First Look : Michel Vaillant (nouvelle saison)
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Nouvel article First Look consacré non pas à la série originelle de Michel Vaillant, mais à la seconde époque, commencée en 2012.

La première série Michel Vaillant, débutée en 1959, s'est arrêtée en 2007 en affichant pas moins de 70 albums au compteur (sans compter les hors-séries et spin-offs). Jean Graton, créateur du titre et des célèbres Vaillante, a inscrit ses personnages et cet univers automobile, très réaliste, au panthéon des légendes de la BD. C'est son fils, Philippe Graton, qui donne une nouvelle impulsion à la série il y a cinq ans, en faisant appel au scénariste belge Denis Lapière et aux dessinateurs français Marc Bourgne et Benjamin Bénéteau.
Alors que le sixième tome de cette seconde saison (intitulé Rébellion) vient de sortir en début de mois, nous vous proposons de découvrir les particularités de cette évolution pour le moins réussie.

Au Nom du Fils est un album donnant clairement le ton en s'inscrivant dans la grande saga familiale des Vaillant et non dans le seul sport automobile. Bien sûr, cet aspect a toujours été plus ou moins présent, mais il est ici central.
L'on commence d'ailleurs par une réunion de famille qui permet de faire le point sur la situation. Les Vaillante ne sont plus en F1, la marque a subi la crise économique et doit s'adapter aux évolutions de la société, notamment en allant lorgner du côté des moteurs électriques, une hérésie pour Henri, le patriarche.
En attendant son retour sur le devant de la scène F1, Michel participe au championnat des voitures de tourisme grâce à un nouveau sponsor. Mais le pilote n'a pas vraiment la tête à la compétition, obnubilé qu'il est par les problèmes de son fils...


L'aspect course pure, bien que présent, est ici réduit au strict minimum. Le lecteur rêvant d'affrontements dantesques, du genre L'honneur du Samouraï ou Steve Warson contre Michel Vaillant, en sera pour ses frais. De plus, il ne s'agit pas d'une aventure isolée, avec un début et une fin, mais bien de la mise en place d'une longue intrigue (dont les répercussions, énormes, se font encore sentir dans le dernier tome en date).
Le ton est résolument plus sombre (il deviendra même dramatique par la suite), le réalisme, qui a toujours été la marque de fabrique de la série, est encore accentué par divers aspects économiques et techniques, et trois générations de Vaillant cohabitent maintenant : Henri et son caractère bien trempé, les deux frères, Michel et Jean-Pierre, et leurs fils, dont Patrick, maintenant adolescent et tenant un rôle important dans ce tome.

L'écriture est fluide et efficace, les dessins de très bonne facture, et le nouveau "méchant", Ethan Dasz, est un digne successeur du célèbre Leader. Dans les rares réserves, l'on peut noter les courses, très esthétiques mais manquant de suspense au regard de ce que l'on a pu connaître (même si clairement le but de cette seconde saison est différent à ce niveau) mais aussi l'absence de notes de bas de page concernant certaines termes techniques (je suis loin d'être persuadé qu'un non-amateur de courses automobiles sache ce qu'est le WTCC par exemple).
Mais on ne va pas ergoter non plus, cette nouvelle saison est passionnante et a su négocier un virage serré et crucial.

Très conseillé. Et pas seulement aux lecteurs intéressés par les bagnoles.



Les autres BD de la rubrique First Look : 

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le clan Vaillant !!
  • Superbes planches.
  • Très bien documenté.
  • L'approche sombre et réaliste.
  • Le côté feuilletonnant.

  • Courses un peu bâclées.
  • Manque quelques notes explicatives pour faciliter la compréhension des non-spécialistes.
Fire Punch
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Le premier tome de la série Fire Punch sort dans deux jours, voilà qui nous donne l'occasion de vous faire découvrir cet univers (très violent !) un peu en avance.

Le manga de Tatsuki Fujimoto a été à la base publié sur internet, sur la version numérique du magazine Jump. C'est maintenant la version papier qui débarque en France, le 21 juin, chez Kazé. Deux avertissements figurent sur les premières pages de ce premier opus. Le premier indique qu'il s'agit d'une fiction n'ayant aucun rapport avec des personnages ayant existé, ce dont on se serait douté vu le récit. Le second précise qu'il s'agit d'une histoire réservée aux personnes âgées de plus de 16 ans et que le contenu peut heurter la sensibilité de certains lecteurs. Ce qui est assez vrai puisque l'auteur ne fait pas vraiment dans la dentelle.

Fire Punch se déroule dans un monde post-apocalyptique où règnent froid et famine. Nous suivons deux adolescents, Agni et sa sœur Luna, qui tentent de maintenir en vie la population de leur petit village. En effet, Agni fait partie des élus, des humains ayant développé des pouvoirs exceptionnels. Comme il peut se régénérer, sa sœur lui coupe régulièrement le bras d'un bon coup de hache afin de... nourrir les villageois.
Comme vous le voyez, ça commence fort.


