCULTE --

Le roman d'Alan Moore, Jérusalem, sortira en France cet été (le 30 août), aux éditions Inculte. Il s'agit d'un énorme pavé, à l'ambition affichée et au style disons... ben c'est du Moore quoi. Donc c'est documenté, plein de références, soutenu, dense, à la limite de l'indigeste et de la prétention, avec des phrases à rallonge (comme Proust, Moore est avare de ponctuation et pense sans doute que chaque phrase doit être une prouesse technique le mettant en valeur). Faut aimer.
Par contre, le traducteur français qui s'est attaché à cette tâche dantesque, Claro, tient une sorte de journal de bord en ligne passionnant, où l'on peut découvrir l'œuvre mais aussi le soin apporté à cette adaptation, les recherches qu'elle a nécessité, les termes à double-sens. Bref, une véritable aventure en soi, qui rend compte de toute la difficulté et de la minutie d'une traduction digne de ce nom.
#gouroubarbu 





-- PUTACLICK --

Un an déjà nous sépare de la sortie de Youtubers Life. On profite de cet anniversaire pour revenir sur cette simulation qui permet de suivre les traces d'Antoine Daniel, Norman ou EnjoyPhoenix. Le jeu consiste, évidemment, à faire des vidéos qui engrangeront visites, likes et pognon. Quelques choix basiques pour définir les caractéristiques de votre personnage et vous pourrez lancer votre chaîne virtuelle !
Les vidéos peuvent être agrémentées d'effets visuels, vous pouvez décider de faire des commentaires en chantant, etc. Le matériel dont vous disposez pourra aussi être peu à peu upgradé (micro, caméra, PC...). A priori, le thème a l'air spécial, mais l'idée, bien dans l'air du temps, est plutôt futée (le jeu a d'ailleurs très bien marché) et l'aspect gestion est assez complet (votre personnage doit aussi bosser, manger, dormir, au risque de finir ruiné ou d'apparaitre avec une gueule de déterré sur le net). 
Répétitif tout de même, mais si vous aimez les Sims et Squeezie, ça peut le faire.  
Dispo sur Steam. 
#télé2.0 





-- AUTOMATES --

Le premier tome de Syberia, adaptation BD du jeu éponyme, est sorti au mois de mai aux éditions Le Lombard. Kate Walker, une jeune avocate new-yorkaise, débarque à Valadilène, petite bourgade des alpes françaises, pour négocier le rachat d'une fabrique d'automates pour le compte d'un fabriquant de jouets. Coup dur cependant, un notaire, sur place, lui apprend qu'il existe un héritier encore en vie pouvant être considéré comme légalement propriétaire des usines Voralberg. La voilà maintenant obligée de courir après cet héritier fantôme, ce qui va l'amener à plonger dans l'Europe de l'Est et ses mystères.
Le scénario est l'œuvre de Hugo Sokal (fils de Benoit Sokal, créateur du jeu). Les superbes planches sont réalisées par Johann Blais, qui parvient à allier mystère, poésie et esthétique. La série en BD se veut être un complément du jeu mais le récit est accessible même si l'on n'a jamais joué à celui-ci.
#poupéesanglante 





-- NOUVEAU LOOK --

Le site des éditions Nestiveqnen vient de faire peau neuve et s'avère maintenant aussi pratique qu'esthétique. Rappelons que l'éditeur est spécialisé dans les littératures de l'Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction), et qu'il propose des versions numériques de ses romans à des prix vraiment attractifs (on vous conseille Le Sang des Héros, complètement au hasard). ;o)
Nestiveqnen a reçu une nouvelle récompense récemment, avec le Grand Prix de l'Imaginaire 2017, attribué à Paul Martin Gal pour le recueil de nouvelles La Cité des Lamentations.
Et dans les futurs projets de l'éditeur, signalons un ouvrage dédié à l'univers sombre et angoissant de Lovecraft (auquel Neault participera). Nous ne manquerons pas d'ailleurs de vous en reparler le moment venu.
Page facebook de Nestiveqnen.
#coupdepinceau 






