Économie du Livre : quelques chiffres et constatations
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Nous allons aujourd'hui nous attarder sur la réalité du monde de l'édition, un secteur fort mal connu du grand public et sur lequel beaucoup de fantasmes circulent.

Pour cette petite analyse, nous allons nous appuyer sur le rapport de mars 2015 de l'Observatoire de l'Économie du Livre, disponible en ligne sur le site de la Société des Gens de Lettres. Les chiffres concernent les années 2013 et 2014, donc une période suffisamment récente pour éclairer sur l'état actuel de l'édition et ses réalités économiques.
Alors, on va essayer de pas être trop chiant, le but est d'être informatif, certains chiffres nécessitant d'être expliqués et remis dans leur contexte. On va même parler de vos... goûts. Car le top 30 des ventes est édifiant.
Mais commençons par quelques données générales.

L'on peut constater que la production est en augmentation (+ 3,7% en 2013, + 7,3% en 2014) alors que les ventes sont en baisse, que ce soit en volume (nombre d'exemplaires vendus) ou en chiffre d'affaire (grosso modo, aux alentours de - 3% en 2013).
L'édition est donc le seul (à ma connaissance) secteur économique où l'offre augmente artificiellement alors que la demande est de plus en plus faible (même si une légère reprise a pu être constatée en 2015, cf. ce document, suivie d'une stagnation en 2016, cf. cet article du Monde). Le résultat est qu'évidemment les livres se vendent peu. Très peu.

Lorsque j'avais avancé dans cet article (pour démontrer l'imbécilité de l'un des arguments de Télérama sur la SF) que la majorité des romans (en tout cas les premiers romans d'auteurs inconnus) se vendent à quelques centaines d'exemplaires seulement, j'avais eu droit à quelques réactions sceptiques. C'est pourtant la réalité, mais cette réalité est biaisée pour le grand public, principalement à cause de deux faits que l'on peut très bien constater dans ce rapport.
D'une part, le public ne connait que ce qui se vend "anormalement" beaucoup par rapport à la production globale. Les éditeurs ne communiquent évidemment que sur ce qui cartonne et les médias ne s'intéressent qu'aux énormes succès également. Cela donne déjà une fausse image de la réalité du secteur, un peu comme si vous n'aviez, dans votre entourage, que des gagnants du loto.
D'autre part, les moyennes qui sont rendues publiques n'ont aucun sens dans ce secteur, justement à cause de la présence de quelques exceptions qui les faussent.

Si l'on prend par exemple le tirage moyen, l'on constate qu'il est annoncé à 5966 exemplaires. Pas mal, pas mal du tout même. Sauf que l'immense majorité des livres ne sont pas tirés à autant d'exemplaires. Et encore moins vendus dans ces proportions. Les moyennes concernant les livres ne sont pas interprétables directement car il existe une trop grande disparité entre l'immense majorité qui se vend très peu et les best sellers qui atteignent des sommets.
Prenons un exemple simple. Admettons que sur dix livres, neuf se vendent à 500 exemplaires et un à 150 000. En faisant une moyenne, l'on obtient 15450. Cette moyenne ne correspond à rien et ne reflète pas la réalité de la majorité des auteurs qui n'auront jamais assez de leurs seuls droits d'auteur pour vivre. Dans l'exemple ci-dessus, la moyenne ne rend aucunement compte de la majorité des ventes (90% des livres se vendant 30 fois moins que ce que semble annoncer le calcul moyen).
L'Express annonce dans cet article que les ventes d'un premier roman se situent entre 500 et 800 exemplaires, c'est déjà assez optimiste (je les soupçonne de ne pas tenir compte des petites maisons d'édition). M'enfin, cela permet de constater qu'un premier roman, en moyenne, va rapporter à son auteur environ... 1000 euros. Voilà qui permet de ne pas s'enflammer quand on signe un premier contrat.

Niveau nouveautés, l'on comprend pourquoi il est si hasardeux de se lancer dans l'édition : plus de 66 000 nouveautés en 2013, plus de 68 000 en 2014. Quand on sait que les Français lisent peu (seuls 53 % des Français ont acheté au moins un livre en 2014), l'on comprend que cette immense masse de nouveautés ne peut absolument pas trouver un public. D'autant que les nouveaux romans (même s'il n'y a pas que des romans compris dans ce chiffre) ne sont pas en "concurrence" avec les seules nouveautés mais avec l'ensemble des titres disponibles (qui ne disparaissent pas d'une année sur l'autre).
Ainsi, en 2014, c'est plus de 700 000 références qui sont disponibles en France à la vente (auxquelles il convient d'ajouter l'occasion, qui a son poids aussi).

Au niveau de la répartition des livres, il est intéressant de constater que c'est encore le roman qui compose la plus grande part du total (25%), suivi de près, et à égalité, par le secteur Jeunesse (13%) et Loisirs/Vie Pratique (13%). Ce sont ensuite les Sciences Humaines (10%) et les livres scolaires (9%) qui suivent. La bande dessinée est en cinquième position en représentant 7% de la production.
La part des traductions est finalement assez faible (aux alentours de 17%), l'essentiel de la production étant donc locale.

Intéressons-nous maintenant au plus énervant (ou rigolo, suivant l'état d'esprit), les 30 livres les plus vendus en 2014, tous genres confondus. Prenez un petit Tranxene parce que je vous assure, il y a de quoi se fracasser les burnes sur une enclume !
Numéro #1 des ventes, Valérie Trierweiler, avec Merci pour ce moment. Le livre le plus vendu en 2014 n'est pas un roman, ni même une BD, c'est le truc égocentré d'une gonzesse qui déballe les histoires de coucheries de son ex !! Ah on est dans la grande littérature.
Putain, et ça s'est vendu à 603 000 exemplaires !!
C'est à désespérer du genre humain.
Et c'est pas fini.

Dans le top 10, il y a trois livres d'Erika Leonard James. Trois. Dans le top 10.
Vous ne savez pas qui c'est ? C'est l'auteur de 50 nuances de Grey et de ses suites, les fameux récits de SM gentillets pour ménagère ménopausée.
Donc, ce qui intéresse les gens, c'est de la bite, de la chatte et des nichons ?
Si encore c'était un peu ambitieux, avec du fond, un vrai propos, mais bordel, c'est le niveau zéro de l'écriture ! Mon chat a plus d'idées et de style, et pourtant il ne pense qu'à bouffer et dormir.

Alors, ensuite, il y a quand même deux fois Gilles Legardinier. Je vais être franc, je n'ai pas lu les deux romans qui sont classés, mais j'avais fait une tentative avec Et demain tout change, dont j'ai, chose très rare, abandonné la lecture en route tellement c'était mauvais. Une litanie de lieux communs, de facilités, de bons sentiments débiles et de personnages creux, un truc écrit avec les pieds, sans l'once du début d'un style ou d'une idée quelconque. Donc à moins que je sois tombé sur un roman écrit sous LSD en deux jours, je suppose que le reste de sa production est du même acabit.