Quand des hommes armés, au service du roi de Behemdorg, débarquent dans le village pour le piller, Agni s'interpose. Mais la situation dégénère rapidement lorsque les troupes du roi découvrent des traces de cannibalisme.
Le village est alors rasé par un élu générant des flammes ayant la particularité de consumer leur cible jusqu'à ce que mort s'ensuive. Agni, en plus d'assister à la mort des siens, est ainsi condamné, à cause de son propre pouvoir, à brûler pour l'éternité...

Ce premier tome installe les personnages, plante le décor et familiarise le lecteur avec ces fameux élus, aux pouvoirs particuliers (un autre peut par exemple produire de l'acier à partir de rien). L'on apprend notamment que cet hiver perpétuel est dû à une élue appelée la Sorcière de Glace.
Les scènes sont parfois très dures, que ce soit au niveau des images (corps calcinés) ou de l'aspect psychologique (un enfant forcé à boire de l'urine). Les thématiques sont toutes très borderline, outre le cannibalisme déjà évoqué, il est également question d'inceste. Tout cela génère une atmosphère lourde et éprouvante qui destine forcément la série à un public adulte.

Graphiquement, le style de Fujimoto fait des merveilles. Les visages sont expressifs, les scènes très lisibles, les décors minimalistes mais plutôt réussis. Le tout dégage une réelle émotion et ne verse pas dans le voyeurisme malgré les sujets pour le moins scabreux.
Un titre fort, bien réalisé, mélangeant survie, vengeance et fantastique.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Thématiques osées et scènes choc.
  • Dessins clairs et expressifs.
  • Des personnages attachants mais aussi de vrais salauds délicieusement haïssables. 
  • Qualité de la VF.

  • Sens de lecture inepte (cf. cet article).
UMAC's Digest #39
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Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture



-- INCULTE --

Le roman d'Alan Moore, Jérusalem, sortira en France cet été (le 30 août), aux éditions Inculte. Il s'agit d'un énorme pavé, à l'ambition affichée et au style disons... ben c'est du Moore quoi. Donc c'est documenté, plein de références, soutenu, dense, à la limite de l'indigeste et de la prétention, avec des phrases à rallonge (comme Proust, Moore est avare de ponctuation et pense sans doute que chaque phrase doit être une prouesse technique le mettant en valeur). Faut aimer.
Par contre, le traducteur français qui s'est attaché à cette tâche dantesque, Claro, tient une sorte de journal de bord en ligne passionnant, où l'on peut découvrir l'œuvre mais aussi le soin apporté à cette adaptation, les recherches qu'elle a nécessité, les termes à double-sens. Bref, une véritable aventure en soi, qui rend compte de toute la difficulté et de la minutie d'une traduction digne de ce nom.
#gouroubarbu 





-- PUTACLICK --

Un an déjà nous sépare de la sortie de Youtubers Life. On profite de cet anniversaire pour revenir sur cette simulation qui permet de suivre les traces d'Antoine Daniel, Norman ou EnjoyPhoenix. Le jeu consiste, évidemment, à faire des vidéos qui engrangeront visites, likes et pognon. Quelques choix basiques pour définir les caractéristiques de votre personnage et vous pourrez lancer votre chaîne virtuelle !
Les vidéos peuvent être agrémentées d'effets visuels, vous pouvez décider de faire des commentaires en chantant, etc. Le matériel dont vous disposez pourra aussi être peu à peu upgradé (micro, caméra, PC...). A priori, le thème a l'air spécial, mais l'idée, bien dans l'air du temps, est plutôt futée (le jeu a d'ailleurs très bien marché) et l'aspect gestion est assez complet (votre personnage doit aussi bosser, manger, dormir, au risque de finir ruiné ou d'apparaitre avec une gueule de déterré sur le net). 
Répétitif tout de même, mais si vous aimez les Sims et Squeezie, ça peut le faire.  
Dispo sur Steam. 
#télé2.0 





-- AUTOMATES --

Le premier tome de Syberia, adaptation BD du jeu éponyme, est sorti au mois de mai aux éditions Le Lombard. Kate Walker, une jeune avocate new-yorkaise, débarque à Valadilène, petite bourgade des alpes françaises, pour négocier le rachat d'une fabrique d'automates pour le compte d'un fabriquant de jouets. Coup dur cependant, un notaire, sur place, lui apprend qu'il existe un héritier encore en vie pouvant être considéré comme légalement propriétaire des usines Voralberg. La voilà maintenant obligée de courir après cet héritier fantôme, ce qui va l'amener à plonger dans l'Europe de l'Est et ses mystères.
Le scénario est l'œuvre de Hugo Sokal (fils de Benoit Sokal, créateur du jeu). Les superbes planches sont réalisées par Johann Blais, qui parvient à allier mystère, poésie et esthétique. La série en BD se veut être un complément du jeu mais le récit est accessible même si l'on n'a jamais joué à celui-ci.
#poupéesanglante 