-- AMNÉSIE PARTIELLE --


Nous évoquions le premier tome de la série culte XIII il y a peu, nous abordons cette fois le spin-off XIII Mystery dont le onzième opus vient de sortir. Chaque volume revient sur un personnage secondaire, avec des résultats mitigés. 
Dernièrement, ce n'était pas la folie (Martha Shoebridge, Felicity Brown, Calvin Wax) mais ce tome spécial Jonathan Fly rehausse le niveau (et l'intérêt) grâce à ses dessins, signés TaDuc, très proches de ceux de William Vance, de quoi se replonger avec délice dans l'univers de XIII. Le scénario, quant à lui, lève un peu le voile sur le père de ce bon vieux XIII. Dans les faits, on n'apprend pas grand-chose de plus que ce qui était suggéré dans la série mère, mais ça fait clairement plaisir de voir s'animer (dans notre esprit) un pan du passé à travers un prisme inédit. 
Les fans seront ravis.
#mieuxqueJasonBourne






-- GUERRIÈRE AMAZONE --


Wonder Woman de Patty Jenkins est une belle réussite malgré ses nombreux défauts : première partie ratée, effets visuels pas forcément habiles, personnages secondaires à peine esquissés, ennemis peu développés, etc. Pourtant la magie opère grâce au couple que forment Gal Gadot et Chris Pine. L'actrice israélienne est époustouflante de justesse, candeur et "badass-attitude", et le film repose en majeure partie sur ses épaules. 
Quatrième volet du DCEU (l'univers partagé de DC Comics au cinéma), Wonder Woman est un succès critique, public et commercial à peine une semaine après sa sortie. Le long-métrage se rapproche de la formule gagnante assez convenue du concurrent mais est plus séduisant, malgré un côté finalement peu féministe, dommage. Une suite a déjà été confirmée et on retrouvera l'amazone dans Justice League au cinéma le 15 novembre prochain. 
Pour une critique plus détaillée, n'hésitez pas à vous rendre sur Comics Batman, le site de Thomas.
#fun



DC Rebirth : Justice League
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Sorti il y a quelques jours, c'est sur le premier opus de Justice League, version Rebirth, que nous nous penchons aujourd'hui.

Nous vous l'avons expliqué il y a peu de temps dans un article consacré à la nouvelle ère de DC Comics, appelée Rebirth, nous sommes en face d'un relaunch classique mais porté par une idée potentiellement énorme. Du coup, l'on s'est dit que l'on allait suivre ça de près, et notamment voir ce que cette plus ou moins vraie-fausse évolution peut donner pour l'équipe la plus emblématique de l'éditeur.
Ce premier tome de Justice League, écrit par Bryan Hitch et dessiné par Hitch également, ainsi que Tony S. Daniel et Jesus Merino, contient le Justice League Rebirth #1 et les Justice League (nouvelle version) #1 à #5. Un premier arc... plus que décevant.

Quel choix étrange de donner le scénario de l'on-going phare à Hitch, certes très bon dessinateur mais beaucoup moins à l'aise avec l'écriture.
Essayons déjà de voir en gros de quoi il est question.
Le monde doit faire face à de multiples tremblements de terre mais aussi à l'attaque d'entités géantes très étranges, constituées d'être humains, qui souhaitent mettre un terme à l'humanité pour des raisons disons... pour le moins vagues. Toute la bande d'encapés essaye évidemment de les contrer. Batman, Flash, Wonder Woman, mais aussi Simon Baz et Jessica Cruz (deux Green Lantern) et le nouveau Superman (qui est en fait l'ancien, venu d'un monde parallèle, et qui prend la place du Supes de l'ère Renaissance) vont tout faire pour les mettre en échec.