Une bonne BD tout de même dans le lot.
L'on retrouve aussi plusieurs Levy et Musso. Je sais qu'il est de bon ton de les critiquer (et il est vrai qu'ils ne sont pas parfaits, cf. cet article), mais je vous assure que comparés à Legardinier, les deux-là c'est Shakespeare et Hugo hein.

Bon, on trouve aussi des machins sociétaux ou des recueils humoristiques, comme les deux volumes de La Femme Parfaite est une Connasse ou Voyage en Absurdie. Pas de quoi casser trois pattes à un connard (non, il n'y a pas de coquille dans cette phrase). L'on a aussi des livres pour ados, du style Nos Étoiles contraires.
Niveau BD, l'on peut noter la présence de trois albums : le Chat de Geluck, un Joe Bar Team et un Blake et Mortimer.
Dans les auteurs très connus, l'on peut citer D'Ormesson, avec un "roman sur rien", ou une sorte de longue divagation sentencieuse, et Zemmour, avec un essai intelligent et bien écrit, mais toujours pas de roman de genre dans tout ça !
C'est un peu Harlan Coben qui sauve les apparences, avec Ne t'éloigne pas.
Pour le reste, j'avoue ne pas connaître suffisamment pour émettre un avis. Mais tout de même, ce n'est pas folichon.

Ne vous méprenez pas, bien entendu que chacun a le droit de lire ce qu'il veut, même des conneries, même Voici si ça lui chante. Mais... sur plus de 60 000 nouveautés, c'est ça le top 30 ? Ce sont ces trucs-là qui dépassent les 200, 300, 500, 600 000 exemplaires ?
On peut se consoler en se disant qu'il y a le Goncourt dans le lot (Pas Pleurer, de Lydie Salvayre, qui a succédé à l'excellent Au-revoir là-haut de Pierre Lemaitre), mais c'est aussi une forme de conformisme regrettable, puisque c'est "ce qu'il faut lire".
Bref, les gens ont des goûts étranges, voire des goûts de chiottes (pas les chiottes propres, avec le carrelage qui brille et un doux parfum de désodorisant fruité, des chiottes bien crades, avec des coulures maronnasses sur les murs et des morceaux qui flottent dans la cuvette), mais ce n'est ni nouveau ni surprenant. Juste triste.


First Look : Wunderwaffen
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Guerre uchronique et avions de légende sont au cœur de ce First Look consacré à l'album ouvrant la série Wunderwaffen.

Le premier tome de Wunderwaffen, intitulé Le Pilote du Diable, sort en 2012 chez Soleil. Le scénario est écrit par Richard D. Nolane (auteur également de Space Reich dans un genre similaire), les dessins sont de Maza.
Tout commence en août 1946, alors que les alliés ont connu plusieurs revers, dont l'échec du débarquement en Normandie le 6 juin 1944. Les scientifiques et ingénieurs du Reich ont mis au point de nouvelles armes dont le niveau technologique leur donne une supériorité tactique évidente.
C'est dans ce cadre qu'évolue le capitaine Walter Murnau, pilote chevronné aux commandes d'un Lippisch P13a. Mais dans l'Allemagne nazie, remporter des combats aériens ne suffit pas toujours pour rester à l'abri des foudres d'un Führer plus paranoïaque que jamais après un attentat lui ayant coûté un bras.

C'est en premier lieu l'aspect visuel, superbe, qui frappe le lecteur. Les avions sont magnifiquement représentés, les décors sont très beaux, les personnages historiques parfaitement reconnaissables. Si le novice pourra prendre au départ les avions à réaction présentés dans ces planches pour de pures inventions, les amateurs reconnaîtront sans problèmes les engins dessinés ici. Le niveau de documentation, indispensable pour ce genre de récit, est donc bon.


Niveau intrigue, nous sommes dans du géostratégique, c'est le destin de plusieurs nations qui se joue ici, ce qui relègue les protagonistes dans un rôle parfois minimaliste. Ainsi, Murnau, le personnage principal, n'est défini que par le fait qu'il est un excellent pilote et qu'il ne porte pas Hitler dans son cœur. Un peu léger. Tous les autres personnages secondaires "non historiques" sont complètement lisses. Dommage, un peu de chaleur humaine aurait permis d'atteindre un niveau supplémentaire de dramatisation.

Certains éléments sont néanmoins parfois un peu légers question vraisemblance. Les échanges radio par exemple ne respectent pas la phraséologie ni même une vague approximation ("on arrive" comme seul échange avec la tour lors d'une approche, c'est quand même un peu light). Au niveau du réalisme de vol, là aussi une scène un peu mal foutue où un bimoteur Focke-Wulf 189 semble plonger vers le sol parce qu'il perd un moteur. Il faut savoir que même si les deux venaient à s'arrêter au même moment, l'avion continuerait de planer si le pilote le laisse descendre légèrement [1]. Le fait d'atterrir sans moteur fait d'ailleurs partie de la formation initiale d'un pilote.

Dans le domaine stratégique, si l'on comprend fort bien que l'échec du débarquement ait pu porter un sérieux coup d'arrêt aux prétentions des alliés, l'on voit mal comment la simple mort de Joukov (et d'une partie de son état-major) pourrait justifier l'effondrement du rouleau-compresseur soviétique et le rétablissement allemand à l'Est.
Cette petite insuffisance explicative mise de côté, le récit, basé sur de nombreux éléments réels, parvient à convaincre. L'on retrouve bien sûr des noms très connus (Himmler, Churchill, De Gaulle, Goebbels...) mais aussi les fameuses armes miracles développées par les Allemands (qu'elles aient été réellement utilisées au combat ou qu'elles soient restées à l'état de prototype).


Il faut dire que les progrès stupéfiants de l'Allemagne dans tous les domaines techniques sont encore aujourd'hui une source d'émerveillement tant les technologies pouvaient passer pour de la pure science-fiction pour l'époque. Premier chasseur à réaction, premier bombardier à réaction, premier hélicoptère, premier fusil d'assaut, premier équipement de visée nocturne à infrarouge, sans compter des études sur les premiers appareils à décollage vertical, ces engins tenaient effectivement du "merveilleux" (= wunder).
Quelques pages en fin d'ouvrage reviennent d'ailleurs sur ces appareils parfois si exotiques (le Messerschmitt Me 163, un enfer à faire atterrir, le Lippisch à ailes delta, à l'aspect si futuriste encore aujourd'hui, l'aile volante Horten Ho-229, l'Arado ar 234...). Ce supplément évoque également l'enjeu majeur que représentait le vol de technologie après la défaite allemande (l'opération américaine Paperclip exfiltre des centaines de scientifiques, dont Wernher von Braun, qui sera l'artisan principal du programme spatial US) mais aussi les légendes et thèses complotistes qui fleurirent après la guerre (avec un extrait, relativement bien vu, du magazine français Top Secret, un torchon publiant un ramassis de conneries, allant des théories de la Terre plate à la mise en doute de l'existence des missions lunaires ou même des satellites).