-- NOUVEAU LOOK --

Le site des éditions Nestiveqnen vient de faire peau neuve et s'avère maintenant aussi pratique qu'esthétique. Rappelons que l'éditeur est spécialisé dans les littératures de l'Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction), et qu'il propose des versions numériques de ses romans à des prix vraiment attractifs (on vous conseille Le Sang des Héros, complètement au hasard). ;o)
Nestiveqnen a reçu une nouvelle récompense récemment, avec le Grand Prix de l'Imaginaire 2017, attribué à Paul Martin Gal pour le recueil de nouvelles La Cité des Lamentations.
Et dans les futurs projets de l'éditeur, signalons un ouvrage dédié à l'univers sombre et angoissant de Lovecraft (auquel Neault participera). Nous ne manquerons pas d'ailleurs de vous en reparler le moment venu.
Page facebook de Nestiveqnen.
#coupdepinceau 






-- AMNÉSIE PARTIELLE --


Nous évoquions le premier tome de la série culte XIII il y a peu, nous abordons cette fois le spin-off XIII Mystery dont le onzième opus vient de sortir. Chaque volume revient sur un personnage secondaire, avec des résultats mitigés. 
Dernièrement, ce n'était pas la folie (Martha Shoebridge, Felicity Brown, Calvin Wax) mais ce tome spécial Jonathan Fly rehausse le niveau (et l'intérêt) grâce à ses dessins, signés TaDuc, très proches de ceux de William Vance, de quoi se replonger avec délice dans l'univers de XIII. Le scénario, quant à lui, lève un peu le voile sur le père de ce bon vieux XIII. Dans les faits, on n'apprend pas grand-chose de plus que ce qui était suggéré dans la série mère, mais ça fait clairement plaisir de voir s'animer (dans notre esprit) un pan du passé à travers un prisme inédit. 
Les fans seront ravis.
#mieuxqueJasonBourne






-- GUERRIÈRE AMAZONE --


Wonder Woman de Patty Jenkins est une belle réussite malgré ses nombreux défauts : première partie ratée, effets visuels pas forcément habiles, personnages secondaires à peine esquissés, ennemis peu développés, etc. Pourtant la magie opère grâce au couple que forment Gal Gadot et Chris Pine. L'actrice israélienne est époustouflante de justesse, candeur et "badass-attitude", et le film repose en majeure partie sur ses épaules. 
Quatrième volet du DCEU (l'univers partagé de DC Comics au cinéma), Wonder Woman est un succès critique, public et commercial à peine une semaine après sa sortie. Le long-métrage se rapproche de la formule gagnante assez convenue du concurrent mais est plus séduisant, malgré un côté finalement peu féministe, dommage. Une suite a déjà été confirmée et on retrouvera l'amazone dans Justice League au cinéma le 15 novembre prochain. 
Pour une critique plus détaillée, n'hésitez pas à vous rendre sur Comics Batman, le site de Thomas.
#fun



DC Rebirth : Justice League
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Sorti il y a quelques jours, c'est sur le premier opus de Justice League, version Rebirth, que nous nous penchons aujourd'hui.

Nous vous l'avons expliqué il y a peu de temps dans un article consacré à la nouvelle ère de DC Comics, appelée Rebirth, nous sommes en face d'un relaunch classique mais porté par une idée potentiellement énorme. Du coup, l'on s'est dit que l'on allait suivre ça de près, et notamment voir ce que cette plus ou moins vraie-fausse évolution peut donner pour l'équipe la plus emblématique de l'éditeur.
Ce premier tome de Justice League, écrit par Bryan Hitch et dessiné par Hitch également, ainsi que Tony S. Daniel et Jesus Merino, contient le Justice League Rebirth #1 et les Justice League (nouvelle version) #1 à #5. Un premier arc... plus que décevant.

Quel choix étrange de donner le scénario de l'on-going phare à Hitch, certes très bon dessinateur mais beaucoup moins à l'aise avec l'écriture.
Essayons déjà de voir en gros de quoi il est question.
Le monde doit faire face à de multiples tremblements de terre mais aussi à l'attaque d'entités géantes très étranges, constituées d'être humains, qui souhaitent mettre un terme à l'humanité pour des raisons disons... pour le moins vagues. Toute la bande d'encapés essaye évidemment de les contrer. Batman, Flash, Wonder Woman, mais aussi Simon Baz et Jessica Cruz (deux Green Lantern) et le nouveau Superman (qui est en fait l'ancien, venu d'un monde parallèle, et qui prend la place du Supes de l'ère Renaissance) vont tout faire pour les mettre en échec.


Là, dans ces quelques phrases, vous avez très exactement tous les six épisodes de résumés. On démarre au milieu de l'action, par des combats, et cela se poursuit tout du long. C'est chiantissime. Mais vraiment, ennuyeux à mourir.
Les personnages ne sont pas du tout développés ou simplement caractérisés. Sans forcément une présentation "classique", quelques scènes peuvent en général en dire long sur leur passé, leur psychologie, etc. Or, ici, il n'y a rien de tout ça. Les protagonistes sont parfaitement vides et interchangeables. Autrement dit, si vous êtes un nouveau lecteur intéressé par cette soi-disant nouvelle "porte d'entrée", vous n'allez rien apprendre sur ces héros et vous n'éprouverez de l'empathie pour aucun d'eux.