Là, dans ces quelques phrases, vous avez très exactement tous les six épisodes de résumés. On démarre au milieu de l'action, par des combats, et cela se poursuit tout du long. C'est chiantissime. Mais vraiment, ennuyeux à mourir.
Les personnages ne sont pas du tout développés ou simplement caractérisés. Sans forcément une présentation "classique", quelques scènes peuvent en général en dire long sur leur passé, leur psychologie, etc. Or, ici, il n'y a rien de tout ça. Les protagonistes sont parfaitement vides et interchangeables. Autrement dit, si vous êtes un nouveau lecteur intéressé par cette soi-disant nouvelle "porte d'entrée", vous n'allez rien apprendre sur ces héros et vous n'éprouverez de l'empathie pour aucun d'eux.

Du coup, l'on se dit que le récit s'adresse alors aux fans, aux habitués. Mais même pas. Tout est convenu, prévisible, sans aucune dramatisation, aucun moment intimiste, aucun humour, rien. Le seul début de quelque chose, si l'on peut dire, au milieu de ce néant, c'est l'embryon de relation entre Batman et le nouveau Superman, le premier se méfiant du second.
Outre le fait que le côté paranoïaque de Batman n'ait rien de fondamentalement nouveau, cet aspect de l'intrigue est de toute façon minime.



Ce qui est hallucinant quand même, c'est que, autant l'on peut comprendre qu'une série s'essouffle au bout d'un certain temps, autant démarrer les premiers numéros en étant déjà en apnée, ça n'augure quand même pas grand-chose de bon (on est loin de certains épisodes de la fin de la période précédente, cf. cet article).
De ces 120 planches de BD, l'on ne retient que cette action chaotique omniprésente et sans intérêt. Impossible de se passionner pour l'intrigue, inexistante, et impossible de s'intéresser aux péripéties touchant des personnages que l'auteur ne prend pas la peine d'installer, même sur une demi-planche (mis à part un peu Superman, et encore).

Comment diable les pontes de DC Comics ont-ils pu valider ça ? Ou alors ils lisent vraiment en diagonale et savent que, de toute façon, que ce soit bon ou pas, ça se vendra. Avantage du cynisme appliqué au marché de niche. Ou alors ils sont incompétents au point de faire passer Panini pour un véritable éditeur.
Bon, sinon, graphiquement, pas de souci. C'est très joli.
Niveau VF, nickel. Edmond Tourriol encore une fois à l'œuvre, et on sait que ce n'est pas le manchot de la bande. Par contre, le petit texte introductif (qui est, je pense, une production interne) donnait des sueurs froides au départ, avec une coquille (sans importance, ça peut arriver) mais aussi une belle grosse boulette : "palier à". Alors, c'est "pallier" déjà, avec deux "l", et c'est un transitif direct, sans "à". Par exemple on ne dit pas "pour palier à ce problème" (deux fautes, la phrase ne veut rien dire) mais "il faudrait de bons correcteurs pour pallier les insuffisances des rédacteurs" (texte propre).
Enfin, globalement, pas de quoi râler, Urban propose les habituels (et pratiques pour les novices) topos sur les personnages. L'ouvrage est également complété par des variant covers, un sketchbook (un poil petit question taille) et des comparaisons entre les looks actuels des persos et leurs versions précédentes.

Un vrai sérieux dans l'adaptation, mais une couillonnade pure au niveau de l'intérêt de ce truc, écrit avec les pieds.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • De jolies planches.
  • Une bonne VF.

  • Absolument aucun intérêt (voir le détail ci-dessous).
  • Des personnages inexistants et creux.
  • De l'action non-stop mais ennuyeuse par manque de construction dramatique.
  • Ni originalité, ni réflexion, ni humour, ni émotion. Le VIDE.
  • Très mauvais début pour une série pourtant populaire, et qui fait office de vitrine pour Rebirth, puisqu'elle parvient à décevoir les novices comme les habitués.