Si la série en est déjà à son onzième tome (sorti le mois dernier), il faut également reconnaître que les auteurs ont tendance à diluer énormément une histoire qui aurait gagné à être plus dense. Notons également que des éléments plus SF/fantastique donnent à la suite une atmosphère quelque peu différente (qui peut aussi s'expliquer néanmoins par les recherches occultes de Himmler).
Un contexte historique passionnant, des engins volants fascinants, de superbes planches et un côté ésotérique et mystérieux parviennent à rendre ce titre addictif et agréable malgré quelques petits défauts et un souci de rythme sur la longueur.

Vivement conseillé aux passionnés d'aviation, d'Histoire et d'uchronie.



[1] Le rapport entre la hauteur de l'appareil et la distance qu'il peut parcourir après une panne moteur totale s'appelle la finesse. Contrairement à ce que l'on pourrait instinctivement penser, la plupart des gros avions de transport civils possèdent une très bonne finesse.



Les autres BD de la rubrique First Look : 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une uchronie partant sur de très bonnes bases.
  • Un background particulièrement riche.
  • Des avions mythiques, parfaitement représentés.
  • Le côté informatif (et très intéressant pour le non-spécialiste) des bonus.

  • Des personnages peu développés.
  • Une intrigue un peu trop diluée sur la longueur de la saga (toujours en cours).
  • Quelques approximations techniques et stratégiques. 
UMAC's Digest #40
Par
Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture



-- LES VAMPIRES ATTAQUENT LA NUIT --

Le tome 7 de l'intégrale Tanguy et Laverdure vient de sortir chez Dargaud. Dans les deux albums regroupés ici, Les Vampires attaquent la Nuit et La Terreur vient du Ciel, les célèbres pilotes sont confrontés à un personnage mystérieux, le Vampire, qui menace de larguer des bombes nucléaires sur le sol français.
Le tout est blindé de bonus (certains très intéressants sur les relations entre les rédactions de diverses publications de l'époque) mais, surtout, contient la première partie du roman L'Avion qui tuait ses Pilotes, écrit par Jean-Michel Charlier, publié en 1971 dans la fameuse Bibliothèque Verte et difficilement trouvable d'occasion de nos jours. Un peu dommage de scinder le récit en deux parties, m'enfin, l'idée de le joindre à cette intégrale est excellente.
Un bel ouvrage, passionnant et bénéficiant des dessins de Jijé.
#thrilleraérien 




-- MIGRATION --

Les abonnés Freebox n'auront pas pu profiter longtemps des nouvelles chaînes gratuites apparues après l'accord avec Canal. En effet, cinq d'entre elles sont maintenant des exclusivités SFR. Les deux chaînes Discovery et E! sont déjà inaccessibles, 13e Rue et surtout Syfy suivront en septembre.
C'est évidemment SyFy qui laissera un grand vide, car la chaîne spécialisée dans la science-fiction et le fantastique n'a pas d'égale à l'heure actuelle et ne sera pas remplacée. 13e Rue, qui diffusait principalement des conneries déjà vues mille fois (Femmes de Loi, Candice Renoir, RIS, New York District...) sera par contre remplacée par Polar+.
Bah, oui, ce serait dommage de se passer des vieilles séries policières, c'est pas comme si TOUTES les chaînes en diffusaient déjà !
#byebyeSyFy 


-- ERREUR DE CASTING ? --

Le mois prochain doit sortir le premier film tiré de la saga La Tour Sombre, de Stephen King (dont on vous a déjà dit beaucoup de bien, cf. La descente, Ce qu'il faut lire avant ou encore l'Étape finale).
Problème, Roland est interprété par... Idris Elba.
À la base, Stephen King a toujours dit que Roland était largement inspiré, physiquement, par Clint Eastwood (ça tombait bien, son fils lui ressemble comme deux cartouches issues du même barillet). Aujourd'hui, l'auteur prétend que ça n'a pas d'importance. Heu... par rapport au récit, c'est quand même crucial.
Changer la couleur de Roland modifie par effet ricochet un grand nombre de personnages mais surtout cela empêche la plupart des scènes, très importantes, l'opposant à Susannah/Odetta, qui est l'un des protagonistes centraux de la saga. 
Avec un casting qui parvient dès le départ à rendre l'adaptation du récit hasardeuse et bancale, voilà un film qui part très mal.    
#pasrassuré



-- DANS LA GUEULE DU LOUP --

Le Lombard a publié le mois dernier le premier tome de la série Jack Wolfgang, une BD aux personnages anthropomorphes et au pitch très intéressant.
Les animaux ont évolué depuis le moyen âge. Peu à peu, certains ont appris à parler, à marcher sur leurs pattes arrière et ont été intégrés à la société.
Le scénariste, Stephen Desberg, met en scène un loup critique gastronomique qui est en fait un redoutable agent de la CIA. Les dessins d'Henri Reculé sont magnifiques et donnent aux planches une ambiance feutrée qui convient parfaitement à cette histoire située entre Blacksad et James Bond.
À tester.
64 pages, 13,99 €
#bestiolesfutées



-- MYTHES & PÉCHÉS --

Le mois prochain, le 18 août précisément, sort l'intégrale de Pandora Box chez Dupuis.
Les huit albums, scénarisés par Alcante, explorent la thématique des sept péchés capitaux en leur associant une technologie moderne et un mythe grec. Les dessins de chaque tome sont réalisés par un artiste différent.
Le coffret, disponible au prix de 48 euros, permettra de réaliser une belle économie et de découvrir une série mélangeant fantastique, SF et aventure.
Notons qu'une intégrale en deux tomes était déjà sortie en 2009.
#boîteàproblèmes



-- FINE ÉQUIPE --

DC Comics et Dynamite Entertainment viennent d'annoncer un deuxième crossover réunissant The Shadow et Batman.
Le premier opus de la mini-série en six épisodes sortira en octobre de cette année.
L'écriture a été confiée à Steve Orlando, les dessins seront l'œuvre de Giovanni Timpano. On nous annonce une menace ancienne, maléfique et terrifiante à laquelle les deux justiciers seront opposés.
Sur le papier, le duo est sexy, reste à voir ce que donnera le récit (on sait d'expérience que l'écriture des crossovers n'est pas toujours très soignée, c'est le moins que l'on puisse dire).   
#team-up


Sur les traces de Lovecraft
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Les éditions Nestiveqnen ont lancé l'année dernière un appel à textes concernant le si passionnant univers de Lovecraft.