Du coup, l'on se dit que le récit s'adresse alors aux fans, aux habitués. Mais même pas. Tout est convenu, prévisible, sans aucune dramatisation, aucun moment intimiste, aucun humour, rien. Le seul début de quelque chose, si l'on peut dire, au milieu de ce néant, c'est l'embryon de relation entre Batman et le nouveau Superman, le premier se méfiant du second.
Outre le fait que le côté paranoïaque de Batman n'ait rien de fondamentalement nouveau, cet aspect de l'intrigue est de toute façon minime.



Ce qui est hallucinant quand même, c'est que, autant l'on peut comprendre qu'une série s'essouffle au bout d'un certain temps, autant démarrer les premiers numéros en étant déjà en apnée, ça n'augure quand même pas grand-chose de bon (on est loin de certains épisodes de la fin de la période précédente, cf. cet article).
De ces 120 planches de BD, l'on ne retient que cette action chaotique omniprésente et sans intérêt. Impossible de se passionner pour l'intrigue, inexistante, et impossible de s'intéresser aux péripéties touchant des personnages que l'auteur ne prend pas la peine d'installer, même sur une demi-planche (mis à part un peu Superman, et encore).

Comment diable les pontes de DC Comics ont-ils pu valider ça ? Ou alors ils lisent vraiment en diagonale et savent que, de toute façon, que ce soit bon ou pas, ça se vendra. Avantage du cynisme appliqué au marché de niche. Ou alors ils sont incompétents au point de faire passer Panini pour un véritable éditeur.
Bon, sinon, graphiquement, pas de souci. C'est très joli.
Niveau VF, nickel. Edmond Tourriol encore une fois à l'œuvre, et on sait que ce n'est pas le manchot de la bande. Par contre, le petit texte introductif (qui est, je pense, une production interne) donnait des sueurs froides au départ, avec une coquille (sans importance, ça peut arriver) mais aussi une belle grosse boulette : "palier à". Alors, c'est "pallier" déjà, avec deux "l", et c'est un transitif direct, sans "à". Par exemple on ne dit pas "pour palier à ce problème" (deux fautes, la phrase ne veut rien dire) mais "il faudrait de bons correcteurs pour pallier les insuffisances des rédacteurs" (texte propre).
Enfin, globalement, pas de quoi râler, Urban propose les habituels (et pratiques pour les novices) topos sur les personnages. L'ouvrage est également complété par des variant covers, un sketchbook (un poil petit question taille) et des comparaisons entre les looks actuels des persos et leurs versions précédentes.

Un vrai sérieux dans l'adaptation, mais une couillonnade pure au niveau de l'intérêt de ce truc, écrit avec les pieds.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • De jolies planches.
  • Une bonne VF.

  • Absolument aucun intérêt (voir le détail ci-dessous).
  • Des personnages inexistants et creux.
  • De l'action non-stop mais ennuyeuse par manque de construction dramatique.
  • Ni originalité, ni réflexion, ni humour, ni émotion. Le VIDE.
  • Très mauvais début pour une série pourtant populaire, et qui fait office de vitrine pour Rebirth, puisqu'elle parvient à décevoir les novices comme les habitués. 
Ur : King, Kindle Rose et réécriture
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Petit retour sur une nouvelle de Stephen King un peu particulière et intitulée Ur.

Le contexte de la publication de ce récit est déjà en soi assez inhabituel. Il s'agit d'une nouvelle ayant accompagné la sortie du tout premier modèle de Kindle d'Amazon. Ce n'était donc à la base disponible que sur ce support, afin d'en faire la promotion. King a d'ailleurs intégré le fameux Kindle (cf. cet article pour découvrir les avantages et inconvénients de la version Paperwhite, il s'agit d'un point de vue de lecteur, non d'un partenariat) à son histoire (et de belle manière, comme nous allons le voir).
Cette nouvelle a depuis été remaniée et publiée en 2015 (2016 en VF) dans le recueil Le Bazar des Mauvais Rêves, lui aussi un peu à part puisqu'il contient des nouvelles inédites, des versions révisées de nouvelles plus anciennes, ou encore Sale Gosse, une nouvelle (numérique) à la base exclusivement réservée au public français et allemand.
Mais intéressons-nous tout d'abord à cette énigmatique Ur.

Bien que cela fasse penser à l'éventuel prénom d'un homme de Néandertal ou au cri de joie d'un sanglier, Ur est en réalité une fonction à part dans le menu Kindle qu'un professeur vient tout juste d'acquérir. Wesley Smith est un passionné de littérature, un amoureux des livres, mais après une rupture quelque peu... violente, il se met en tête de se moderniser, histoire de prendre une revanche aussi relative que puérile sur son ex.
Wesley reçoit ce qu'il imagine encore être un simple "gadget" et prend possession d'un modèle rose [1] apparemment non commercialisé. Mieux encore, il découvre dans le menu de son appareil les fonctions Ur. Il va alors comprendre que son Kindle peut télécharger les œuvres des auteurs de... mondes parallèles. Stupéfait, il se met notamment à lire Les Chiens de Cortland, un roman d'Hemingway totalement inédit. Du moins, dans ce monde-ci.

La nouvelle n'est pas très longue (surtout pour du King) mais très bien ficelée. Comme toujours, l'auteur parvient à rendre ses personnages crédibles et attachants avec une aisance déconcertante. En plus du fait que le texte soit très bon, il convient de préciser qu'il se rattache à la mythologie de la Tour Sombre [2]. Non seulement à cause, bien entendu, des univers parallèles, mais aussi par le biais de petits détails ou de protagonistes très inquiétants.
Rien de totalement indispensable pour ceux qui s'intéressent à The Dark Tower, mais plutôt agréable si l'on veut prolonger le plaisir et rassembler le plus d'éléments possibles sur ce multivers passionnant.

Le recueil contient de petites pépites, des textes plus expérimentaux (de la poésie pas franchement convaincante), des nouvelles assez courtes et anecdotiques et, comme nous l'avons vus, d'anciens textes remaniés. Le procédé en lui-même génère quelques interrogations légitimes.
Stephen King explique (dans l'avant-propos de l'ouvrage et les textes introductifs qui accompagnent chaque nouvelle et les resituent dans leur contexte) qu'une histoire n'est jamais totalement terminée, qu'un auteur peut décider, indéfiniment, de la modifier, corriger, réviser.
C'est un peu étrange comme point de vue. Lorsque cela concerne la longue saga de La Tour Sombre, écrite sur plusieurs décennies, sans trop savoir, de son propre aveu, où King mettait les pieds, l'on peut aisément comprendre l'envie de revoir les premiers jets publiés, afin de rendre le tout plus cohérent. Lorsqu'il s'agit de textes isolés (nouvelles ou romans), cette intervention est déjà plus difficilement justifiable.

Un individu, et donc a fortiori un auteur n'ayant jamais vraiment fini d'apprendre son Art, change tout au long de sa vie. Il est normal qu'à 20 ans, l'on n'écrive pas de la même manière qu'à 30. Ou 40. Il y aurait non seulement un côté quelque peu schizophrénique à réécrire perpétuellement d'anciens textes avec la vision, pas plus parfaite d'ailleurs, du présent, mais c'est aussi nier ce que l'auteur a été. Et si l'on a été particulièrement prolifique, il vaut mieux, à 50 ou 60 ans, se préoccuper de ses écrits actuels plutôt que de chercher à adapter indéfiniment les anciens. Le King de 40 ans était suffisamment bon et rigoureux pour que le King de 60 balais n'ait pas à venir passer la gomme derrière lui.
Il est nécessaire à un moment de laisser l'œuvre vivre d'elle-même, dans l'esprit des lecteurs. Tant qu'elle n'est pas publiée, c'est le moment pour bosser, modifier, revoir mille fois la même phrase, la même scène. Mais une fois le document de travail transformé en livre, il faut lui souhaiter bon vent et ne plus aller farfouiller dans son moteur. Car la seule manière d'ôter toute imperfection d'une histoire, c'est de ne pas l'écrire. Cette quête de la perfection a tout son sens en amont, pendant l'écriture, mais plus du tout (sauf correction de coquilles par exemple) ensuite.
Bon, évidemment, s'il y a bien un auteur à qui l'on va passer quelques excentricités ou coquetteries, c'est bien le vieux briscard du Maine. M'enfin, le sujet méritait d'être abordé.

Pour en revenir au recueil, n'hésitez pas à vous procurer ce Bazar des Rêves (surtout si vous n'aviez pas déjà lu les fameuses nouvelles à la publication "spéciale" que sont Ur et Sale Gosse). C'est un bon gros bouquin, dans lequel l'on se perd avec plaisir, guidé par un vieil ami. Et comme toujours, la magie est là. Les frissons, le sentiment de déjà-vu parfois, l'amertume, l'émotion, tout est identique mais différent. Et toujours aussi excitant, que ce soit la balade d'un gamin sur son vélo, le menant à une aire de repos désaffectée, une dune étrange que l'on pensait prévisible et qui offre un gros retournement de situation, un accrochage en voiture, une compétition de feux d'artifice qui tourne mal, tout cela offre l'essentiel et un peu plus. Du divertissement, certes, mais aussi, sous la surface, des réflexions pas si simplistes que les monstres et les choses de la nuit pourraient le faire croire. Car King aborde aussi des questions morales, sociétales et philosophiques. Avec une élégance et une universalité qui manquent souvent aux écrivains "sérieux".

Très conseillé.      



[1] King a réellement reçu, à l'époque, un modèle unique de couleur rose.
[2] cf. notamment ces articles : En route vers la Tour Sombre : étape finale / La Tour Sombre : ce qu'il faut lire avant / La Tour Sombre : la descente


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • King. What else ?
  • Les liens, même ténus, avec la Tour.
  • Un condensé d'émotions variées.
  • Quelques textes, comme Morale, vraiment dérangeants (dans le bon sens du terme).
  • Les nombreuses précisions et anecdotes de King.

  • Quelques nouvelles manquant parfois d'originalité ou de force, bien qu'elles soient narrativement parfaites.
  • Quelques textes anciens remaniés alors que l'on préfèrerait de la nouveauté.
Une intelligence pas si artificielle que ça
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Des scientifiques de Berkeley (université de Californie) ont mis ce mois une vidéo en ligne présentant leur création (une IA) en train de jouer à Mario Bros ou d’explorer le dédale de couloirs de Doom. Et mine de rien, c’est… ahurissant.