J'ai la joie de faire partie des 11 auteurs sélectionnés pour ce recueil de nouvelles dont la parution est prévue en novembre, mais si je vous parle aussi tôt de cet ouvrage sur UMAC, c'est parce que Nestiveqnen vient de lancer une campagne de financement participatif sur Ulule.

Alors, attention, la campagne ne vise pas à financer la publication du recueil, qui sera de toute façon publié.
Par contre, si elle atteint ses objectifs, elle permettra deux choses :

- ajouter, pour chaque nouvelle, une illustration originale (de Sébastien Ecosse, cf. son site)
- mettre en chantier un tome 2 de l'anthologie (en effet, l'éditeur a reçu énormément de textes de grande qualité, suffisamment pour envisager deux ouvrages si les moyens financiers et l'intérêt des lecteurs suivent)

Bien entendu, comme le veut l'usage, les contributeurs obtiendront quelques bonus à débloquer.

Pour le recueil en lui-même, j'aurai l'occasion de vous en reparler lors de sa sortie. ;o)



Résolution #22 : Pouvoirs au Quotidien (feat. Orelsan & Gringe)
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— Comment ça serait cool en vrai d’avoir les griffes de Wolverine…
— Pour quand tu te bats ?
— Non, pour manger les tomates-cerises pendant l’apéro.
— Ah ouais, pas con. Mais à ce moment-là, un anneau de Green Lantern c’est encore mieux, tu peux tout chopper à distance.
— Non, ce serait trop. On finirait par plus jamais se lever du canapé.
— La plupart du temps, on se lève que pour prendre des trucs dans le frigo de toute façon. Donc si on peut le faire d’ici, ça sert plus à rien de se lever.
— Et pour nos besoins ?
— Sexuels tu veux dire ?
— Non, pas sexuels, les besoins naturels quoi.
— Avec l’anneau, tu crées un pot de chambre en lumière solide.
— On va pas hiech où on mange, c'est crade quand même.
— Alors je ne vois qu'une solution... il faudra se lever pour aller aux toilettes.
— Tain, c'est comme dans les comics, les super-pouvoirs ça règle jamais les vrais problèmes de fond.

Résolution #22 – trouver des applications quotidiennes pratiques aux super-pouvoirs : failed 
Grave
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Sang, viande crue et ambiance malsaine sont au cœur de Grave.

Après Seuls, on continue sur les films français qui sortent des sentiers battus avec Grave, film d'épouvante qui sort en DVD à la fin du mois.
Dans ce premier long métrage, la réalisatrice Julia Ducournau nous plonge dans une école vétérinaire où l'on suit l'arrivée de Justine, interprétée par l'excellente Garance Marillier. La jeune fille retrouve sa grande sœur, qui est en deuxième année, et doit passer par la traditionnelle période de bizutage. Lors de ce dernier, Justine est amené à manger de la viande crue, chose totalement nouvelle pour la végétarienne et qui déclenche en elle une suite de pulsions de plus en plus étranges et violentes.

Bien que le terme "épouvante" soit utilisé dans l'introduction de cet article, ce film (dont Thomas vous avait déjà parlé dans ce Digest) est suffisamment atypique et formel pour aller flirter du côté des films d'auteur ou du drame métaphorique sur la sexualité ou l'héritage familial.
Évacuons tout de suite la question de la réputation de Grave. Selon le responsable marketing du film au Canada, des spectateurs se seraient évanouis lors de la projection au festival de Toronto. Aux États-Unis, certains cinémas auraient même distribué des sacs à vomi aux spectateurs...
Très clairement, cela semble être exagéré dans un but promotionnel. Le film est assez glauque, gore parfois, l'atmosphère peut être très malsaine, mais de là à s'évanouir, n'exagérons pas, ça reste une fiction. Même les nausées semblent bien exagérées, à moins d'être très sensible ou d'avoir la mauvaise idée de se goinfrer pendant la séance.

L'intrigue est assez minimaliste, le scénario se concentrant surtout sur l'ambiance. Ainsi, l'école vétérinaire, bien que constituant un cadre idéal, ou le bizutage (finalement pas si violent) n'ont qu'une importance très relative dans ce qui arrive aux deux sœurs.
Certaines scènes (celle du "doigt" en particulier) sont à la fois dégoûtantes, stupéfiantes et... presque drôles d'une certaine manière. Les comédiennes sont excellentes, Ella Rumpf, qui joue le rôle d'Alexia, étant tout aussi douée que l'actrice principale.


Grave se veut clairement dérangeant et transgressif, quitte à faire quelques concessions au niveau de la vraisemblance (le baiser/morsure  - lors du mélange de peintures - semble ne pas avoir de conséquences judiciaires ou disciplinaires, pourquoi ?).
Le récit, bien que musclé et spectaculaire, a toutefois un véritable côté féminin, très sensuel, charnel, avec (de loin !) un petit goût d'Anne Rice dans le traitement des personnages masculins (enfin, Rice avec des idées et sous ecstasy, disons).
La conclusion est un peu prévisible mais pas inefficace pour autant.

Reste que tout cela est loin d'être parfait. Le scénario est très faible (bien que le "vide" soit rattrapé par l'ambiance), certaines scènes sont incompréhensibles (le plan des pattes du cheval qui galope... ça dure un moment en plus, ou encore la scène avec le routier), et le côté intello est très surfait.
Ce qui a dû plaire autant aux journalistes (Télérama, les Inrocks, Les Cahiers du Cinéma, Charlie Hebdo, le Figaro, GQ, le Parisien, le Nouvel Obs, Mad Movies, tout le monde a encensé le film, du presque jamais vu), c'est cette alliance de vacuité et de provocation. Seulement, il ne faut pas confondre gratuité (ou mystère) et profondeur.
Une nana qui lèche un globe oculaire (ça doit être pour ça les sacs à vomi) ou un chien à deux doigts de pratiquer un cunnilingus, c'est peut-être très "ââârtistique" dans le milieu branchouille parisien, mais ça reste inutile dans le contexte.

Au final, bien que le film soit bien interprété, bien filmé et original, avec une atmosphère très malsaine parfaitement construite, un travail intéressant au niveau de la photographie et des lumières, l'on en vient à déconseiller l'achat du DVD pour la simple raison que tout cela ne repose sur rien. Les effets sont importants dans un film, mais ils sont supposés servir une histoire qui est ici absente ou si embryonnaire et secondaire qu'elle fait passer Grave pour un film expérimental de fin d'études, avec tous les défauts que cela comporte.
Dommage, car avec l'aide d'un scénariste digne de ce nom, Ducournau (clairement douée) aurait pu signer un chef-d'œuvre au lieu de cette étrange chose, aussi (volontairement) crade que (peut-être involontairement) snobinarde.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Certaines scènes choc.
  • Les actrices principales, parfaites.
  • Une ambiance malsaine et inquiétante.
  • Une réalisation nerveuse et efficace.