Alors, ahurissant, pas au niveau des prouesses de « gaming », comme on va le voir, mais déjà par rapport à la motivation de cette IA. En effet, qu’une intelligence artificielle puisse jouer à un jeu n’a rien de bien nouveau, il suffit de créer un programme approprié et d’ordonner à l’IA d’essayer de gagner. Par cette méthode, certains jeux (une forme basique de Poker par exemple) ont même été « résolus », ce qui signifie que l’on a trouvé la manière idéale de jouer, quelle que soit la situation. Ici cependant, la création de Deepak Pathak, Pulkit Agrawal, Alexei A. Efros et Trevor Darrell, joue par… curiosité.
C’est cela qui est absolument stupéfiant. L’IA joue à Mario pour voir ce que peut bien être ce truc. Pas spécialement pour résoudre le jeu.

Bien entendu, l’IA a été programmée pour être « curieuse », grâce à un système de récompense (appelé ICM pour Intrinsic Curiosity Modul) [1]. Là, vous allez me dire « ah ben, du coup, c’est nul, ça n’a rien d’extraordinaire puisqu’on l’incite à jouer de manière détournée ». Et pourtant, ce n’est nullement de la « triche », puisque, en réalité, c’est exactement sur la même base que fonctionne le cerveau humain (et celui de tous les mammifères).
Sans aller trop loin dans l’aspect technique, disons que lorsque le centre du plaisir est activé dans le cerveau (par ce que l’on mange, par une activité sexuelle, etc.), nous sommes incités à répéter cette action. Ce qui est d’ailleurs indispensable (à sa propre survie en tant qu’individu et à la survie de l’espèce). Ce système de récompense est donc tout à fait courant et naturel. C'est comme ça que vous apprenez également et que votre curiosité est stimulée. 


Cette IA, encore maladroite, apprend donc de la même manière que n’importe quel être humain. Le simple fait d’arriver à recréer cela est énorme, sans doute plus encore sur le plan philosophique que technique. Nous ne sommes plus très loin (en comparaison de l’Histoire de l’humanité en tout cas) du moment où des problèmes éthiques majeurs vont se poser.
Car, si une IA fait la distinction entre récompense et punition (ces mêmes punitions qui servent également à nous structurer, comme la douleur, la peine, un goût désagréable…), alors nous ne sommes plus très loin d’une intelligence réelle. Avec ses propres choix, certes conditionnés mais pas plus que les nôtres, et sa propre réalité.

Il faut bien comprendre que cette réalité dont il est question est toujours relative mais que son importance n’en est pas moins grande pour autant. Si vous écrasez une fourmi en sortant de chez vous, vous ne le remarquerez sans doute pas. Et même si vous le remarquez, à moins d’être très sensible, vous n’éprouverez rien. Votre réalité n’est pas modifiée. Celle de la fourmi l’est par contre radicalement.
Si vous prenez votre véhicule et que vous écrasez par mégarde un chat, la réalité du chat est bouleversée, mais la vôtre (à moins d’être ce que l’on appelle vulgairement dans le jargon scientifique « un gros con ») est impactée aussi.
Pourquoi ? 
Pourquoi dans un cas la mort d’un animal vous indiffère-t-elle, alors que dans l’autre, elle vous touche ?
Parce que nous possédons une réalité partagée.
On se fout de la fourmi non parce que nous sommes insensibles, mais parce que la fourmi est trop éloignée de nous pour déclencher des émotions (sauf dans des cas très spécifiques, comme la fiction, cf. les romans de Werber).
Le chat, lui (les internautes en mal de vues le savent bien), déclenche automatiquement de la sympathie. Il est mignon, l’on est habitué à le voir, le caresser, le côtoyer. Lui aussi d’ailleurs a adopté son comportement à cause de l’humain et des avantages qu’il lui procure.


Autre exemple, très différent.
Imaginez un petit garçon ayant perdu sa maman très tôt, alors qu’il était tout petit. Il ne se souvient plus de son visage, il ne la reconnait même pas sur les rares photos qu’il possède. Elle lui manque, mais elle lui échappe. Il existe cependant un dessin, un autoportrait la représentant, qui le touche particulièrement. Parce qu’il pense, avec ses mots à lui bien entendu, que ce dessin, fait de sa main, représente parfaitement sa maman, ce qu’elle était, sa douceur, son talent. Alors, le petit garçon, en grandissant, fait très attention à ce dessin. Le papier est fragile, alors il l’abrite de la lumière, ne le sortant que de temps à autre, pour l’admirer quand il en ressent le besoin, prenant garde à ce que rien ne puisse le tacher ou l’écorner. Le manipulant avec un soin infini.
Alors qu’il devient un adolescent intelligent et sympathique, qu’il éprouve ses premiers sentiments amoureux, il en vient parfois, en cachette, à sortir le beau portrait de sa pochette, comme pour se rassurer. Mais aussi confier à sa maman tout ce qui le touche, le peine, le rend joyeux. Parfois, rien qu’en voyant les traits fins dessinant de petites ridules autour du regard clair de sa mère, le garçon a l’impression qu’elle lui sourit. Qu’elle comprend. Et alors il est heureux.
Et puis un jour, son père rentre dans sa chambre, il le voit encore en train de rien foutre, ou plutôt de fixer cette saleté de dessin comme un benêt, alors il s'en saisit et le déchire en morceaux. Hop, poubelle, fini le dessin !