  • Un scénario bien trop creux.
  • Un côté métaphorique un peu prétentieux et pas totalement abouti.
  • Certaines scènes inutiles.
  • Un cadre inhabituel finalement très peu utilisé.
  • Une fin téléphonée dont certains éléments sont en plus invraisemblables.
Seuls
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Nous nous penchons aujourd'hui sur Seuls, film sorti en DVD le mois dernier.

Seuls est un film français, réalisé par David Moreau et librement adapté de la bande dessinée éponyme de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti.
L'on suit un petit groupe d'enfants et adolescents qui se sont retrouvés subitement seuls dans une ville (imaginaire) désertée de tous ses habitants. Menée par Leila, la bande va tenter de percer le mystère qui entoure cette disparition massive subite. Mais très rapidement, une menace va se dévoiler...

Il y a énormément à dire sur ce film atypique. Déjà, même si l'on a parfois de bonnes surprises au niveau des films de genre, il est vrai que c'est plutôt inhabituel dans un pays qui produit surtout des comédies franchouillardes à l'humour incertain, des films "d'auteur" dépressifs et chiants, et quelques polars.
Seuls mélange en fait différents genres (SF, épouvante, fantastique...) mais aussi scènes inspirées et passages complètement ratés. Nous allons essayer de voir tout cela sans spoiler.

L'exposition du personnage principal, Leila, est très réussie. Non seulement l'on constate que l'héroïne souffre et se prend quelques injustices dans la tronche (effet d'identification, cf. cet article), mais l'on comprend vite qu'il s'agit d'un personnage fort en la voyant réagir d'une manière musclée.
Les plans sur la ville déserte sont également efficaces et impressionnants, les décors sont variés, l'impression d'abandon constant.
Le rôle de Dodji (plutôt bien interprété par un Stéphane Bak que l'on reconnait à peine), un peu caricatural au début, s'étoffe par la suite. Les autres personnages, contrairement à la BD qui les traitait apparemment sur un pied d'égalité, sont moins développés, mais il est normal de devoir faire des choix pour caser l'essentiel en 1h30.


Toujours dans les points positifs, l'on peut évoquer un humour bienvenu (souvent apporté par Yvan), de l'émotion qui ne fait pas trop dans le larmoyant, et un suspense assez bien construit.
Malheureusement, il existe aussi de gros points négatifs qui rendent le récit parfois bancal, parfois presque ridicule. Ces points sont plus ou moins importants, mais certains ont vraiment du mal à passer.
Passons en revue quelques exemples.

À un moment, Leila et Dodji veulent absolument se refiler un flingue alors qu'ils doivent se séparer. C'est genre "prends-le", "non, prends-le toi", "non, tu le prends ou bien je viens avec toi", etc.
C'est assez convenu comme scène, mais on en comprend le sens. Cela montre, sans vraiment le dire, l'attachement qu'éprouvent Leila et Dodji l'un pour l'autre. OK. Sauf que, dans la scène suivante, alors que Dodji s'est enfin barré avec le flingue, Leila se précipite dans leur véhicule et en ressort avec... un fusil à pompe. C'est débile ! La scène précédente ne fonctionne que s'il n'y a qu'une seule arme, si le groupe en a plusieurs, il n'y a pas de raison que celui qui va au devant du danger refuse d'en prendre une. C'est complètement con, la scène du fusil flingue (c'est le cas de le dire) toute la scène précédente !

Autre exemple, plus anecdotique. À un moment, Leila doit soigner un personnage et elle lui sort "ne t'inquiète pas, mon père est médecin". Heu... ce qu'elle doit soigner, c'est une blessure grave au torse, par arme blanche. Et Leila est une lycéenne de 16 ans. En quoi le boulot de son père peut faire d'elle une spécialiste en blessures de guerre ? Et si son père était astronaute, elle saurait piloter des navettes spatiales ? Si encore son père avait un boulot qui explique le fait qu'elle puisse l'aider de temps en temps (par exemple, son père est agriculteur, donc elle sait conduire un tracteur, oui, ça, ça marche). Mais son père ne l'invite quand même pas à assister à des opérations !
En fait, la réplique est si stupide que l'on s'attend à une réponse humoristique de l'un des personnages. Mais non, c'est du premier degré.


D'ailleurs, Leila sait tout faire. Comme elle fait du kart, elle pilote du coup une voiture sportive, un véhicule blindé et même un bus. Dommage qu'ils n'aient pas eu besoin de piloter un avion, son oncle est steward.
Le comportement de Terry est également assez étrange vis-à-vis du "maître des couteaux". On ne sait pas pourquoi il veut à ce point lui sauver la vie ou lui épargner un interrogatoire musclé alors que l'un des leurs est en danger. Toujours pour rester sur le mec aux couteaux, le réalisateur ose nous refaire ce truc éculé des films d'horreur, avec le tueur qui avance lentement quand il poursuit sa victime (alors qu'il peut courir) et qui disparait comme par enchantement quand une autre personne arrive...

Pour l'instant, ce sont de petits détails énervants, mais l'essentiel de ce qui coince reste à venir.
Tout d'abord le méchant, qui est méchant... parce qu'il est méchant. On ne sait rien de ses motivations, il n'y a pas d'enjeu, le type n'a même pas de personnalité. Dommage que l'opposition aux héros soit si plate et fadasse.
D'ailleurs, ce n'est peut-être qu'une impression, mais il y a un drôle de message qui ressort du film. Un truc un peu nauséabond. Que le méchant qui est raciste au dernier degré soit une caricature de Blanc, très blanc et très blond, ça passe. Que les personnages secondaires Blancs ne soit pas énormément mis en valeur (un lâche, un gamin qui veut casser des banques et prend Dodji comme modèle, un handicapé mental, une fillette dont la seule utilité est de se faire enlever), passe encore. Pourquoi pas, rien à redire jusqu'ici, ça change après tout. Mais une scène importante donne un relief très malsain à tout cela. Alors que le méchant est entouré de dizaines, voire de centaines de personnages, l'on se rend compte qu'il n'y a pas un seul Asiatique, Arabe ou Noir parmi eux.
Or, si tous les figurants de cette scène sont Blancs, c'est donc volontaire. Si c'est volontaire, c'est que ça a du sens, une signification particulière. Qui serait quoi ? Les Blancs sont tous des salauds ?


C'est peut-être pousser le sens de la scène un peu loin, mais elle est pourtant bien construite dans un but précis, on ne caste pas uniquement des dizaines de figurants Blancs (habillés en blanc d'ailleurs) par hasard. Et on n'est pas dans une réunion du KKK, à ce moment précis du film, rien n'explique pourquoi il n'y aurait qu'une seule ethnie en train d'acclamer le méchant.
D'ailleurs, si cela avait été l'inverse, je ne pense pas que le film aurait pu échapper à une énorme polémique. Probablement qu'il n'aurait même pas pu être monté.