Fin de l'anecdote. Que ressentez-vous ?
Normalement, à moins que ma description ait été particulièrement maladroite, vous ressentez au minimum une forme de colère pour ce père abject. Pourquoi ?
Parce qu’il a fait du mal à ce petit garçon.
Faux, il ne lui a rien fait, en réalité, il a juste déchiré un dessin.
Mais un dessin important quand même…
Oh, faux encore, le type n’existe pas, le dessin non plus. Ce sont juste des mots.
Pourtant, diriez-vous que ce petit récit basique et improvisé vous a plus touché que la mort réelle d’une fourmi ? Sans doute que oui.
Parce que la réalité décrite est la vôtre. Vous avez eu une mère (ou avez ressenti le manque d’une mère), vous possédez des objets auxquels vous tenez, tout cela est familier. Ça tape là où ça fait mal. Vous éprouvez plus d'émotion pour un truc inventé qui correspond à votre réalité que pour une véritable forme de vie dont vous n'avez rien à battre. 

OK, je me doute qu'à ce stade, certains se disent « mais, on était parti sur de l’IA, qu’est-ce qu’il vient nous emmerder avec ces histoires de chats, de fourmis et de portraits à la con ? ».
J’y viens, ô noble lecteur casse-couille.
Ce que l’on considère comme important, important au point de légiférer parfois dessus (contre la maltraitance animale par exemple), n’est pas lié aux compétences intellectuelles ou même à l’état organique. C’est lié à l’affect que l’on met dessus (ainsi, certains symboles, comme la swastika, seulement un dessin après tout, sont illégaux). La perception du réel va compter plus que le réel, si tant est que l'on parvienne à le définir. 


Pendant cette expérience, Pathak et ses collègues se sont rendu compte par exemple que l’IA faisait demi-tour dans certains niveaux de Mario. Parce qu’elle se rendait compte de la difficulté du binz et semblait avoir peur de… perdre son personnage. Elle n’avait pas peur de perdre dans le jeu (car ne pas avancer constitue de toute façon un échec), elle avait peur de perdre le petit bonhomme qu’elle manipulait et souhaitait apparemment lui éviter le pire.
Je ne sais si c’est vrai, si on peut l’interpréter ainsi, mais si c’est le cas, c’est un comportement touchant, faisant partie d’un réel partagé, que l’on comprend.  
Et si ce réel est partagé, alors nous nous soucierons de ces IA, même si elles n'ont pas de forme humaine (comme dans l'excellente série Real Humans où l'empathie est renforcée par l'aspect physique). Parce que ne pas s'en soucier serait, de notre point de vue, atroce. Non pour elles, mais pour nous. Nous nous pensons si valeureux qu'il nous serait insupportable d'admettre notre froideur à l'égard d'une forme d'intelligence, alors que ce que nous préservons, par principe, ce n'est pas l'autre, ce sont nos affects. 
Le sentiment chevaleresque n'a d'autre but que de préserver l'image que l'on a de soi, et non l'intégrité d'autrui. 

Il existe bien des fantasmes sur l’intelligence artificielle, ses dangers supposés, les évolutions futures possibles. Que ce soit dans 2001, A Space Odyssey ou Matrix au cinéma, ou le plus anecdotique La Semence du Démon en roman, l’IA est souvent présentée comme potentiellement violente, insensible, terrifiante. Et même s’il y a bien eu des tentatives pour la rendre humaine (il faut alors aller chercher du côté d’Asimov ou Aldiss), elle restait, il faut le reconnaître, très hypothétique quant à sa réelle capacité à « ressentir ».  
Eh bien, en 2017, une IA qui jouait à Mario a fait faire demi-tour à son perso parce qu’elle ne voulait pas qu’il tombe dans un précipice. Ça me rend à la fois plein d’espoir pour le futur des IA et plein d’amertume pour le comportement de l’Homme.
Bien entendu, si l’on ne prend pas le temps d’analyser un peu la chose, ça peut sembler stupide. Mario n’est qu’un amas de pixels.
Une fourmi informatique à l’échelle de l’IA. Mais elle l’a épargné. Elle a éprouvé une forme d'inquiétude pour lui. Elle ne s'est pas dit "bah, je vais le précipiter dans la merde pour voir ce que ça fait", elle s'est dit "hey, attention, c'est dangereux, il vaut mieux pas y aller".
Et ça, non seulement c'est carrément intelligent, mais c'est incroyablement pas humain !

Nous, la première fois que nous avons joué à un jeu vidéo, nous avons cherché à gagner, sans nous poser de questions. On a même bien aimé voir les persos crever de mille manières (je ne reviens pas sur le côté jouissif d'un Barbarian). 
Une IA vient d’avoir un comportement plus éthique, sensible et prudent que celui d’un être humain à un stade de développement pourtant supérieur.
C’est à la fois merveilleux et infiniment triste.
Ça valait bien un article en tout cas.