Enfin, il faut évoquer aussi le twist final, d'une facilité assez déconcertante. Facilité sur deux points au moins. D'une part, c'est loin d'être nouveau (un film, déjà ancien, va obligatoirement vous venir en tête lorsque vous prendrez connaissance des faits), et d'autre part, rien dans la construction de l'histoire ne permet de préparer ce dénouement.
En fait, lors de la scène explicative, l'on nous fait croire que d'énormes indices étaient décelables dans une autre scène. Sauf qu'en revisionnant la fameuse scène, l'on constate que ces "indices" sont cachés par quelque chose, qu'ils n'apparaissent que quelques secondes dans un coin, et que l'attention du spectateur est toujours détournée sur un autre élément. Un peu comme ces faux whodunit, ces intrigues policières où l'auteur vous donne l'impression que vous pouviez résoudre l'énigme alors qu'en réalité, il ne vous en a jamais laissé le loisir et que les indices ne prennent de sens qu'une fois le dénouement arrivé.

L'impression globale est mitigée. Ce n'est pas un film désagréable, la fin (qui apporte une réponse mais débouche sur une autre énigme) donne envie de connaître la suite, les acteurs s'en sortent pas mal, les décors sont sympa, mais il reste aussi un grand nombre de scènes mal écrites (sans parler d'une longue scène stroboscopique insupportable, si vous êtes épileptique et que vous ne le saviez pas, vous allez être fixé), des incohérences et des clichés énormes.
Alors, peut-être que certains seront tentés de dire que le twist final permet au moins d'expliquer les incohérences. Non, ça ne marche pas comme ça. Ce genre de révélation est censée ajouter un nouveau sens à des scènes qui fonctionnaient déjà très bien à la première vision. Le twist est censé enrichir, pas colmater.

Globalement, on va conseiller l'achat, parce que ça reste sympa, mais quel dommage que les faiblesses du scénario n'aient pas été corrigées.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Original pour un film français.
  • Exposition de Leila très réussie.
  • Impression de ville fantôme bien rendue.
  • Un mélange humour/action/émotion plutôt bien dosé.

  • Quelques scènes ou dialogues absurdes.
  • Un retournement mal amené et peu satisfaisant.
  • Un ennemi totalement creux.
  • Peut-être involontaire, mais un vrai relent raciste dans le traitement des personnages.
Danny et la fin du Monde
Par
Changement climatique et bestioles féroces sont au menu du jour avec Danny et la fin du Monde.
(spoilers inside)

Dannys Dommedag, en VO, est un film danois sorti en 2014 et qui est actuellement multi-rediffusé sur SyFy. Le pitch de départ était plutôt tentant : deux frères qui ne s'entendent pas du tout doivent faire face à une invasion de redoutables prédateurs carnivores. Les frangins vont devoir improviser et apprendre à compter l'un sur l'autre.
Et le début est d'ailleurs assez sympa, avec une ambiance très travaillée. L'action se déroule dans une banlieue résidentielle de Copenhague, sous une chaleur moite et accablante. De petits détails font monter la tension peu à peu (problèmes électriques, les chiens qui hurlent sans cesse, le comportement étrange du père...).

C'est malheureusement quand les choses sérieuses commencent que le long-métrage se transforme en pétard mouillé.
Le problème principal vient du fait que toutes les scènes, mais absolument toutes, sont ultra-prévisibles. L'écriture et si convenue, si téléphonée, que l'on parvient à deviner les dénouements de toutes les situations, les réactions de tous les personnages ou quel rôle ils vont jouer : le type à la hache et son comportement bizarre, la brute du bahut qui se dégonfle, la love story contrariée avec la jolie blonde, la scène avec la mère à la fin... rien ne surprend jamais. Pour un film SF/épouvante censé tenir en haleine, c'est franchement handicapant.

Ce n'est pas tout. Les créatures elles-mêmes sont ridicules. Pourtant, le réalisateur parvient pendant une grande partie du film à entretenir le suspense et camoufler le côté cheap des effets spéciaux en suggérant la présence des bestioles plutôt qu'en les montrant. L'on voit des ombres fugaces, une patte, une queue, et l'effet produit n'est pas si mal. Par contre, quand l'on voit le machin en entier, avec sa tête de poiscaille et sa collerette rouge, difficile de ne pas en rire.


Toujours dans les défauts, l'on peut déplorer quelques facilités (les personnages tombent toujours, par hasard, sur ce qu'ils ont besoin de trouver) et même un problème de fond assez étrange concernant cette fameuse fin du monde qui est présente dans le titre et évoquée par Danny lui-même.
En fait, il n'est pas très logique qu'il en vienne à faire un constat aussi extrême, aussi rapidement. D'accord il y a une invasion de saloperies qui bouffent les gens, mais ça vient juste d'arriver, les infrastructures ne sont pas détruites, il y a encore l'armée, la police, on ne connaît rien de la résistance des créatures... donc, non, ça n'a rien d'une fin du monde (ce qui sera confirmé par la facilité avec laquelle l'armée, justement, mettra un terme à la menace).

Les personnages sont tous caricaturaux ou ternes. La fameuse brute évoquée plus haut ne représente finalement pas une réelle menace, Rie n'est attirée par Danny que parce que c'est écrit dans le scénario, même le conflit entre les deux frères n'est finalement pas si bien exploité que ça (et se résout d'une manière bisounours là encore parfaitement prévisible et mièvre).
Rajoutons également un doublage médiocre et une traduction parfois peu pertinente ("on est fait comme des rats", dans la bouche d'adolescents actuels, c'est une expression qui passe difficilement, surtout au premier degré), et l'on se retrouve avec un joli gâchis.
Dommage, parce qu'avec une telle situation de départ, et même sans un budget énorme, il y avait moyen de bâtir une histoire plus solide et dérangeante.

À voir au moins une fois, car l'on ne peut pas dire que l'on s'ennuie, mais trop de défauts structurels empêcheront ce film de rester dans les mémoires.  



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une atmosphère étrange et tendue plutôt réussie au début.

  • Scènes parfaitement prévisibles.
  • Personnages peu développés.
  • Quelques facilités et incohérences.
  • Des créatures ridicules.
  • Un doublage ne facilitant pas du tout l'immersion.
Comics : vers un effondrement qualitatif total ?
Par

Depuis quelques années maintenant les comics sont de plus en plus souvent source de déception, voilà venu le temps de faire un petit point sur la situation.