[1] cf. le site résumant l'expérience, voire celui, plus costaud, développant le principe ICM.


The Goddamned
Par


Le nouveau Jason Aaron est inspiré de la genèse et s'avère plutôt irrévérencieux et musclé. Tout de suite, le point sur le premier tome de The Goddamned, fraîchement disponible chez Urban Comics.

On vous en parlait dans le dernier Digest, voilà une série "indé" dont le pitch, basé sur l'Ancien Testament, rien que ça, soulève forcément la curiosité.
En gros, les premiers êtres humains créés par Dieu, Adam et Eve, auraient pu vivre éternellement dans un Éden parfait s'ils n'avaient pas déconné. En fait, ils se font virer au bout de quelques semaines (ah ben quand on sait pas se tenir...) avec leurs marmots, Caïn et Garfunkel. Ah non, Abel (je confonds toujours avec les deux autres). Là, Caïn, pas plus tenable que ses parents, bute carrément son frangin, obtenant ainsi le titre, peu recherché, de premier criminel de l'humanité.
Finalement, le Big Boss réalise qu'il n'a peut-être pas forcément eu sa meilleure idée lorsqu'il a créé l'Homme. Et comme il est un peu rancunier quand même, il décide de précipiter tout le monde dans un monde merdique.
C'est 1600 ans après ces faits que l'histoire commence, alors que Caïn, immortel, arpente une terre désolée et violente, à la recherche d'une manière de mettre fin à ses souffrances...

Forcément, avec Jason Aaron, scénariste de Scalped et Southern Bastards, l'on s'attendait à du badass, de la violence et du langage fleuri. Eh bien l'on n'est pas déçu. Ce premier tome, regroupant cinq chapitres, plante un décor plutôt hardcore. Le monde est un vaste dépotoir où des tribus de sauvages s'entretuent et se disputent un peu de viande ou de rares points d'eau. Le meurtre, la torture et le viol sont monnaie courante (ce qui n'est pas très loin du monde réel donc), et l'on peut même rencontrer de drôles de bestioles, du genre qui peuvent vous arracher la tête d'un coup de dent.


Le personnage de Caïn est l'archétype de l'anti-héros, désabusé, solitaire et habile à distribuer les gnons. Il sera amené à rencontrer diverses âmes en perdition, des sauvages aussi stupides que dangereux, mais aussi Noé en personne (occupé à la construction de son arche) ou encore une mère à qui l'on a arraché son fils.
C'est sombre, parfois drôle (la manière dont Adam et Eve se parlent, la façon dont Caïn explique leur expulsion, ou encore le réveil dans la fosse à merde ne manquent pas d'humour noir), excessivement violent, tant au niveau de l'action (décapitations et autres charcutages) que des dialogues, très, très corsés.
Cependant, l'on reste clairement sur sa faim.

Contrairement à l'univers mafieux complexe de Scalped ou aux Rednecks hétéroclites de Southern Bastards, le cadre est ici assez monotone (une sorte d'immense décharge à ciel ouvert) et les personnages sont, à de rares exceptions près, tous très semblables (des brutes sans compassion ni cervelle).
Il y a bien une forme embryonnaire de critique religieuse, qui rappelle de loin celle de Preacher, mais sans atteindre le degré de cynisme, d'inspiration et de sensibilité d'un Garth Ennis. Il reste donc surtout l'aspect trash, quelque peu indigeste car omniprésent et sans forcément un habile sous-texte pour le justifier.
Hormis l'atmosphère glauque, le ton désenchanté et les références divines, The Goddamned s'avère relativement convenu, présentant surtout une suite de combats bien bourrins et des ennemis aussi haïssables que caricaturaux. L'aspect graphique, sous les crayons de R-M Guéra, est à l'avenant : rugueux, effrayant, sanglant, sinistre mais également répétitif. Les planches sont loin d'être laides, mais mis à part un petit flashback dans l'Éden, elles finissent par s'uniformiser et générer une routine gênante.


Peut-être la suite évoluera-t-elle vers quelque chose de plus complexe, pour le moment en tout cas, passé l'effet de surprise, le récit, même s'il reste très lisible, peine à convaincre, surtout de la part d'un auteur de cette qualité.
Niveau bonus, l'on retrouve quelques études de personnages et une galerie de covers à la fin de l'ouvrage. La VF, comme souvent avec Urban, est soignée et sans aspérités.
À tester si le pitch vous titille et que vous n'êtes pas du genre à hurler au blasphème, tout en sachant néanmoins que c'est pour le moment la série "indy" la moins aboutie de l'auteur.  

— Tu es un homme bon, je ne croyais plus en leur existence.
— Il n’y en a jamais eu.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une thématique peu courante.
  • L'humour noir.
  • Le côté über-badass.
  • Petit prix (10 euros).

  • Très trash (et sans forcément beaucoup de sens pour justifier cette débauche de violence, la réflexion sur l'Homme restant tout de même très simpliste et loin d'être nouvelle).
  • Assez monotone dans l'ensemble.