Comme elle semble loin l'époque où, chaque mois, voire chaque semaine, UMAC chroniquait la sortie de nombreux comics de qualité, pour certains devenus mythiques. Un grand nombre de séries exceptionnelles sont aujourd'hui terminées depuis longtemps (Fables, Bone, Preacher, The Boys, Top10...), quant aux titres mainstream de Marvel et DC Comics, ils s'embourbent dans un surplace narratif aussi dangereux qu'ennuyeux.
Il existe, comme nous le verrons, des exceptions bien entendu, mais globalement, le réel "âge d'or" des comics, marqué par une production d'une qualité et d'une diversité ahurissantes, semble derrière nous.
Voyons cela plus en détail.

En 2005, quand Marvel lance la mode des events [1] avec House of M, l'éditeur réussit un coup de maître. L'histoire est parfaitement écrite, elle impacte le marvelverse sur le long terme et donne lieu à des séries dérivées à la profondeur et au potentiel dramatique enthousiasmants (Generation M par exemple, magnifiquement écrit par Jenkins). Peu de temps après, avec Civil War (cf. cet article pour la version DVD), la Maison des Idées atteint des sommets. Le concept de départ est d'une grande richesse, absolument pas manichéen, il génère d'ailleurs une véritable réflexion et de furieux débats (cf. cette chronique). Là encore, les séries dérivées sont parfois magistrales, que ce soit les FrontLine de Jenkins, encore lui, les Thunderbolts, très ambigus, ou même l'émouvant tie-in consacré à Ms. Marvel (avec une Julia Carpenter déchirante, cf. ce Monster).
Difficile alors de ne pas se passionner pour un univers moderne, innovant, et des personnages intelligemment mis en scène.

La suite, malheureusement, sera beaucoup moins bonne. Utilisant la même recette à l'infini (le culte de l'évènement, survendu à grands coups de superlatifs) mais n'ayant plus la même exigence au niveau de l'écriture, Marvel s'enferme peu à peu dans une logique désastreuse. Si dès World War Hulk ou Secret Invasion, l'on peut déjà voir les signes alarmants d'un certain manque d'ambition se multiplier, la politique éditoriale, de plus en plus superficielle, va aboutir aux sagas actuelles, comme Spider-Verse, faisant office d'happenings vides de sens.
Mais surtout, tout comme DC Comics d'ailleurs, Marvel ne peut s'extraire d'un surplace narratif qui désamorce totalement la moindre tentative de dramatisation.
Les morts ne le restent jamais très longtemps et les évènements les plus définitifs en apparence ne sont que provisoires. Sans conséquences réelles, les histoires sont vidées de leur intérêt.

La solution semble pourtant évidente. Pas besoin d'enfermer les vingt meilleurs scénaristes six mois dans un chalet isolé pour une violente séance de brainstorming. C'est d'ailleurs si évident que la plupart des lecteurs en viennent tous à la même conclusion : séparer le personnage super-héroïque de son incarnation civile.
Ce que l'éditeur ne peut se permettre de perdre, c'est l'image iconique du héros. Batman, Spider-Man, etc, sont trop connus (même par ceux qui ne lisent pas de comics) et générateurs de rentrées d'argent pour se permettre le luxe de s'en débarrasser. Par contre, rien n'oblige à conserver, indéfiniment, Bruce Wayne ou Peter Parker dans ces rôles. L'on peut fort bien imaginer que tous les 10, 15, 20 ans, un nouveau venu reprendrait le flambeau et endosserait le costume.
Cela réglerait TOUS les problèmes inhérents à la pratique stupide actuelle et n'en créerait pas de nouveaux :
- les récits pourraient de nouveau avoir un réel impact, un poids dramatique,
- les personnages "civils" pourraient entrer dans la légende, avec un beau final, au lieu d'être essorés et malmenés (cf. ce pauvre Parker, dont Quesada voulait restaurer les "fondamentaux" et qui se retrouve maintenant à être une sorte de chef d'entreprise à la Tony Stark),
- chaque génération de lecteurs pourrait avoir son "incarnation" du personnage, sans devoir au préalable se taper des décennies d'on-goings multiples pour en connaître les origines et le parcours,
- cela règlerait les problèmes de continuité et supprimerait les incohérences (comme un Stark dont les origines remontent tantôt à la guerre du Vietnam, tantôt à celle d'Irak),
- il serait même possible, dans le pire des cas, de conserver des séries parallèles se centrant sur l'incarnation ancienne d'un héros (Parker par exemple) pour les nostalgiques.

DC Comics avait un temps un peu suivi cette piste (avec plusieurs Green Lantern, différents Flash, etc), mais la tendance est plutôt maintenant à les faire tous coexister en même temps. Ce qui du coup ne règle rien.
Pour continuer sur DC, là encore l'on peut être légitimement décontenancé devant les reboots, annulations et autres bidouillages. La grosse remise à zéro de 2011 (l'époque Renaissance en VF chez Urban) n'allait déjà pas au bout de son concept en mélangeant nouveaux personnages, anciens, mais tous avec leur précédente identité civile. Le "nouveau" départ actuel, Rebirth, bien que basé sur une idée excitante, ne propose pas grand-chose de neuf ni même de bien écrit (cf. cet article), pire, on remplace l'ancien-nouveau Superman par le "vrai" Superman, issu d'une autre réalité mais qui attendait dans l'ombre dans l'univers actuel, bref, une usine à gaz.  


Du côté des séries mainstream, ce n'est donc pas folichon. L'on se contente de reboots, censés attirer les nouveaux lecteurs et "simplifier" la continuité (en la complexifiant en réalité), de changements de costume anecdotiques et de vilains recyclés. Même les séries secondaires, dont les auteurs bénéficient souvent de plus de liberté d'action (comme Vaughan ou Tony Moore sur les Runaways par exemple, ou Peter David [2] sur Madrox/X-Factor), sont devenues mièvres et inintéressantes (cf. les récents Web Warriors).
Du coup, l'on se dit qu'heureusement il reste les comics indépendants. En tout cas, n'obéissant pas aux règles suicidaires des deux gros caïds super-héroïques que sont Marvel et DC.
Eh bien... même de ce côté-là, la qualité s'écroule.

L'exemple le plus parlant est évidemment Walking Dead, un chef-d'œuvre pendant les dix premiers TPB (correspondant donc aux 60 premiers épisodes), devenu aujourd'hui une série quelconque, quand elle ne sombre pas dans le ridicule (cf. ce bilan catastrophique). La seule série mythique qui n'est pas encore terminée ne vaut plus le coup d'être lue... argh.
C'est loin d'être le seul exemple.
Les Before Watchmen, que l'on attendait avec une certaine fébrilité, se sont révélés, pour la plupart, ratés (notamment celui sur Rorschach), et ce malgré un casting d'auteurs compétents, ayant largement fait leurs preuves.
La suite de Crossed, par Alan Moore, était handicapée par un concept d'écriture pénible, au point que l'on s'est demandé si c'était le pire comic de l'année 2015, qui comptait pourtant son lot de bouses.
L'autre poids lourd qu'est Frank Miller passe complètement à côté de son sujet, lui aussi, avec son Holy Terror.
Et le récent Dark Night, qui se veut profond et introspectif, ne fait pas le poids face au plus ancien C'est un oiseau par exemple.

Alors, bien évidemment, tous les comics relativement récents ne se gaufrent pas. Il y a heureusement des exceptions à la règle, que ce soit Low et Descender, chez Urban, dans le genre science-fiction, ou le Providence lovecraftien d'Alan Moore, mais aussi The Wicked + The Divine, Sunstone, le Trees de Warren Ellis ou même The Infinite Loop. Il reste de bonnes choses à lire, des auteurs compétents et des comics qui parviennent encore à surprendre. Mais... si peu au regard de l'immense production actuelle.

Mais du coup, est-ce un simple concours de circonstances, une période un peu moins inspirée, ou peut-on trouver un début d'explication à cet effondrement qualitatif qui touche tout aussi bien le mainstream que l'indy ?
Attention à l'ordre des mots.
Bonne actrice et actrice bonne sont deux choses différentes.
Difficile à dire car, forcément, un grand nombre d'éléments nous échappent. Mais l'on peut tout de même mettre en lumière quelques faits. Tout d'abord, la perception même des comics a évolué radicalement. D'un marché de niche destiné à quelques fans acharnés (soupçonnés parfois de "déviance" selon les médias), les comics sont passés à quelque chose de plus grand public, plus hype. Alors qu'auparavant Panini possédait une sorte de monopole de fait (à peine contrebalancé par Delcourt et Milady à l'époque), Dargaud, avec sa filiale Urban Comics, est entré dans la danse et a été suivi par d'autres éditeurs, dont Glénat.
Avec l'arrivée de nouveaux acteurs de poids, non seulement l'univers DC Comics (laissé en friche par Panini quand il en avait la charge) s'est développé de belle manière, mais de nombreuses séries indépendantes, qui n'auraient peut-être pas forcément vu le jour auparavant, aboutissent aujourd'hui dans les rayons des librairies. Or, tout n'est pas forcément toujours bon, ni même rentable, mais avec une lutte plus acharnée, il faut produire, quitte à tenter de noyer la concurrence sous des flots de revues (c'est par exemple la politique actuelle de Panini concernant le kiosque).

D'autres causes sont parfois moins évidentes mais tout aussi réelles, comme l'effet Boomerang que nous avions défini dès 2011 et dont l'effet désastreux et prévisible est parfaitement décelable (et démultiplié) actuellement.
En gros, les adaptations cinéma, très calibrées et respectant un cahier des charges empêchant toute tentative de s'écarter d'un sentier mille fois battu, ont un impact en retour sur le contenu des comics. Essentiellement parce que, dans la hiérarchie inconsciente des éditeurs, le cinéma est le medium roi (ou plutôt prince, derrière la télé) sur lequel il faut s'aligner. Notamment en tenant compte des sorties ciné pour mettre en avant certains comics et même modifier leur contenu, tout cela pour profiter de la manne supposée des spectateurs se ruant sur les BD. Or, ça ne fonctionne pas comme ça.
C'est impossible de le prouver en France parce que les éditeurs considèrent leurs chiffres de vente comme des données stratégiques qu'il ne faut pas divulguer, mais l'on peut le constater aux États-Unis, où l'on se rend compte que, si les lecteurs de comics vont largement (et étonnamment vu la qualité médiocre des films) voir les adaptations au cinéma, à l'inverse, les spectateurs ne se ruent pas pour autant sur les comics. On le voit très clairement, dès que les chiffres de vente des comics US grimpent, ce n'est pas lié à la sortie d'un film mais à un évènement interne aux comics (Blackest Night, Civil War, la "mort" de Captain America, etc.).
Malgré cela, et comme nous l'avions prophétisé, les éditeurs de comics calibrent maintenant leur production par rapport aux goûts supposés d'un public qui... ne les lit pas. Et par rapport à de mauvais films, bien moins riches que les comics dont ils s'inspiraient au départ.

Oh mon Dieu !! J'ai des doigts !! 

Enfin, il y a bien entendu cette notion de publication à flux tendu (pour les on-goings mainstream), qui oblige les éditeurs à maintenir un débit constant, sans parfois beaucoup de considérations pour la qualité des planches. Les scénaristes sont touchés également. Ainsi, même un Bendis, pourtant très bon à la base, a fini par produire des récits insipides lorsque son succès lui a "imposé" de multiplier les titres Marvel qu'il prenait en main (le relaunch de USM, Spider-Woman, ou encore de nombreux épisodes concernant les Avengers).

Le creux de la vague a souvent ceci de réjouissant qu'il annonce une remontée future aussi mécanique qu'assurée. Mais peut-on appliquer la logique du mouvement des fluides à l'édition ? Il est permis d'en douter.
Les rayons comics des librairies, autrefois pleins de merveilles attirantes aussi coûteuses que chronophages, semblent à l'heure actuelle inoffensifs, croulant sous le poids des livres mais vidés d'un contenu essentiel, privés de cette magie prometteuse qui tient éveillé tard, la nuit, lorsque l'on est piégé par les sortilèges d'un habile Conteur.
Que les raisons de cet effondrement, bien réel et impactant tous les éditeurs, soient structurelles, conjoncturelles, ou plus probablement un mélange des deux, il reste néanmoins une bonne raison d'espérer. Une raison aussi tragique que libératrice parfois : dans ce monde, rien n'est éternel.
Même pas le pire. Et sans doute pas les égarements d'éditeurs ayant oublié que ce qui fait la base de l'engouement (et donc de leurs sources de revenu), ce n'est pas une recette idéale, déjà servie un million de fois, ou un nom célèbre, mais bien la qualité de ce que l'on sert.
Le travail a sans doute mauvaise presse, il répugne dans une société où le culte fanatique du "tout, tout de suite" a pris le dessus, mais il reste néanmoins l'unique et indispensable ingrédient qui différencie la merde du nectar.




[1] Un event est constitué d'une série mère principale (et indépendante) à laquelle se rapportent divers tie-ins publiés dans les titres habituels de l'éditeur. C'est techniquement différent du crossover classique qui, lui, conte une histoire unique par le biais d'une publication "transversale", se suivant dans diverses séries. Notons que cette publication "transversale" a toujours été moins marquée en France grâce aux regroupement de diverses séries au sein d'une même revue kiosque.
[2] Auteur génial du plus incroyable et badassif retournement de situation de tous les temps, cf. cet article si vous voulez juste savoir de quoi il est question, mais je ne puis que conseiller de vraiment lire les Madrox et X-Factor de David, qui sont d'une qualité exceptionnelle. Ce serait dommage d'aller directement au spoiler, parce que le truc est énorme lorsque l'on est plongé dans le récit.